‹ Histoire de l'Académie française (volume 2)Chapitre 46 sur 158 · PAUL- PHILIPPE DE CHAUMONT · texte numérisé non relu

PAUL- PHILIPPE DE CHAUMONT

Ancien Évèque d'Aeqs, reçu à l'Académie en 1654, mort ie i4 mari 1697.

Il étoit allié de M. le chancelier Séguier, et fils d'un conseiller d'État, auteur de plusieurs ouvrages théologiques, garde des livres du Cabinets II succéda à son père en cette charge, et y joignit celle de lecteur du Roi. Il donna sa jeunesse à la prédication, fut nommé à Tévôché d'Acqs en 1671, et s'en démit en 1684. Alors, de retour à Paris, et mattre de se livrer plus que jamais à l'élude^, il composa deux volumes, dont le style ne ré-

M. Du Pin lui-même, qui, pour certains motifs, n'aurait pu pu* biier l'ouvrage de La Bruyère tel qu*on l'avait trouvé.

^ Paul -Philippe de Chaumont était fils de Jean de Chaumont, seigneur de Boisgarnier, de la famille illustre des Chaumont- Goitry. Jean de Chaumont, qui était, depuis Henri IV, garde des livres du Cabinet, étant mort le 2 août 1667, Paul-Philippe lui succéda, aux gages de douze cents livres. 11 était alors abbé d£ Saint-Vincent du Bourg (diocèse de Bordeaux). Plus tard il y joignit, comme on le dit ici, une des deux charges de lecteurs du Roi, alors occupées par M. de Périgny et M. d'Avaux. Sa mère, fille de Nicolas Bailleul et de Marie Habert , le rattachait à la famille des Habert, dont trois membres furent académiciens.

* Le président Cousin, qui succéda à M. de Chaumont, parle de lui en ces termes : c Tout étoit recommandable dans Tacadémicien que vous regrettez : illustre naissapce, heureux naturel, érudition, politesse... La nécessité de ses fonctions le priva pour quelque temps dés avantages de votre société. Après quoi, dé-

3i4 CLAUDE BOYER.

pond pas moins à sa qualité d'Académicien, que le sujets à son caractère d'évèque. lis ont pour titre : Réflexionrsur le Christianisme enseigné dans f Église catholique, Paris, in.l2, 1693 '.

XXXVIU CLAUDE BOYER,

Reça à l* Académie eo 1666, mort le S2 jaillet 1698.

Pendant cinquante ans il a travaillé pour le théâtre, sans que jamais la médiocrité du succès Tait rebuté : toujours content de lui-même, rarement du public. On dit que la première de ses tragédies enleva tout Paris ^ ; la dernière fut aussi très-bien reçue ^ mais les autres, pour la plupart, n^eurent pas un sort heureux.

Trop de choses doivent concourir au succès constant d'une pièce de théâtre : la bonté réelle de la pièce, la manière dont elle est jouée *, la disposition d'esprit où

chargé du poids de Tépiscopat.., assidu à vos assemblées , il y rechercha avec vous la perfection du laugage..., etc. »

^ Voici le jugement fort libre que portait de lui Chapelain, dans sa lÀstCf souTent citée : « Chaumont : Ne manque pas d*esprit, et a assez le goût de la langue. On n*a pourtant rien tu de lui, ni en prose ni en vers, qui puisse lui faire honneur. S*il ne prêche bien, il prêche hardiment et facilement. Le désir de faire fortune Ta engagé à des bassesses au-dessous de sa naissance , et à un certain air d'agir qui lui fait tort ; mais c'est plus par manque de jugement que par malignité naturelle. »

s Voyez le discours que fit M. Tabbé Genest lorsqu'il fut reçu à TAcadémie. (o.)

se trouve actuellement le parterre, tant à l'égard de la pièce, qu'à Végard de l'auteur.

Pour éprouver donc si la chute de ses ouvrages ne devoit pas être imputée à la mauvaise humeur du parterre, le stratagème dont usa M. Boyer, fut d'afficher son Agamemnon sous le nom de Pader dAssèzan, jeune Gascon, nouveau débarqué à Paris*. Qu'en arriva- t-il? Que la pièce fut généralement applaudie : d'où l'amourpropre de l'auteur lui fit aisément, mais faussement conclure qu'il n'avoit contre lui que la fatalité de son nom.

Mais, dira-t-on, comment a-t-il fourni une si longue carrière sans être soutenu par des succès éclatants ? Je réponds à cela, qu'il en est ordinairement du parti que Ton prend dans les lettres, comme de toute autre vocation. Tout dépend des premiers pas que l'on fait dans le monde : mais ces premiers pas, on les fait sans connoissance; et après il y a une sorte d'enchantement, qui fait qu'on vieillit dans le genre de vie à quoi Ton étoit d'ailleurs le moins propre. Puisque M. Boyer avoit du génie, de l'inclination au travail, de bonnes mœurs, et qu'il portoit l'habit ecclésiastique, n'auroit-il pas dû choisir dans les Lettres une autre route que le théâtre, plus convenable à ses talents, à son honneur et à sa fortune ' ?

* Voyoz la préface de son Artaxerce, (o.)

* Voici le jugement porté sur lui par Chapelain : « Boyer est un poëte de théâtre qui ne cède qu'au seul Corneille (166â) en cette profession, sans que les défauts qu*on remarque dans le dessein de ses pièces rabattent de son prix ; car les autres n'étant pas plus réguliers que lui en cette partie, cela ne lui fait point

326 CLAUDE BOTER.

n étoit d'Âlby. L^aimable viTacité de sa province nc^ s'est point démentie en lui jusqu'à Tâge de quatre— yingts ans. Si de jeunes auteurs aHoient pour le consul— ter, ils le trouvoient toujours prêt à leur donner ses avis, la seule chose qa'il eût à donner '.

de tort à leur égard, n pense fortement dans le détail^ et s*exprinie de même. Ses Ters ne se sentent point do Tice de son pays. n ne traTaille guère ea prose.»

> Le Dictumnaire des Précieuses parlant de Boyer (soas le nom de Bavius)y nous avons rattaché, dans notre édition, à ce que dit Somaize (t. I,p. 232), une note que nous croyons devoir transcrire (t. H, p. 176): c BoTKB, Bortm. Bafins! nn nom malheureux.

Qui Bmtimm ««m odii, mmet hta emrmxna, Mœvi.

Claude Boyer, né à Alby en 1618, dédia en 1649, sa première tragédie, la Porcie romaine, à Mme de Rambouillet, en fit une quinzaine d'autres jusqu'en 1668, qu'il fut reçu à TAcadémie françoise et en donna encore six ou sept. Agametnnon, jouée sons le nom de Pader d'Assezan^ fut applaudie, mais, reprise sous son nom, fut sifflée; enfin Judith eut Fhonneur d'attirer une épigramme de Racine, après une foule de traits de Despréaux. Avant de mourir, Boyer publia encore un petit volume in-8® de vers, intitulé : Les Caractères des Prédicateurs, des Prétendants aux dignités ecclésiastiques , de F Ame délicate, de V Amour profane, de l'Amour saint, avec quelques autres poésies chrétiennes. Paris, J.-B. Coignard, 1695. Le privilège porte ces mots flatteurs: « Voulant favorablement traiter ledit Boyer, et luy donner des marques de la satisfaction que nous avons de ses ouvrages... » — Les Caractères des Prédicateurs sont dédiés au P. Sanlecque, et les autres pièces du volume au P. de La Chaise. Les Caractères de l'Amour profane furent lus à I* Académie, oii, si l'on en croit l'auteur, ils eurent peu de succès : « Au seul nom de l'amour, le censeur ( ne seroit-ce point Despréaux ? ) jaloux, impatient et malin, se révolta et entraîna une partie de l'assemblée. »

De nombreuses poésies de Boyer sont répandues dans les re* eueils; nous signalerons entre autres, dans le Recueil des por^ traits dédié à Mademoiselle, un portrait de six sœurs, en vers.

Tréiorier de France, Secrétaire du Roi et Gentilhomme ordinaire de sa Chambre, reçu à TAcadémie le 12 janvier 1673, mort le îî avril 1699.

Une lettre que M. de Valincourt * n'a pu refuser à mes împortunités, fera le fort de cet article. Tout te que J'y ajoute, ce sont quelques apostilles et une courte réponse. J'ai cru que, les mémoires qui se trouvent dans ce volume sur la vie du grand Corneille étant de son neveu, il seroit agréable que ceux qu'on va lire, sur la vie de M. Racine, fussent de son meilleur ami.

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