‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 90 sur 445 · LIVRE VII, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE XVII

accorder une telle permission. Quel que puisse être sur cela l'usage de ce temps, je maintiens que cela ne se peut faire sans péché, et sans se rendre responsable au jugement de Dieu, de tous les inconvénients auxquels un

religieux est exposé, lorsqu'il est hors de son monastère Les moines

doivent savoir qu'ils sont dans les monastères comme dans des sépulcres, et qu'il y a longtemps qu'il est écrit que c'est là qu'ils doivent \ivre et mourir, ibi moriantur et vivant (1). »

Il se présenta une occasion où la chair et le sang durent venir dans son cœur, à rencontre des saintes Règles ; mais il fut peut-être encore plus dur, plus inflexible. L'une de ses sœurs, religieuse, ayant été atteinte d'un malaise grave et inquiétant , les médecins lui conseillèrent d'aller aux eaux; ses supérieurs réguliers le lui permirent et même l'y engagèrent. Toutefois, cependant, elle n'était pas sans scrupule, comme l'abbesse du Sauvoir. Elle s'en ouvrit a son confesseur, qui ne voulut rien décider avant d'avoir l'avis de son frère ; celui-ci répondit aussitôt :

« Je vous dirai qu'il ne m'est pas possible d'entrer dans la pensée de ceux qui veulent que ma sœur sorte de son monastère et aille prendre les eaux de Vichy pour le rétablissement de sa santé. Je ne crois pas qu'elle ait eu cette vue-là , ni qu'elle se soit portée d'elle-même à une chose si contraire à son état, à l'esprit de sa Règle et à l'obligation qu'elle a contractée par le vœu de la stabilité de demeurer, de vivre et de mourir dans le lieu de son engagement. »

Après avoir donné les raisons que Ton connaît déjà, il disait en finissant : « Quoique je sois persuadé qu'il y aura peu de personnes de mon avis, étant contraire à tous les usages et à toutes les maximes présentes , j'ai cru que je ne devais pas laisser de vous le mander tel qu'il est, et qu'il ne fallait pas que l'amitié que j'ai pour ma sœur, m'empêchât de vous parler selon le mouvement de ma conscience (2). »

Il ne connaissait pas deux poids et deux mesures, lorsqu'il s'agissait de la Règle : il n'y avait plus pour lui, comme pour saint Jérôme, ni père, ni mère , ni frère, ni sœur; le monde entier avait disparu, il ne voyait plus que Dieu et son devoir!

(1) Lettres de piété, t. II, p. 386.

(2) Id., ibid., p. 194.

138 HISTOIRE DE l'ARBÉ DE RANCÉ.

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