‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 75 sur 445 · LIVRE VII, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE XIV

faire que l'on s'est fondé sur les visites que Son Altesse Royale, Mme de Guise, a rendues à la Trappe. Je ne puis pas lui fermer les portes de notre monastère; outre que le rang qu'elle tient dans le monde les lui fait ouvrir, elle est fille de Monsieur, qui a été mon maître (1) ; et la vérité est que je ne lui ai jamais rien dit, dont je n'eusse voulu que toute la terre eût été informée. Je ne me suis mêlé de rien. Je me suis attaché uniquement à ma profession, et je me suis éloigné de tout ce qui n'y avait point de rapport. Ma principale et plus ordinaire occupation étant de recommander à Dieu la personne du roi et la prospérité de l'État, avec toute l'application dont je suis capable, mon soin a été d'inspirer la même disposition dans le cœur de tous mes Frères.

« Si, après cela, il m'arrivait ce que je ne me suis point attiré, il faudrait adorer la conduite de Dieu, s'y soumettre, l'aimer, et s'y plaire. Le repos et la consolation de ceux qui sont à lui , est d'être dans sa dépendance, et de recevoir avec joie tout ce qui vient de sa main, dans laquelle je suis; c'est là ma situation. Il y a longtemps, Monseigneur, que vous savez le désir que j'ai de quitter l'état où je suis, et de me voir délivré du poids qui m'accable; et je vous avoue que si, par quelque coup de tempête auquel je n'aurais point donné de fondement, je me trouvais dans la liberté où je me souhaite, je finirais mes jours dans une tranquillité que je ne puis espérer dans l'engagement et l'occupation où je suis. Dieu est le maître, il en fera ce qu'il lui plaira (2). »

Quelques jours après, il écrivait dans le même sens à plusieurs autres de ses amis. Comme on lui reprochait surtout de recevoir indifféremment toutes sortes de personnes dans son monastère, il avouait que le nombre de ceux qui étaient venus le voir dans ces derniers temps était vraiment extraordinaire, malgré les résolutions qu'il avait prises d'être plus retiré que jamais; mais qu'il y avait quantité de gens qu'il n'avait pu recevoir, d'autres qu'il n'avait vus et entretenus qu'un instant, et en dehors des affaires du monde et de la politique (3).

Ses amis lui répondirent qu'on avait beaucoup exagéré les choses; qu'il n'était plus question de lui à la cour, et qu'il devait se tranquilliser. Bossue! lui mandait, de son côté: « Je ne crois pas qu'il y ait rien de solide dans les bruits qui ont couru, si ce n'est, peut-être, quelque mécontentement par rapport à Mme de Guise. J'ai dit ce que je devais sur ce sujet-là, partout où j'ai cru devoir le faire. Au surplus, je vous supplie de ne pas

(1) Feu Gaston de France, dont la fille, Mme de Guise, était alors un peu en disgrâce.

(2) Manuscrit de Sèptfons, cah. X, p. 3U.

(3) Id., i!jid.,\). 816.

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