LIVRE VII, CHAPITRE IX
nécessité et de la fin, j'ai cru que je suivais l'ordre de Dieu, et je n'ai point eu d'autre vue que la gloire de son nom et la sanctification de mes frères, et s'il eût été nécessaire de tremper ma plume dans mon sang, pour donner plus de force et d'efficace à mes paroles, je l'aurais versé jusqu'à la dernière goutte : car je puis dire comme l'Apôtre, quoique avec une charité infiniment inférieure à la sienne : Optabam ego ipse anathema esse a Christo. Je voudrais être chargé de toutes les malédictions du monde, pour attirer les grâces et les bénédictions du Ciel sur ceux avec lesquels je suis uni par une même consécration et par une même naissance (1). »
Tout ce passage est admirable : on croirait entendre saint Basile, saint Cyprien, ou saint Jean Chrysostôme; c'est la plus haute expression de la foi et de la charité chrétienne.
On prétendait qu'il s'était trompé au sujet des Esséniens : ici, il nageait en pleine érudition; il était dans son élément. Après avoir exposé le passage de Philon Le Juif, il citait, à l'appui de son opinion, saint Jérôme, saint Épiphane, Eusèbe, Sozomène, Nicéphore, Baronius, l'évêque de Vence (2).
Si on lui reprochait d'avoir exagéré l'obéissance des religieux, il venait à rencontre de ses antagonistes avec toutes les règles monastiques à la main, et prouvait qu'il n'avait point outrepassé les bornes que les premiers Pères avaient posées (3) .
Il voulait toujours, quoi que l'on en pût dire, que l'on gardât le silence, et le silence complet dans les monastères cisterciens, c'était, selon lui, le palladium de la solitude et de toutes les vertus cénobitiques ; il s'y rattachait de toutes ses forces, comme à une planche de salut dans le naufrage, et il protestait que rien ne serait capable de l'arracher de là (4).
Quant aux grandes questions du travail des mains, de l'étude des sciences, bien loin de lâcher prise , il resserrait encore ses raisonnements 9 les fortifiait de nouvelles autorités, et en tirait les mêmes conclusions avec une sévérité inexorable.
On lui avait objecté qu'il avait rehaussé outre mesure la condition des moines; il répondait en citant tous les saints Docteurs qui avaient parlé de l'excellence de la vie monastique. 11 n'était pas possible de former un groupe d'hommes plus grands par la sainteté et le génie, ni de composer
(1) Eclaircissements, p. 51 (2e édit.).
(2) Id., p. 101.
(3) Id., p. 195.
(4) Id., p. 242.
lt.
une chaîne plus imposante de témoignages. Un simple chrétien, un prêtre séculier, ayant la foi, ne peut lire ces pages sans avoir le désir de se faire moine, ni un moine, sans avoir le désir de devenir meilleur (1).
C'est toujours le même esprit simple et puissant, impétueux et entraînant, qui pousse, qui presse le lecteur, l'étonné parfois, l'illumine, et lui fait sentir despotiquement l'ascendant de la vérité. C'est la même érudition, toujours inépuisable, toujours neuve, quoiqu'il revienne pour la deuxième et troisième fois sur les mêmes questions. Les recherches et les citations abondent; mais ce qui manque ici encore , c'est la mise en œuvre , les jointures et l'assemblage , la trame et le tissu.