‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 430 sur 445 · LIVRE XII, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE XVII

consola dans l'espoir qu'elle l'aurait pour protecteur dans le Ciel. Le siècle n'était pas encore assez impie et assez perverti pour ne pas regretter de n'avoir plus entre ses crimes et la colère céleste une pareille victime d'expiation. C'était à Paris, en grande partie, que se trouvaient les amis du défunt, ce fut aussi là que sa mort fit couler le plus de larmes et eut le plus de retentissement. Messieurs du Chapitre de Notre-Dame firent célébrer un service solennel dans leur église dont il avait été chanoine. Il n'y eut point de musique à la messe; le De Profundis fut seulement chanté en fauxbourdon (1). M. le curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas fit annoncer un service dans son église, et la compagnie qui s'y trouva était belle et nombreuse. M. du Charmel organisa une grande cérémonie funèbre à l'Institution des Pères de l'Oratoire, et M. Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, y officia. Il y eut des messes publiques dans plusieurs autres églises : à Saint-Cosme et Saint-Damien, sa paroisse natale ; à Saint-Barthélémy, à Saint-Germain, à Saint-Pierre-aux-Bœufs , etc. (2). Beaucoup d'évêques en firent autant dans leurs cathédrales et dans leurs diocèses (3). La cour elle-même en fut émue. Le roi, après s'être fait raconter les principales circonstances de cette mort, en voulut faire le réci-t de sa propre bouche aux trois princesses petits-fils, en forme d'instruction (4).

Le P. de la Chaise écrivit le 30 octobre à l'abbé de la Trappe : « On ne peut être plus sensible que je le suis à la perte que vous avez faite de votre saint abbé. Ses exemples fructifieront longtemps, non seulement dans votre vertueuse communauté, mais encore dans tout le monde chrétien. Le roi, à qui j'ai fait le récit de cette mort précieuse devant Dieu, en a été véritablement touché et de ce que j'ai eu l'honneur de lui dire de la part du défunt. Votre maison sera agréable à Dieu et édifiera l'Eglise de plus en plus, tant qu'on y suivra les intentions et qu'on y pratiquera les règlements de son vertueux restaurateur (5). »

« On ne finirait pas, dit D. Le Nain, si on voulait rapporter ici combien de personnes du premier rang ont écrit alors à la Trappe pour marquer l'estime, le respect et la vénération qu'elles avaient pour le saint abbé de Rancé. » — « J'éprouvai à Fontainebleau, dit le duc de Saint-Simon, une des plus grandes afflictions que je pusse recevoir, par la perte que je fis de M. de la Trappe. Attendant un jour le coucher du roi, M. de Troyes me

(1) Portefeuille du R. P. Léon, de Sainte-Catherine, année 1700.

(2) Lettre part.

(3) Le Nain, t. II, p. 399.

(4) Ibid., p. 390.

(5) Nous avons une copie de cette lettre, qui a été reproduite par Maupeou, t. II, p. 356.

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