‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 92 sur 445 · LIVRE VII, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE XVIII

qu'il présidait, et il écrivait de Germigny, le 2 septembre : « Il est vrai que nous entendîmes, durant quelques heures, beaucoup de difficultés assez légères, parmi lesquelles il y en avait deux ou trois que je jugeai de conséquence, et dont M. Du Poirier (1) a dû vous rendre compte. Je n'ai

pu rejoindre M. de Reims , quelque soin que j'en aie pris Ce n'est pas

qu'il y ait aucun changement dans ce prélat, qui, comme moi, a beaucoup estimé l'ouvrage; mais ou il a été malade, comme il l'est encore, ou

il est arrivé d'autres incidents si bien que la chose est remise. Cela

fait beaucoup discourir. On dit que je ne voulais pas approuver, et puis qu'on faisait beaucoup de cartons. J'ai répondu ce que je devais, mais ces contretemps me fâchent beaucoup (2). »

L'archevêque de Reims, cependant, finit par envoyer ses observations; elles étaient nombreuses, mais, en général, assez peu importantes. On convint de quelques corrections, en si petit nombre, qu'on peut dire que le manuscrit fut imprimé à peu près tel qu'il était. Toutefois, peu avant la fin de l'impression, comme les moines mitigés avaient porté leurs plaintes jusqu'à la cour et menaçaient d'arrêter la vente du livre, si on ne le faisait approuver des docteurs ordinaires, on consentit à en modifier ou plutôt à en adoucir une vingtaine de passages , et l'on fit autant de cartons. Mais on ne changea rien à un certain nombre d'exemplaires, pour qu'ils pussent servir de témoignage et de point de comparaison.

Enfin, Bossuet écrivait, le o mars, à l'abbé de Rancé :

« J'ai envoyé à M. de Reims l'approbation qu'il a souhaité que je fisse. Elle est simple, mais le livre en porte avec soi une plus authentique dans les saintes maximes qu'il contient et dans le nom de son auteur. Au reste, ceux qui auront le livre comme il était avant les cartons, verront bien que ce sont des choses de rien et que la doctrine nous en a paru irréprochable dans son fond. Je loue Dieu que tel ouvrage aille enfin paraître, et je suis fâché du retardement. Tout le fruit que j'en espère, est, s'il plaît à Dieu , qu'on profitera davantage de ce qu'on aura attendu et désiré plus longtemps. A vous sans réserve (3). »

L'impression fut achevée le 2 avril (2 vol. in-4°), et, le 13 du même mois, l'ouvrage fut mis en vente au prix de 10 livres (4).

Bossuet, dans son approbation, disait nettement «que la Règle de

(1) Lett. 151, du 2 sept. 1688.— Du Poirier, moine de Fontevrault, chargé de surveiller l'impression.

(2) Tout ceci est raconte assez en détail dans les Nouvelles ecclésiastiques (janvier et février 1089). Ms., Biblioth. Imp., n<> 1/.»;.

(3) Lett. 157.

(4) Nouvelles ecclés., Ms., février 1689.

Saint-Benoît, où les moines doivent apprendre la volonté de Dieu sur leur état, ne pouvait trouver un meilleur interprète que l'auteur de ce commentaire, dans lequel il n'y avait rien qui ne fût conforme à la foi catholique, apostolique et romaine, et qui ne ressentît l'esprit de ces anciens solitaires dont le monde n'était pas digne. »

L'Avertissement qui précédait le livre était très calme, très noble, plein de prévenance et de charité (1). L'abbé de Rancé y déclarait qu'il n'avait eu, en écrivant, d'autre but que d'instruire ses Frères et de répondre aux pressantes instances d'un grand nombre de religieux, recommandables par leur piété, qui lui avaient demandé une exposition de la Règle toute pure et toute naturelle, sans s'arrêter aux usages et aux coutumes qui l'avaient affaiblie dans la suite des temps. Il tâchait de prévenir, par quelques éclaircissements, les objections qu'on pourrait lui faire sur les points les plus contestés, par exemple: les Etudes, l'Obéissance, les Procès, etc. Il observait aussi que, s'il s'était exprimé quelquefois d'une manière trop forte, il ne fallait point l'imputer à l'humeur ou à la passion, mais à l'amour de la vérité et de la justice. « Car, il n'est guère possible, ajoutait-il, lorsqu'on parle des grandes vérités, qu'on les regarde d'une vue attentive, qu'on les aime, et que l'on voit qu'elles sont négligées, que le sentiment intérieur ne passe dans la parole : il est bien difficile alors que l'on s'explique d'une manière molle et languissante, quand le cœur est vivement touché de ce qu'on dit. » Il proteste qu'il regarde tous les moines Bénédictins comme ses frères ; qu'il n'y en a pas un seul au salut duquel il

ne voulût contribuer aux dépens de sa vie Il croit que ceux qui vivent

dans les mitigations s'y peuvent sanctifier, pourvu qu'elles soient autorisées par l'Église, et qu'ils se tiennent exactement aux Règles qu'elle leur a prescrites (2).

(1) Bossuet écrivait à l'abbé de Rancé le 15 mars : « M. de Reims me mande qu'il trouve la Préface très bien. »

(1) Voir l'Avertissement en tête du premier volume.

Page 1