‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 431 sur 445 · II. A · texte numérisé non relu

II. A

montra une lettre qui lui en annonçait l'extrémité.. . Mon premier mouvement fut d'y courir, mais les réflexions qu'on me fit faire sur cette disparate m'arrêtèrent... Ces Mémoires sont trop profanes pour rapporter ici rien d'une vie aussi sublimement sainte, et d'une mort aussi grande et aussi précieuse devant Dieu. Je me contenterai de rapporter ici que ses louanges furent d'autant plus grandes et plus prolongées, que le roi fit son éloge en public... De toutes les parties de l'Europe, on parut sensible à l'envi à une si grande perte (1). »

Le grand-duc de Toscane adressa à l'abbé de la Trappe cette lettre, expression de ses regrets et de son profond respect : « Votre R. P. abbé l'ancien a couronné par une heureuse fin la belle carrière de ses jours, tous consacrés à Dieu. Ce grand serviteur de la divine Majesté, qui a été ajuste titre l'édification de toute l'Eglise, a mérité de jouir dans le Ciel de la récompense de ses travaux. .. Pour moi, je conserverai toute ma vie des sentiments de vénération pour sa digne mémoire. Je veux croire que la charité qu'il conservait pour son prochain, étant au monde, lui inspirera, présentement au Ciel, de m'obtenir du Tout-Puissant le pardon de toutes les fautes que j'ai commises dans ma vie, et je demande aussi pour cela le secours de vos saintes prières, que j'espère que vous et votre sainte communauté ne me refuserez pas, vous assurant qu'en toutes rencontres je ne vous oublierai point ; c'est de quoi je vous prie d'être bien persuadé, aussi bien que de me croire véritablement votre très affectionné,

« Le grand-duc de Toscane (2). »

L'ex-roi et l'ex-reine d'Angleterre regardèrent la perte qu'ils faisaient en la personne de l'abbé de Rancé comme un malheur ajouté à tous ceux dont ils étaient accablés, et dans leur douleur ils s'agenouillèrent aussi sur son tombeau : « Je n'ai pas laissé, écrivait Jacques II, d'être bien surpris et touché de la mort de votre saint abbé; quoique, dans l'état où il était depuis si longtemps, on devait s'y attendre. La mort des saints est toujours précieuse devant Dieu, et il n'y a nul doute que la sienne n'ait été telle. Mais, pour moi, j'ai perdu un grand soutien en ce saint homme, aussi bien que tous ceux qui ont eu le bonheur de le connaître; et je ne puis assez témoigner les obligations que je lui ai de m'avoir éveillé de l'assoupissement où j'étais, aussi bien que la plupart des gens qui sont obligés par leur état de vivre dans le grand monde, où je m'étais laissé entraîner comme les autres, malgré tout ce qui m'était arrivé de fâcheux. Si je ne

(1) Mémoires, t. II, p. 7.

(2) Le Nain, t. II, p. 398.

Page 1