‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 58 sur 445 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Réfutation des Entretiens «le 'Bhinocr.Uc et de Pbllandre; on répand faussement le bruit que le livre de l'abbé de Rancé allait être censuré à Rome ; on accuse les Bénédictins de Saint- Maur, qui se justifient (1685).

Cependant, il apprenait de tous côtés, et en particulier d'un de ses plus anciens et de ses plus intimes amis, qu'il allait paraître une réfutation très détaillée et très précise du livre qui avait été publié contre lui. Il sut en même temps que l'auteur était M. l'abbé Maupeou, curé de Nonancourt, qui venait souvent à la Trappe, parce qu'il y avait un frère religieux, et qu'il en était peu éloigné. Il lui écrivit aussitôt pour lui représenter que « la Critique étant tombée, et n'ayant eu rien moins que l'effet que l'auteur s'était proposé, la réponse la relèverait, donnerait sujet à des répliques et lui attirerait une foule d'ennemis sur les bras; que les choses étant aussi particularisées qu'on lui avait mandé qu'elles l'étaient, on ne pourrait s'imaginer qu'on ait pu les imprimer sans sa participation, et que cela seul lui ferait le plus grand tort aux yeux de beaucoup de gens.

« Au nom de Dieu, disait-il en finissant, je vous conjure d'y faire attention, et comme je connais parfaitement la bonté de votre cœur, et toutes les dispositrons dans lesquelles il est pour moi, j'espère que tout ce que je vous dis, fera quelque impression sur vous, et que n'ayant eu que la gloire de Dieu, ma défense et ma justification devant les yeux, vous ne voudrez point m'exposer à toutes les interprétations fâcheuses que cette réponse peut avoir.

mort le 10 novembre 1685. (Relation1; de la mort de quelques religieux de la Trappe, 2e partie, p. 149. Paris, li;%.y

« Dieu sait la crainte que j'ai de vous faire de la peine, et combien j'ai d'estime et de considération pour vous, et jusqu'où va la reconnaissance que j'ai de l'amitié que vous m'avez témoignée en tant de rencontres; cependant, je suis pressé de vous conjurer de supprimer la chose, s'il est possible, et je suis même assuré que ce vous serait un véritable déplaisir, si elle m'excitait quelque tempête, et que ceux qui ne me veulent pas de bien (que vous savez qui sont en grand nombre), en pussent tirer des avantages contre moi.

« J'ai été si persuadé que rien n'était meilleur que de garder le silence en cette occasion, que je n'ai point voulu qu'on imprimât ce que j'avais eu envie de mettre dans la préface de la seconde édition des Éclaircissements, quoiqu'il n'y eût rien de plus modéré. Je n'ai rien à ajouter à ce billet, mon cher Monsieur, sinon que je ne puis vous avoir une obligation plus sensible que celle d'entrer dans ma pensée (1). »

M. Maupeou lui ayant répondu que son livre était sous presse, il lui témoigna très vivement le déplaisir qu'il en ressentait, lui promettant de défrayer l'imprimeur, pourvu qu'il s'engageât à ne point passer outre. « Il ne cessa de m'en écrire, dit M. Maupeou lui-même, que je ne l'eusse assuré que l'ouvrage ne paraîtrait pas; ce que la tendresse que j'avais pour lui m'obligea d'accorder à son humilité (2). »

Soit que l'imprimeur ait manqué de probité, soit plutôt que l'auteur ait manqué de franchise et de sincérité, le livre parut à la fin de cette année, sans nom d'auteur, sous ce titre : La conduite et les sentiments de M. l'abbé de la Trappe, pour servir de réponse aux calomnies de l'auteur des Entretiens de Timocrate et de Philandre sur le livre de la Sainteté et des devoirs de la vie monastique ( petit in-J2) (3).

Malgré toutes nos recherches, nous n'avons trouvé qu'un seul exemplaire de cet ouvrage, ayant appartenu au président Bouhier de Dijon (4). On le conserve à la bibliothèque de Troyes (5). Comme il est anonyme, on l'a attribué à divers personnages; mais c'est, à n'en pas douter, l'œuvre de M. Maupeou, curé de Nonancourt (6).

(1) Manuscrit de Septfons, cah. X, p. 291.

(2) Tome 11,1. VI, p. 103 (à la fin).

(3) Avec cette épigraphe : « Y a-t-il rien de plus injuste que de haïr ce que Ton ne connaît pas, quand même ce serait de soi une chose haïssable ! » — Tertul. (Apologet, c. ii.)

(4) Il a écrit cette remarque sur la première page : « On m'a assuré que ce livre était de J.-B. Thiers, auteur d'une Apologie de Vabbé de la Trappe; mais je crois que c'est un ouvrage différent. »

(5) Il y en a un autre exemplaire à la Bibliothèque du Mans, avec des notes marginales écrites à la main, qui pourraient bien être de l'auteur lui-même.

(6) Voici ce que nous lisons dans la Vie de M. l'abbé de la Trappe, t. II, p. 103, par

Page 1