‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 30 sur 89 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

Cinq ou six lois cette nuit en dormant, etc.

rondf.au.

Ou vous savez tromper bien finement, etc'.

jea:^ sirmond.

Jean Sirmond^ était natif de Riom en Auvergne, de bonne famille de la robe. Il étoit neveu du P. Sirmond, jésuite, confesseur du roi Louis XIII, et l'un des plus savants hommes de noire siècle. Il vint à la Cour, et par la laveur du cardinal de Riclielieu, qui l'estimoit un des meilleurs écrivains qui fussent alors, il fui fait historiographe du Roi, avec douze cents écus dappointements. Il fit pour ce Cardinal divers écrits sur les affaires du temps, presque tous sous des noms supposés. Labbé de Saint-Germain, qui étoit l'écrivain du parti contraire, le maltraita fort dans celle pièce qu'il appeloit V Ambassadeur cliintériqnc'^. Il lit une réponse^ qui

* Le premier de ces rondeaux se trouve à la p. 7i, t. II de l'édit. de 1681, et le second à la p. 75.

- On lit DE SiRMONDZ dans les deux premiers ouvrages qu'il donna au puh'.ic. (o.)

2 C'est une satire cnnlre Richelieu (lii Sirmond n'est mis en

JlîAN SIRMONU. 2-23

est dans le recueil de M. du Châtelet'. L'abbé de Saint- Germain répliqua, et le traita encore plus injurieusemen^., ce qui l'obligea de faire un nouvel écrit pour sa défense. Mais le cardinal de Ricbelieu et le roi Louis XIII moururent là-dessus, et il ne put jamais obtenir sous la Régence un privilège pour faire imprimer cet ouvrage^. Cela le fâcha beaucoup, et, voyant d'ailleurs que son ennemi étoit de retour à la Cour ^, et que la faveur ne seroit plus de son côté, il se retira en Auvergne, où il mourut âgé d'environ soixante ans. Il a laissé un fils, qui doit, à ce que Ion dit, faire imprimer quelques-uns de ses ouvrages, particulièrement des

jeu que pour sa complaisance. On jugera de cette pièce par le début : « Messire Jean Sirmond prendra les titres de duc de Sabin et de oiarquis de Cléonville; il attachera une épée à son côté, et aura pour son train cinq ou six ardents de rAcadémie gazélique, que nous avons rendus hardis à mentir; surtout ils seront instruits aux louanges de monseigneur le Cardinal duc, et, pour cet ell'et, apprendront tous les poèmes, épigrammes, élégies, acrostiques, anagrammes, sonnets et autres pièces faites par les poètes latins et fran^ois de ce temps, pour débiter partout celte belle marchandise. — ... Monsieur ramJ)assadeur ne parlera, dans tout son voyage, ni en bien ni en mal du Roi...; il ne mettra en avant que les louanges de l Émini'nlissime pui -dessus les moi tels ; il l'appellera Dieu visible, Ange tutéluire de runiveis. Esprit qui fait mouvoir les cieux et les (istres, l'heur du monde, la suprême intelligence,» etc.

* V Ambassadeur chimérique est de 1G"7, le Recueil de Du Châtelet est de 163o : il y a donc ici une erreur.

- La Consolation à la Reijne régente sur ta mort du feu /io'j semblait cependant de nature à lui attirer la faveur d'Anne d'.\utriche.

3 L'abbé de Saint-Germain rentra en Francedès 1643. On trouve au t. 651 des Mss. Dupuy le texte de ses lettres d'abolition.

224 DES ACADÉMICIExXS EN PARTICULIER, vers latins'. Sa prose marque beaucoup de génie pour l'éloquence 5 son style est fort et mâle, et ne manque pas d'ornements^. Voici les pièces que j'ai vues de lui, dont la plupart sont dans le recueil de M. du Châtelet: Le Portrail du RoP^ fait du temps du connétable de Luynes; le Covp d'État du roi Louis XIII^ écrit en faveur du cardinal de Richelieu 5 la Lettre déchiffrée; T Axertissenient aux provinces^ par le sieur de Clêonville, que j'ai ouï estimer son chef-d'œuvre; V Homme du Pape et du Roi, pour répondre au comte de La Rocque, ambassadeur d'Espagne à Venise, qui avoit fait un livre contre la France, sous le nom de Zambec-

1 Jean Sirmond, fils de racadémicien, n'a fait imprimer de son père qu'un Recueil de poésies latines, dont la plupart avoient été auparavant imprimées en feuilles volantes. (0.) — 1 vol. in-4°, avec ce titre : Joannis Sismondi Carminum libri duo, quorum prior Heroïcorum est, posterior elegiarum, Joannis Sirmondi filii studio curaque nunc primum in lucem editi. — Parisiis, ap. Edm. Martinum, MDCLiv. — Dédicace à Christine de Suéde.

* La Consolation à la Reyne, que nous venons de citer, est précédée d'une dédicace à M™^ de Sénecey où il parle ainsi de son style: « Je sais, dit-il, combien l'imperfection de sa forme est éloignée de la dignité de sa matière. Outre qu'il ne contient simplement que les raisons ordinaires que le sens commun met tous les jours en la bouche de tout le monde, sur ce que j'y traite, il est entièrement dépourvu de tous ces ajustements réguliers et de toutes ces délicatesses du langage qui font aujourd'hui partie du luxe ingénieux et de la galanterie du temps. »

' Je n'ai trouvé aucun ouvrage de Sirmond qui soit précisément sous ce titre : Portrait du Roi; mais ce pourroiî bien être la même chose que celui qui est cité sous un autre litre dans la liste de ses ouvrages. (0.)

JEAN SIRMOND. ^22t;

cari ' ; La Chimère défaite^ par Suljnce de Mandrini^ sieur de Gazonval • la Relation de la paix de Quérasque , prise du traité qu'en avoit fait M. Servien. Il a fait aussi des vers latins, comme j'ai dit, et l'épigramme contre Mamurra, où ce parasite est appelé Pamphagus, est de lui ^.

J'ajouterai ici, par une espèce de reconnoissance, qu'un de ses ouvrages est une des premières choses qui m'ont donné goût pour notre langue. J'étois fraîche ment sorti du collège ^ on me présentoit je ne sais combien de romans et d'autres pièces nouvelles, dont tout jeune et tout enfant que j'étois, je ne laissois pas de me moquer, revenant toujours à mon Cicéron et à mon Térence, que je trouvois bien plus raisonnables. Enfin, il me tomba presque en même temps quatre livres entre les mains, qui furent les huit Oraisons de Cicéron, le Covp d'Etat de M. Sirmond, le quatrième volume des Lettres de 31. de Balzac^ que l'on venoit d'imprimer, et les Mémoires de la reine Ma?-gueriie. que je lus deux fois, depuis un bout jusqu'à l'autre, en une seule nuit. Dès lors je commençai nonseulement à ne plus mépriser la langue françoise. mais encore à l'aimer passionnément, à l'étudier avec quelque

1 L'abbé Richard, dans la Vie du P. Joseph, attribue ce livre au fameux Capucin, et l'abbé de Saint-Germain étoit dans la même opinion, puisque, dans la réfutation qu'il a faite de cet écrit, c'est au P. Joseph qu'il adresse la parole.

^ Elle parut sous le nom de Julius Poniponius Dolabella, sous ce titre: In Pampkagum Dipnosophistcmi, et on la trouve dans le recueil de pièces publiées par Sallengre à la suite de son Histoire de P. de Montmaur. La Haye, 1713, 2 vol. in-8", t. L p. 274.

226 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, soin, et à croire, comme je fais encore aujourd'hui, qu'avec du génie, du temps et du travail on pouvoit la rendre capable de toutes choses.

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