‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 29 sur 89 · DE MALLEVILLE · texte numérisé non relu

DE MALLEVILLE

toutes de Tesprit. du feu, un beau tour devers, beaucoup de délicatesse et de douceur, et marquent grande fécondité, mais dont il y en a peu, ce me semble, de bien achevées '. En sa jeunesse il fit des épîlres en prose, à rimitation de celles d'Ovide; il les désavouoit depuis. Elles ne me sont jamais tombées entre les mains. En Tannée 1641, il fit imprimer chez Courbé un recueil de lettres d'amour, de plusieurs auteurs, sans mettre leur nom. Il y en a beaucoup de lui; il y en a aussi, à ce qu'on dit, de Desportes, et j'y en ai remarqué quelqu'une de Voiture. 11 a fait aussi des vers latins, et j'en ai vu quelques-uns contre Mamurra'^. On dit qu'il étoit

l'un de 7WS gentilshommes servants, nous a fait remontrer qu'il a esté adverty que quelques lilraires ayant recouvré plusieurs pièces manuscrites tant en prose qu'en vers, par iuy composées, ont dessein de les faire imprimer sans son consenlement, el, parce que l'impression qui en sera ainsi faite illégitimement et eu cachelie depraveroit sans doute lesditts pièces par les fautes que les imprimeurs y laisseroieut couler, il s'est résolu à donner Iuymesme au public tous ses ouvrages, alin que l'impression qui en sera faite par son ordre, et de laquelle il prendra le soin, soit plus correcte...: a ces causes...» — Jlalleville, comme on l'a vu, ne fit pas usage de son Privilège.

1 « Le libraire au lecteur. — Je te donne les poésies de feu M de Maileville, telles que nous les avons trouvées dans son cabinet. Les dernières années de sa vie ayant ete données tout entières à ce cber maîlre, dont il a si longtemps |)leuré la captivité, il n'a pas eu le loisir de revoir soigneusement ses ouvrages, bi lu y trouves donc des fautes, assure-toi que si la mort ne nous l'eût pas ravi si lot, elles n'y seraient pas demeurées. »

^ On connait de Maileville une assez plate épigramme contre Montmaur {Mumurro), mais elle est en français, el on ne voit aucun de ses vers latins dans le Recueil que publia, en 1715, M. de Sallengre, de toutes les pièces écrites contre le célèbre parasite.

212 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, l'auteur de la traduction àeStrato?iice\ roman italien, mais qu'il la donna à d'Audiguier, qui était un de ses meilleurs amis, neveu de cet autre d'Audiguier dont nous avons, entre plusieurs ouvrages, les Amours de Lisandre et de Caliste.

Vincent Voiture'^, né à Amiens , mais nourri à Paris et à la Cour, me fourniroit beaucoup de choses à dire de lui, si on n'en trouvoit déjà beaucoup ailleurs. La plupart des ouvrages qu'il a laissés sont en un genre on l'auteur se fait connoître lui-même malgré qu'il en ait, et peint, s'il faut ainsi dire, son humeur, et les circonstances de sa vie. La pièce qu'on a imprimée sous le nom de sr Pompe funèbre^ contient aussi une

* Stratonice parut en 16il. On attribue aussi à Malleville la traduction d'Almérinde, autre roman du même auteur italien, Luc Asserino. — Paris, Courbé, IG46, in-S".

2 On lit VovcTLRE dans les deux pièces, l'une latine, l'autre françoise, qu'il publia en sortant du collège : et on lit Voicteur dans un Recueil de vers récités en 1610, sur la mort de Henri iV, par des écoliers du collège de Caivi du nombre desquels il étoit. (0.)

' Ouvrage de Sarasin, et l'un des plus jolis que nous ayons en ce genre, (o.) — On a fait aussi la Pompe funèbre de Scarron et la Pompe funèbre de La Calprenède.

bonne partie de ses aventures, et enfin son génie et le caractère de son esprit est, à ce qu'on dit, très-naïvement représenté dans le troisième volume de Cyrus en la personne de Callicrate\ Bien que sa naissance ne fût pas relevée, son mérite fit qu'il vécut familièrement avec les personnes de la plus haute condition.

1 Le Cyrus, après avoir dit que Parthénie (Mademoiselle de Souvré), avait pour amants le prince de Salamis (le marquis de Sablé), qu'elle épousa depuis, et le prince Polydamas (le duc de Montmorency), ajoute (vi'= part, liv, l^') : « Le troisième étoit un homme d'assez basse naissance, nommé Callicraùe (Voiture) qui, par son esprit , en étoit venu au point qu'il alloit de pair avec tout ce qu'il y avoit de grand à Paphos, et parmi les hommes et parmi les dames. Il écrivoit en prose et en vers fort agréablement et d'une manière si galante et si peu commune qu'on pouvoit presque dire qu'il l'avoit inventée : du moins sais-je bien que je n'ay jamais rien vu qu'il ait pu imiter, et je crois même pouvoir dire que personne ne l'imitera jamais qu'imparfaitement. Car enfin d'une bagatelle, il en faisoit une agréable lettre; et si les Phrygiens disent vrai, lorsqu'ils assurent que tout ce que Midas touchoit deveiioit or, il est encore plus vrai de dire que tout ce qui passoit dans l'esprit de C«<^c/a^edevenoit diamant : estant certain que du sujet le plus stérile, le plus bas et le moins galant, il en tiroit quelque chose de brillant et d'agréable. Sa conversation étoit aussi très-divertissante à certains jours et à certaines heures, mais elle étoil fort inégaie, et il y en avoit d'autres où il n'ennuyoit guère moins que la plupart du monde l'ennuyoit luy-mesme. En effet, il avoit une délicalesse dans l'esprit qui pouvoit quelquefois plutôt se nommer caprice que délicatesse, tant elle étoil excessive. Sa personne n'étoit pas extrêmement bien faite; cependant il faisoit profession ouverte de galanterie, mais d'une galanterie universelle, puiscju'il est vray que l'on peut dire qu'il a aimé des personnes de toutes sortes de conditions. 11 avoit pourtant une qualité dangereuse pour un amant, étant certain (ju'il n'ainioil pas moins à faire croire qu'il étoit aimé qu'a

Son père étoit marchand de vin en gros et suivant la Cour', homme qui aimoitia bonne chère, et fort connu des grands. Il avoil trois fils, un aîné qui mourut jeune, celui-ci qui éloit le second, qu'il n'aimoit point, et dont il avoit accoutumé de dire qu'on Tavoit changé en nourrice, parce qu'il ne buvoit que de l'eau, élant de fort foible complexion. et enfin un cadet qu'il airaoit fort tendrement, parce qu'il étoit bon compagnon comme lui, et qui mourut depuis à la guerre du roi de Suède, après avoir fait de fort bonnes actions. Comme la Cour est le théâtre de l'envie, la naissance de Voiture lui étoit souvent reprochée par des railleries et des bons mots. Ainsi, on dit qu'un jour, chez M. le duc d'Orléans, étant entré fortuitement dans une chambre 011 quelques officiers étoient en débauche, il y en eut'^ un qui lui fit ce couplet, le verre à la main :

rêire... Comme il avoit l'esprit impérieux, il aimoit à avoir toujours quelqu'un qu'il pùl mépri>er impunément; et, comme il n'eût assurément pu trouver cela parmi des personnes de qualité et des personnes raisonnables, il en souffroit quelques autres, seulement pour avoir le plaisir de pouvoir les tourmenter et d'être plutôt leur tyran que leui' amant, de sorte que l'on peut assurer que jamais nul autre que lui n'a eu des sentiments dans le cœur si opposés qu'étoient tous les siens. Au reste, tout le monde a toujours bien su qu'il adoroit plus dans son cœur Vénus Anadjomène que Vénus Uranie; car enfin, il ne pouvoit comprendre qu'il pût y avoir de passion détachée des sens. »

' On le trouve mêlé à des alFaires im|)orlantes de ce temps dans le commerce des vins. (Voy. liecucU d'édits concernant les marchands de vin suivant la cour.)

' Le baron de Dlot, gentilhomme ordinaire de Gaston, duc d'Orléans. Il étoit Chauvigny, excellente maison d Ativergne. 11

VOITIHE. 215

Quoi ! Voiture, tu dégénère ?

Hors d'ici, maugrebi de toi , Tu ne vaudras jamais ton père :

Tu ne vends du vin, ni n'en boi».

Une autre fois on fit cette épigramme, sur ce qu'on croyoit qu'il recherchoit la fille d'un pourvoyeur de chez le Roi, et qu'on parloit de les marier :

0 que ce beau couple d'amants Va goûter de contentements !

Que leurs délices seront grandes!

Ils seront toujours en festin, Car si la Prou fournit les viandes.

Voiture lournira le vin.

Madame Des Loges jouant au jeu des proverbes avec lui, et voulant en rejeter quelqu'un des siens : « Celui-là ne vaut rien, dit-elle, percez-nous-en d'un autre ^. »

On attribue aussi à M. de Bassompierre ce mot sur Voiture : « C'est dommage qu'il ne soit du métier de son père; car aimant les douceurs comme il fait, il ne

mourut à Blois. Sa mort se Irouve dans la Gazette de Lorct , au 15 mars I6oo. Et parcelle dale, pour le remarquer en passant, nous apprenons celle du Voyage de Bachnumont et Chapelle ^ où l'on voit que ces deux voyageurs, lorsquils furent à Blois, demandèrent des nouvelles de sa mort comme d'une chose toute récente, (o )

* Ce couplet est cité dans Tallemanl des Réaux, Histoiielle de Voiture.

* « Un jour, se trouvant dans une grosse compagnie où il faisoit le récit d'une aventure plaisante, M™"^ Des Loges, contre laquelle il avoit parle sans la connoître, cliercLant à le piquer, lui dit : Monsieur, vous nous avez déjà dit cela d'autres fois, tirez-nous du nouveau » (Tallemant des Réaux, Historiette de Voiture).

:216 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, nous auroit fait boire que de Thypocras. » Et celui-ci encore : « Le vin qui fait revenir le cœur aux autres, le fait panier, » voulant dire qu'il appréhendoit d'être raillé sur ce sujet.

Quant à moi, je n'ai pas fait difficulté de rapporter son origine, parce que suivant mon sentiment, si ceux qui naissent nobles sont plus heureux, ceux qui mériteroient d'être nobles sont plus louables. On dit qu'il s'introduisit à la Cour en partie par le moyen de M. d'Avaux ', avec qui il avoit étudié au collège de Boncour, et qui étoit de même âge et avoit les mômes inclinations que lui. M. de Chaudebonne - fut le premier qui le mena à l'hôtel de Rambouillet, c'est-à-dire au rendez-vous de tout ce qu'il y avoit de plus beaux esprits et de plus honnêtes gens à la Cour, dont le cabinet de la célèbre Arlhénice étoit toujours rempli.

Il fut ensuite à M. le duc d'Orléans, alors frère unique du Roi, lequel, durant les brouilleries de ce royaume s'étant retiré en Languedoc, il l'y suivit. De là il fut envoyé par lui pour quelques affaires en Espagne, d'où il passa par curiosité jusques en Afrique,

*■ « M. d'Avaux a jeté les premiers fondements de sa réputation... Depuis, M. de Cliavigny n'a pas peu contribué à l'établir par les marques d'estime qu'il lui a données. » (Avis au lecteur, par Plnchesne).

- « M. de Chaudebonne, dit-il dans une de ses lettres, l'avait réenijendré. » — M. de Chaudebonne était chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans. — On lit eu outre dans VAvis an lecteur, placé par Pinchesue en lèle de son édition des œuvres de son oncle : « M, le cardinal de La Valette a été un des premiers qui l'ait |)0ussé auprès des Princes et des Princesses, i

comme on peut le voir par ses Lettres. Il fut fort estimé à Madrid, et ce fut là qu'il fit ces vers espagnols, que tout le monde croyoit être de Lopez de Véga, tant la diction en étoit pure. Le comte duc d'Olivarès lui témoigna beaucoup de bienveillance, et prenoit plaisir de s'entretenir souvent avec lui. Il le pria même de lui écrire, quand il seroit de retour en France, lui disant deux fois à son départ : No dexe V. M. de escrivir me; aunque no fuera de negocios^ nos escriviremos aforisvios. Comme qui diroit : « Ne laissez pas de m'écrire, si ce n'est d'affaires, ce sera de belles choses. » J'ai trouvé ces paroles dans quelques mémoires écrits de la propre main de Voiture durant son voyage.

Il y a même d'autres particularités du Comte-Duc assez remarquables, et entre autres ces deux-ci, dont je me souviens. La première, qu'il se vantoit à lui en particulier qu'en toute sa faveur il n'avoit jamais dit à personne une parole offensante. L'autre, qu'il jugeoit d'ordinaire des hommes fort sainement, et plutôt par le mal, que par le bien qu'on en disoit : c'est-à-dire que s'il voyoit qu'on dît peu de mal de quelqu'un, ou avec peu de certitude, il en concevoit bonne opinion.

J'ai vu aussi quelques fragments d'une pièce en prose ', que Voiture étant en France vouloit faire à la louange de ce ministre, où il témoigne beaucoup d'estime et de vénération pour lui.

Il lit deux voyages à Rome, et fut envové à Florence

' Voilure a fait un éloge du duc d 01i\;ni's; on le trouve dans ses « Nouvelles OEuvres (I6ô8), » ijui irelaiciit pas imprimées au mouienl où Peliissou écrivait (l6o2j.

21S DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, porter la nouvelle de la naissance du roi Louis XIV , aujourd'hui régnant, 11 eut diverses charges à la Cour, comme de maître dhôtel chez le Roi. et d'introducteur/ des ambassadeurs chez M. le duc d'Orléans'. Il eut^ aussi plusieurs pensions^, et reçut divers bienfaits de M. d'Avaux, qui. éteint surintendant des finances, le fit! son commis, seulement afin qu'il en touchât les appointements, sans en faire la fonction. Il fût mort riche, sans la passion extrême qu'il avoit pour le jeu. Elle le tyrannisoit de telle sorte, qu'il s'engageoit insensiblement à des pertes, qui étoient fort au-dessus de sa condition, comme fut celle de quinze cents pistoles qu'il fit en une nuit, et qui étoit encore toute fraîche, lorsque je fis mon premier voyage à Paris. En cela du moins il ressembloit à son père, qui avoit été fort grand joueur de piquet, et qui avoit accoutumé de dire qu'il tenoit la partie gagnée, quand il pouvoit attraper le carré, c'està-dire soixante-six. qu'on marque avec quatre jetons en carré : d'où vient qu'on appelle encore aujourd'hui ce point-là. parmi les joueurs, le carré de Voilure. Voilure étoit aussi de coniplexion fort amoureuse^,

1 Les douze maîtres d'hôtel servant par quartier chez le Roi avaient chacun 9;)0 livres, et l'inlroducteur des ambassadeurs chez Monsieur 2,000 livres de gages.

- Tallemanl affirme qu'il y a telle année où Voilure se fit plus de dix huit mille livres de revenu.

^ Chapelain, lettre manuscrite à Balzac, du i\ juin 1645, parle ainsi de Voiture : (0.)

« Pour écrire des Épîlres licencieuses et lascives, il n'en est « pas moins bon chrétien, et il a trouvé le secret de vivre eu « même temps selon le siècle et selon l'Évangile: d'aller soigneu-

OU du moins feignoit de l'être; et, bien qu'on l'accusât de n'avoir jamais véritablement aimé, il se vantoit d'en avoir conté à toutes sortes de personnes, depuis la plus haute condition jusqu'à la plus basse, ou, comme on lu dit de lui, depuis le sceptre jusqu'à la Iiouhlle^ et depuis la couronne jusqu'à la cale\ Il étoit bien aise qu'on crût qu'il étoit favorisé de toutes ses différentes maîtresses-, et, en effet, il l'avoit été de plusieurs, qui furent très-passionnées pour lui -. Il ne fut jamais marié, et ne laissa qu'une fille naturelle^.

Il moniut à Tàge de cinquante ans ou environ^, d'une fièvre qui lui prit, à ce qu'on dit, pour s'être purgé ayant la goutte. Il avoit la taille petite, les yeux et les cheveux noirs, le visage un peu niais, mais agréable pourtant. Il a fait lui-môme son portrait dans une de ses lettres à iine Maîtresse inconnue ^, et celui qui

« sèment à la messe le matin par vraie dévotion, et de galantiser « assidûment l'après-dînée par une corruption d'esprit invé- « térée. »

1 Sarasin, dans la Pompe funèbre de Voilure.

^ On cite entre autres M"'^^ Sainlot, sœur du poëte Vion d'Alil)ray, et une fille de Théoplirasle Renaudot, le gazetier.

3 Suivant Tallemant, Voiture aurait eu une première fille, nommée La Touche, qu'il aurait placée auprès de M""" de Sablé d'abord, puis de M""^ Le Page; une seconde fille naturelle de lui aurait en effet été religieuse.

* 11 mourut un mercredi 27 mai 1648, à Paris, rue Saint-Thonias-du-Louvre, et fut enterré à Saint-Eustache.

A l'égard de son âge, voyez dans l'article de Balzac, en note, un fragment de lettre de Balzac, qui donna occasion à la réponse de Chapelain, rapportée dans la remarque [)rccédente. (o.)

* On y lit : «Ma taille est deux ou trois doigts au-dessous de la médiocre. .l'ai la tête assez belle, avec beaucoup de cheveux gris,

iHO DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, est en taille-douce au-devant de ses œuvres, est, à ce qu'on dit, très-ressemblant. Il disoit les choses d'une manière toute particulière, avec une naïveté ingénieuse.

Bien qu'il n'eût jamais rien fait imprimer ', il étoit en grande réputation, non-seulement en France, mais encore dans les pays étrangers, pour la beauté de son esprit; et l'Académie des Humoristes de Rome lui envoya des lettres d'Académicien ^. Ses œuvres ont été publiées après sa mort en un seul volume, qui a été reçu du public avec tant d'approbation, qu'il en a fallu faire deux éditions en six mois. Sa prose est ce qu'il y a de plus châtié et de plus exact; elle a un certain air de galanterie qui ne se trouve point ailleurs, et quelque chose de si naturel et de si iin tout ensemble que la lecture en est infiniment agréable. Ses vers ne sont peut-être guère moins beaux, encore qu'ils soient plus négligés. Il méprise souvent les règles, mais en maître, comme un homme qui se croit au-dessus d'elles, et qui ne daigneroit pas se contraindre pour les observer. Ce ([u'il y a le plus à louer en tous ses écrits, c'est que ce ne sont pas des copies, mais des originaux, et que sur la lecture des Anciens et des Modernes, de Cicéron, de

les yeux doux, mais un peu égarés, et le visage assez niais. En récompense, une de vos amies vous dira que je suis le meilleur garçon du monde, et que, pour aimer en cinq ou six lieux à la fois, il n'y a personne qui le fasse si Qdèlenient que moi. "

• Voyez, par la liste de ses ouvrages, si cela est tout à fait vrai (o.) "■

2 Flurance Rivault, Peiresc dont la mort y fut céléhréo en quarante langues, Naudo, etc., y avaient aussi été aduiis.

Térence, de TArioste, de Marot, et de plusieurs autres, il a formé je ne sais quel caractère nouveau, qu'il n'a imité de personne, et que personne presque ne peut imiter de lui. 11 avoit écrit le commencement d'un roman en prose, qu'il appeloit Alcidaîis^ dont la matière lui avoit été fournie par madame la marquise de Montausier, qui étoit alors mademoiselle de Rambouillet, Julie d'Angennes'. Mais depuis sa mort, ce commencement étant venu entre les mains de cette dame, il n"a point été vu, et ne se verra peut-être jamais '^.

C'est lui, au reste, qui renouvela en notre siècle les rondeaux, dont l'usage étoit comme perdu depuis le temps de Marot. J'ai parmi mes papiers une chose qui justifie ce que je viens de dire. C'est une de ses lettres, qui n'a point été imprimée, écrite à M. de La Jonquière, père de M. de Paillerols, mon cousin. Elle est datée du 8 janvier 1636, et il y a celte apostille :

« Je ne sais si vous savez ce que c'est que rondeaux : « j'en ai fait depuis peu trois ou quatre, qui ont mis les « beaux esprits en fantaisie d'en faire. C'est un genre u d'écrire qui est propre à la raillerie. Je ne sais si « vous êtes devenu plus grave à cette heure que vous « avez de grands enfants; pour moi, je suis toujours « de même humeur que j'étois quand nous dérobâmes « le canard. Si vous aimez donc encore mes folies,

' Voiture, parlant de ce roman à mademoiselle de RambouilTet lui écrivait : « Vous y avez autant de part que personne » (édition 1681, Lettre viii).

- II fut imprimé dans ses Noitcelles Œuvres en lfio8. (o.)

u lisez-les-, mais ne les montrez point aux clames, à qui

« je fais mes baise-mains. »

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