‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 21 sur 158 · L'ABBÉ COTIN · texte numérisé non relu

L'ABBÉ COTIN

offenser, Tavoit vantée, et avec raison, comme le chefd'œuvre de Tauteur.

Au reste, la charmante scène de Trissotin et de Vadius est d'après nature ^ Car l'abbé Cotin étoit véritablement l'auteur du sonnet à la princesse Uranie ^. Il l'avoit fait pour madame de Nemours, et il étoit allé le montrer à Mademoiselle, princesse qui se plaisoit à ces sortes de petits puvrages, et qui d'ailleurs considéroit fort M. l'abbé Cotin, jusque-là même qu'elle « l'honoroit du nom de son ami ^. » Comme il achevoit de lire ses vers, Ménage entra. Mademoiselle les fit voir à Ménage, sans loi en nommer l'auteur. Ménage les trouva ce qu'effecfectivement ils étoient, détestables *, là-dessus nos deux poètes se dirent à peu près Tun à l'autre les douceurs que Molière a si agréablement rimées \

Un libelle, intitulé la Ménagerie^ où l'abbé Cotin entasse injures sur injures contre Ménage ^, fut la suite

1 Femmes savantes y acte 3, scène 3. (o.)

^ On YOit ce sonnet dans la seconde partie de ses Œuvres ga^ tentés^ page 312.

Quant au madrigal sur un carrosse de couleur amarante, il y est aussi » mais comme un badinage donné pour tel. (o.)

» Tome I du Mercure galant, 1672.(0.)

^ Cette scène avait été traitée déjà par Saint-Évremond^ dtns sa comédie de T Académie, acte 1, scène 2. — Voyez tome I, p. 41 0, Pareille discussion aurait eu lieu entre Godeau et Chapelain, selon Tallemant. (Édit. P. Paris, t. 111, p. 269.)

n auroit été plus juste de dire ; épigrammes sur épigrammes. — La cause de la querelle ne fut point celle qui avait amené leur discussion chez Mademoiselle, mais un madrigal à la louange de Sapho, mal interprété par Ménage, qui prit la défense de la dixième Muse. Le passage où Cotin signala Ménage à Molière, —

m L*A6BÈ CÔTÏN.

de ce qui fi*étûit pASsé ohez Hademoisi^ll^. Que un fit-'il pas aussi contre Despréaux, et en yew, fet èû pk*Me * ? Jusque-là nottâ voyons quMl fie manqua point de courage, et qu*on lui faisoit lâettré Tépée à la main tant qu'on Vouloit ; au lieu qu'il de tint dans Tihactioû dè^^ que Molière Teut frappé, soit qu'il se crût asiomtné de ce dernier coup, qui véritablement est des plus mdes^ soit qu'eii 1672, qui est l'année qu'on joua poUî la première fois les Femmes savantes^ l'âge l'eût déjà mis hors de combat. Car il baissa extrêmement sur la fin de ses jours ^ ; et même ses parents , à ce que dit M. Perrault, agirent pour obtenir qu'il fût mis en cn^ râtelle ^ .

Mais au fond, et tout préjugé à part, étoit-il homme si méprisable, qu'il méritât d'être immolé à la risée publique ? Encore une fois, mon dessein n'est nullement de le louer. Si pourtant j'étais chaîné de faire son apo-^ logie, il me semble que j'en viendrois à bout, sans recourir à l'art imposteur de ceux qui ont fait l'éloge delà folie, ou de la fièvre, de Busiris, ou de Néron. Je chercherois H. l'abbé Cotin dans ses ouvrages sérieux :

qui les joua l'un et l'autre, n'est pas le moins plaisant de la Ménagerie, — La Ménagerie est dédiée à Mademoiselle.

^ La critique désintéressée sur les satires du temps est une réponse à Despréaùx, dont Cotin fait c le sieur des Vipéreaux. »

^ Tallemant, dans la première quinzaine de décembre 1681* — En 1678, il paroissoit encore à l'Académie ; eu 1677, on voit de ses Vers dans le Mercure galant, — Quant au fait dont parle d*0livet, d'après Perrault, la conclusion fut que Cotin, comme un autre Sophocle, convia ses juges à Ventendre, et ceux-ci, enchantés de ses sermons, condamnèrent ses héritiers aux dépen&w

^ Perrault, Parallèles, tome III, (o.)

L'ABBË COTIIf. 163

dans ce qu'il a écrit mir les priticipcis du monde, sur l'immortalité de Tâme^ sur le Cantique des Cantiques!. Je montrerois par ces mêmes ourrages, qu'il étoit versé dans la philosophie et dans la théologie^ qu'il savoit du grec, de l'hébreu, du syriaque. Je m'appuierois sur l'autorité de ceux qui assurent « qu'il auroit pu dire par cœur Homère et Platon ^ » Je dirois que dans ses poésies même, qui sont le plus foible de ses ouvrages, il y a des choses très-spirituelles et bien tournées. Je trouverois dans les endroits qu'il a traduits de Lucrèce, des vers assez beaux pour faire honneur à un poète, qui n'auroit été que poète. Je ferois avouer que sa prose a ce je ne sais quoi d'aisé, de naïf et de noble, qui sent son Parisien élevé avec soin. Enfin je dirois que M. l'abbé Cotin avoit l'honneur d'être reçu et chéri dans les plus illustres compagnies, où l'on ne faisoit accueil qu'au mérite, chez madame de GuisCi ehez mar dame de Nemours, à l'hôtel de Rambouillet, chez mademoiselle de Montpensier. A l'égard de ses Sermons, comme il n'en reste aucune trace, je me contenterois de faire observer qu'il a prêché seiee carêmes dans les meilleures chaires de Paris, et que vraisemblablement, s'il avoit toujours été aussi grêlé que la satire le dit, il a'aurditpas eu la constance de pousser §i loin une car- Hère si pénible. Convenons donc de bonne foi qu'il est à plaindre de n'avoir pas eu le tranquille sort de tant d'autres écrivains, qui dans le fond ne valent pas mieux que lui, ou peut-être valent moins. Pendant leur vie ,

* Pemoli^ Parallèles, tome III. (o.)

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on les laisse jouir de la bonne opinion qu'ils ont d'euxmêmes ; et après la mort, leur mémoire est comme ensevelie avec leurs cendres dans un même tombeau.

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