LIVRE Vil, CHAPITRE XIV
Nous avons dit que tous les Frères convers avaient tenu le même langage, à l'exception d'un seul, le onzième, qui demanda quelques adoucissements, en ajoutant, toutefois, qu'il n'était pas juste de suivre le sentiment d'un seul contre celui de tous. L'abbé de Rancé était franc et il aimait la franchise ; aussi, tout en gémissant intérieurement de la faiblesse de ce pauvre homme, il crut devoir l'exhorter simplement à prendre courage et à mettre sa confiance en Dieu. Quelque temps après, il l'envoya dans un monastère d'observance moins sévère : nouvelle preuve qu'il ne se faisait pas un jeu d'écraser ses Frères, en les chargeant au-delà de leurs forces, et qu'il ne voulait point d'esclaves.
Cette déclaration isolée ne l'empêcha pas de s'en tenir à la manifestation générale. Il annonça la rénovation des vœux pour le 2 février.
Au jour et à l'heure fixés, tous tombèrent à genoux au pied de l'autel, tous promirent de persévérer dans leurs saintes règles, tous conjurèrent le Seigneur de leur envoyer la mort plutôt que de permettre qu'ils s'en écartassent jamais (1).