LA MESNARDIÈRE
qui ayoit laissé des ouvrages de lui sérieux et galants y dignes de beaucoup d'estime*. » Physicien, traducteur, critique*, poète, historien, dans quel genre ne s'étoît-il pas exercé ? Aujourd'hui, et tous ces ouvrages et l'auteur lui-même sont presque tombés dans l'oubli.
Gardons-nous cependant de croire que la postérité lui ait fait tort, elle rend toujours justice; c'est même le seul juge non suspect. Pour moi , prévenu peut-^tre par l'opinion que deux^ de ses contemporains avoient
^ Mémoires de Bussy, année 1 66 f. (o).— Quand fiussy parle ainsi de La Mesnardière, il vient de citer une lettre de celui-ci qui lui avait rendu un bon office auprès du Roi, que sa charge lui permettait souvent d'approcher.
* La critique qu*il fit de la Pucelle sous le nom de du Rivage après Tapparition du poëme est d'autant plus surprenante qu'auparavant, dans le discours qui précède la Poétiquey il en avait fait l'éloge.
' Chapelain, Mémoire sur quelqties gens de lettres vivants en 1662, et Chevreau, Lettre à Tanegui le Febvre, (o.) — Voici le jugement que fait de lui Chapelain, qui n'avait pas à s'en louer, dans son mémoire à Colbert :
a La Mesnardière, l\ écrit avec facilité et assez de pureté en vers et en prose, moins foibleen françois qu'en latin. Son style est mol et étendu, et, dans ses longues expressions, se délaye et se perd ce qu'il y pourroit avoir de raisonnable. Quand il se veut élever, il dégénère en obscurité et ne fait paroître que de beaux mots qui ne font que sonner et ne signifient rien. Sa paraphrase, plutôt que sa traduction du Panégyrique de Pline, et sa Poétique le font paroître dépourvu de jugement, aussi bien que les pièces de son invention qui font le principal du volume de vers qu'il a publiés. Son Traité des esprits naturels et sa Paraphrase de quelques épigrammes de l'Anthologie ne sont pas méprisables, et s'il n*avoit fait voir que cela, il en seroit plus estimé ; enfin, ce n'est pas uil
de lui, j'avoue qu'en parcourant ses ouvrages j'y ai cru voir moins de jugement que d'imagination , une attention bien plus grande à étaler de belles paroles qu'à employer des pehsées solides, une continuelle envie de se faire admirer plutôt que d'instruire. Tout écrivain qui ne fait pas son capital du bon sens renonce à l'immortalité.