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66 HISTOIRE DE l'ARBÉ DE RANCÉ.

empressé d'écrire à l'abbé de Rancé pour lui faire les plus humbles et les plus sincères excuses. Il fut si touché de son humilité, de son abnégation et de sa charité, si satisfait de toutes ses raisons, qu'il lui adressa son manuscrit pour en faire tout ce qu'il voudrait, et qu'il prit depuis ouvertement sa défense (1).

On parla aussi du Père Boissard, sacristain des Chartreux de Paris, qui passait pour l'un des plus hostiles à l'abbé de Rancé. Quoiqu'on ne pût avoir au fond une plus grande envie de lui nuire, cependant la rédaction du pamphlet supposait un autre homme que celui-là (2).

Il fut aussi question du Père Joseph Mège, bénédictin ; mais il n'y avait aucune preuve (3).

Cependant on finit par découvrir le véritable auteur : c'était Daniel de Larroque, fils de Mathieu de Larroque, protégé de Mme la duchesse de La Trémouille, et ancien ministre de l'Église réformée de Vitré, en Bretagne (4).

L'auteur d'un livre destiné à une grande publicité disait alors ouvertement : « Je sais qu'un ministre hérétique a fait ce qu'il a pu pour décrier un saint abbé; mais je sais bien aussi que toute la France et les pays circonvoisins ont regardé ce misérable livre comme un libelle diffamatoire, et son auteur comme un imposteur, qui fonde toutes ses calomnies sur des jugements les plus téméraires qui se puissent imaginer : comme si, pour détruire les vertus les plus éclatantes et les plus solides, il n'y avait qu'à dire témérairement qu'elles n'ont point d'autre source que l'orgueil de celui qui les pratique (5). »

M. Bourdelot, médecin du roi, écrivait à l'abbé Nicaise : « J'ai eu le livre de M. de Larroque , Des Motifs de la conversion de M. l'abbé de la Trappe. Feu M. de Montaigu, que je menai aux eaux de Plombières, et qui connaissait fort M. de la Trappe , en avait appris ce qu'il fallait penser de ce livre, que j'ai fort méprisé depuis ce temps-là (6). »

(1) Le Nain, Vie de M. de Rancé, t. II, 1. IU, c. VI, p. 217 et 218.

(2) Gollect. Nicaise, t. V, lett. 31.

(3) J'ai lu, dit Chardon de la Rochette, sur deux exemplaires des Entretiens, dont l'un appartient à la Bibliothèque de Garpentras, et l'autre avait appartenu au président Bouhier, deux notes que je dois consigner ici. On lit sur celui de Carpentras : « Ce « libelle a été fait par les auteurs suivants : M. Thiers, le P. Joseph Mège, un Jésuite précepteur des enfants de M. de Cressy, le P. Boissard. » — Nous citerons plus loin la note du président Bouhier. (Mélang. de crit. et de philol., t. III, p. 278.)

(4) Il exerça aussi le ministère à Rouen, où il mourut en 1684, auteur de plusieurs écrits de controverse estimés dans son parti.

(5) Homélies famil. sur les commandements de Dieu, t. III, p. 378.

(6) Gollect. Nicaise, Biblioth. Impér., t. II.

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