HONORAT DE BUEIL', MARQUIS DE RACAN
L'un des premiers Académiciens, mort en féyrier 1670.
Il naquit en 1589 à la Roche-Racan, château situé à Textrémité de la Touraine, sur les confins du Maine et de l'Anjou. En 160S, il étoit « Page de la chambre sous M. de Bellegarde^, » qui, par l'ordre exprès d'Henri IV, a voit pris Malherbe dans sa maison, et lui avoit donné « sa table, un cheval et mille livres d'appointements. » Racan, cousin germain de madame de Bellegarde, a et qui déjà commençoit à faire des vers, eut par cette rencontre la connoissance de Malherbe, dont il apprit ce qu'il a jamais su de la poésie françoise. » Ainsi parleM. de Racan lui-môme ; mais sa modestie le trompe, car il avoit un plus grand maître que Malherbe, je veux
^ On prononçait Bu-eil et non Beuil, comme le prouve ce vers d*an sonnet, composé par lui-même sur la mort de son fils :
La tige de Bueil, jadis si florissante.
(Édit. de la Biblioth. elzév,^ t. II, p. 412.)
* Vie de Malherbe, page 15. Je cite la nonvelle édition, qui est au-devant des œuvres de Malherbe, Paris^ 1723. (o.) — Mme de Bellegarde, née Anne de Bueil, «était sa cousine germaine. (Voyez la notice sur Racan, publiée par M. Antoine Tenant de Latour, en tête de la nouvelle édition de ses œuvres. Paris, P. Jannet, 1857.— ^i^/totA. eliévirieime*)
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dire la nature. Cest la nature qui le fit poète-, et tout autre maître n'auroit pu que contribuer à le rendre bon versificateur.
(( A son retour de Calais, où il fut porter les armes en sortant de Page*, » il consulta Malherbe sur le genre de vie qu'il devoit choisir. Malherbe, au lieu de répondre directement là-dessus, lui récita cet ingénieux conte du Poge, dont La Fontaine a fait une de ses plus jolies fables, intitulée, le Meunier^ son fils et leur âne. Enfin à Tâge de trente-neuf ans, le marquis de Racan se maria ^ et sa postérité est aujourd'hui tout ce qui reste de' la maison de Bueil, maison des meilleures qu'il y ait en France.
Pour bien juger de son mérite poétique, sachons d'abord ce qu'en pensoit Malherbe. Il disoit que May-
* Vie de Malherbe, pages 37 et 38. (o.) — C'était vers 1608. - Dans une ode à Louis XIV, il nous apprend qu'il a pris part à presque toutes les expéditions de Louis Xlll :
Je Pai suivi dans les combats.
J'ai vu foudroyer les rebelles,
J*ai vu tomber les citadelles
Sous la pesanteur de son bras ;
J^ai vu forcer les avenues
Des Âlpes qui percent les nues.
Et leurs sommets impérieux
S*humilier devant la fbudre,
De qui l'éclat victorieux
Avoit mis La Rochelle en poudre.
* n épousa, en 1628, Madelaine du Bois, fille de Pierre du Bois, sieur de Fontaine-Marany, Angevin. Le mariage se fit pendant le siège de La Bochelle, et il «en vint quatre fils et trois filles. (Conrariy cité par M. P. Paris, commentaires sur Tallemant des Beaux, II, 375. — Voy. dans Tallemant, t. i,p. S22, une lettre de Malherbe sur ce mariage.
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nard étoit de tous ses disciples « celui qui faisoit les meilleurs vers, mais qu'il n'avoit point de force ; que Racan avoit de la force, mais qu'il ne travailloit pas assez ses vers ; que le plus souvent, pour s*aider d'une bonne pensée, il prenoit de grandes licences*, et que de Maynard et de Racan on feroit un grand poète \ »
Joignons à cela le sentiment d'un critique qui ne se trompa jamais : a La vérité est, dit-il en parlant de Malherbe, que la nature ne l'avoit pas fait grand poëte. Mais il corrige ce défaut par son esprit et par son travail -, car personne n'a plus travaillé ses ouvrages que lui, comme il paroit assez par le petit nombre -de pièces qu'il a faites. Notre langue veut être extrêmement travaillée. Racan, ajoute M. Despréaux, avoit plus de génie que Malherbe, mais il est plus négligé, et songe trop à le copier. Il excelle surtout, à mon avis, à dire des petites choses ; et c'est en quoi il ressemble mieux aux anciens, que j'admire surtout par cet endroit. Plus les choses sont sèches et malaisées à dire envers, plus elles frappent quand elles sont dites noblement et avec cette élégance qui fait proprement la poésie *. »
Voilà deux témoignages, qui, rendus à près de cent ans Tun de l'autre, nous donnent exactement la môme idée de M. de Racan :.qu'il avoit beaucoup de génie, qu'il étoit lié poète, mais qu'à la facilité et à la supériorité du talent, il n'ajoutoit pas toujours l'opiniâtreté du travail.
On trouvera dans la Vie de Malherbe, écrite par
^ Vie de Malherbe, pages 56 et 37. (o.) * Despréaux, lettre à M. deMaiicroix. (o.)