‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 84 sur 445 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les chanoines réguliers, dans leurs querelles avec les Bénédictins sur la préséance aux Etats de Bourgogne, invoquent le témoignage de l'abbé de Rancé; Mabillon leur répond; ligue d'Augsbourg ; vision effrayante d'un religieux de la Trappe ; prières pour le roi et la France (1688).

L'abbé de Rancé, par sa vie, ses écrits et par son nom seul, faisait autorité dans l'Église; aussi vit-on souvent les partis, dans leurs contestations, se disputer son témoignage et se l'opposer comme l'une des marques les plus certaines de la vérité et de la légitimité de leurs prétentions. C'est ce qui arriva dans une querelle entre les Bénédictins et les chanoines réguliers, au sujet de leur préséance dans les États de la province de Bourgogne. Ces États étaient partagés en trois chambres, dont la première, appelée la chambre ecclésiastique, était présidée par l'évêque d'Àutun. Ce prélat occupait la ligne du fond avec les autres évêques et les principaux abbés, parmi lesquels se trouvaient ceux de Citeaux et de Saint-Bénigne. Le clergé séculier et régulier était divisé en deux ailes : à la droite, les doyens des cathédrales et autres bénéficiers; à la gauche, les Bénédictins et les chanoines réguliers. Ceux-ci, oubliant la parole du Sauveur : Que celui qui veut être le premier parmi vous, soit le dernier et le serviteur de tous, souffraient impatiemment, depuis longtemps, d'être ainsi refoulés au dernier rang dans une aussi grande et aussi solennelle assemblée. Ils publièrent un premier mémoire, vers l'an 1681, pour prouver qu'ils devaient avoir le pas sur les Bénédictins. Ces derniers ne répondirent point, et restèrent en possession de leur préséance. Mais la dispute s'étant renouvelée plus vive que jamais, en 1688, Mabillon fut chargé de défendre les droits de ses confrères, et de réfuter les chanoines, qui ripostèrent : alléguant l'antiquité de leur Institut, la dignité de la cléricature qui lui était essentiellement attachée, et les relevait au-dessus de tous les moines qui n'étaient clercs que par accident; enfin, une bulle de Pie IV qui avait accordé la préséance aux chanoines de Latran sur les Bénédictins du Mont-Cassin (1).

(1) Voici la collection de toutes ces pièces : 1° Remontrance des chanoiues réguliers de la province de Bourgogne, se plaignant d'être troublés dans leur préséance sur les Bénédictins aux Etats de Bourgogne (1681); 2° Réponse (par Mabillon) des religieux Bénédictins de la province de Bourgogne à un écrit des chanoines réguliers tombant

« On ne peut, disait le défenseur des chanoines réguliers, mieux finir cet article que par le témoignage d'un des plus illustres abbés que l'Ordre monastique ait présentement dans l'Église, lequel, ayant une parfaite connaissance des devoirs et de la sainteté de cet état, nous en peut mieux instruire que personne, et ce qu'il avoue à ce sujet, détruit entièrement toute la seconde partie de l'écrit des religieux Bénédictins. Il ne faut que comparer les paroles de ce grand homme avec celles de l'auteur de l'écrit, pour voir que la nuit et le jour ne sont pas plus opposés que les sentiments de l'un et de l'autre. »

Il entrait ensuite dans des détails, pour prouver ce qu'il avançait, montrant la différence et la contradiction des sentiments. « Notre adversaire, disait l'apologiste des chanoines, se vante de ce qu'il n'y a point d'emploi ni de dignité dans l'Église que l'état monastique n'ait possédés; l'abbé dit « que cela ne convient point aux moines, et que, si Dieu ne les y appelle par une vocation extraordinaire , ils ne doivent point s'y engager. » Il prétend que l'Ordre de Saint-Benoît est né dans le clergé, et l'abbé justifie que tous les moines qui ont eu l'esprit de leur profession se sont toujours enfermés dans leurs cloîtres et se sont abstenus de toutes les fonctions cléricales. Enfin , il se fâche quand, pour faire voir la différence des moines d'avec les clercs, on lui dit que la seule occupation des moines est de pleurer et de prier; et l'abbé soutient qu'ils n'ont quitté le monde que pour faire pénitence, et s'abandonner à cette tristesse religieuse qui, selon saint Bernard , pleure les péchés d'autrui et les siens propres.

« Vit-on jamais une plus grande opposition? Cependant le livre que cet illustre abbé a donné au public depuis quelques années , et dont il soutient si bien la doctrine par ses exemples, a été si universellement approuvé de toutes les personnes désintéressées, qu'encore qu'il se soit trouvé peut-être quelques religieux qui l'aient décrié en secret, et qui aient été fâchés de ce qu'en découvrant si clairement leurs obligations, on leur faisait connaître combien ils s'étaient relâchés de l'esprit primitif de leur Règle; néanmoins, il n'y en a aucun qui ait osé s'élever publiquement contre un livre qui donne une si juste idée de la vie monastique. »

la préséance dans les Etats; 3° Réponse des chanoines réguliers à un écrit des religieux Bénédictins touchant la préséance aux Etats; 4° Réplique des religieux Bénédictins au second écrit des chanoines réguliers. (Tous ces factum se trouvent à la Bibliothèque de Dijon, n° 18,735.) — Il y avait en Bourgogne trois maisons de chanoines réguliers ayant entrée aux Etats : celles de Ghâtillon-sur-Seine, de Saint-Symphorien d'Autun et d'Oigny. Les Bénédictins en avaient sept : Saint-Bénigne, Saint- Germain d'Auxerre, Moustier-Saint-Jean, Saint-Martin d'Autun, Saint-Seine, Flavigny, Saint-Pierre de Chalonsur-Saône.

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