CHAPITRE PREMIER
Dom Muce; ses crimes, sa conversion, sa pénitence et sa mort (1689).
Le 13 mai de cette année, quelques semaines après la publication de l' Explication delà Règle de Saint-Benoît, mourut à la Trappe Dom Muce- Faure : figure étrange, homme vraiment extraordinaire; mais, cependant, homme de son siècle, où il y avait de grands égarements, suivis de grands repentirs et de grands retours; homme tombant de chute en chute jusqu'à ces dernières profondeurs du crime qui confinent à l'enfer, puis se relevant et montant jusqu'à ces hauteurs de la vertu qui touchent au Ciel.
« Après une jeunesse toute pleine de dérèglements, de libertinages et de débauches, dit l'abbé de Rancé (1), il s'engagea dans la profession des armes; il entra dans un régiment de grenadiers, que tout le monde sait être les plus déterminés entre ceux qui font le métier de la guerre. Il eut toutes les méchantes qualités d'un homme de cette profession : il était blasphémateur, violent, emporté, cruel, impitoyable, et, quand il avait une fois formé un dessein , sa passion toute seule était son guide, nulle considération, ni de Dieu ni des hommes, n'était capable de l'arrêter.
« Il reçut plusieurs fois des blessures qui devaient lui donner la mort,
(1) Instruction sur la mort de Dom Muce, in-12. — Cette instruction se trouve dans les Rclat. de la mort de quelques relig. de la Trappe, in-18, Paris, Michallet, 1702; — et à la suite de La Carte de visite des Clairets, Paris, Muguet, 1690.