DE MONTEREUL
entre les mains des Ecossois. Ce prince infortuné, à qui il rendoit depuis ce témoignage qu'il n'en avoit jamais vu qui eût plus d'esprit et plus de vertu, prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec lui, et lui faisoit paroître beaucoup d'affection.
Après avoir été quelque temps en Ecosse, il établit en sa place un de ses frères, qui étoit le troisième; car pour lui, il étoit l'aîné de sa maison. Il revint en France prendre possession de la charge de secrétaire de M. le prince de Conti, qui l'envoya à Rome, en 1648, pour solliciter le chapeau de cardinal. Cette absence lui nuisit j car, durant ce temps-là, M. Sarasin fut aussi fait secrétaire de ce prince et partagea son emploi, ou, pour mieux dire, en retint la meilleure et la plus utile partie. Cela les brouilla ensemble et lui causa beaucoup de peine jusques à sa mort.
Son maître ayant été arrêté avec le prince de Condé et le duc de Longueville, il n'est pas croyable de quelle sorte il les servit durant leur détention ; car c'étoit lui qui trouvoit moyen de gagner les gardes pour leur faire donner des lettres, qui en écrivoit une infinité tous les jours pour leur délivrance, et qui, enfin, à ce que l'on dit, agissoit lui seul autant que tous les autres serviteurs ensemble. M. le Prince, après la sortie, dit publiquement « que c'étoit à lui plus qu'à personne qu'ils dévoient leur liberté. » J'ai su d'un de mes amis, à qui il l'avoit dit lui-même, que pour leur écrire il se servoit d'un secret que le roi d'Angleterre lui avoit appris dans les longs entretiens qu'ils avoient eus autrefois ensemble. C'étoit une certaine poudre toute
2ii DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, particulière qui, étant jetée sur le papier, y faisoit paroître ce qu'on y avoit écrit auparavant avec une liqueur blanche, qui sans cela étoit tout à fait imperceptible. On envoyoît quantité de drogues au prince de Conti, qui feignoit d'être encore plus malade qu'il n'étoit 5 elles étoient enveloppées dans du papier blanc, et chaque enveloppe étoit une lettre, sans qu'on y put rien trouver pourtant, quelque façon qu'on y apportât, à moins que de se servir de la poudre que les princes avoient. Elle étoit d'ordinaire sur la cheminée de leur chambre, et passoit aux yeux de leurs gardes pour delà poudre à dessécher les cheveux. Par cet artifice et plusieurs autres, il n'y avoit presque point de jour qu'il ne leur donnât des nouvelles, etn'en reçùtd'eux 5 et ilmontroit jusques à trois cents lettres de la main du prince de Condé. Après leur sortie ils Tauroient vraisemblablement récompensé, comme il méritoit, et déjà il étoit pourvu en Cour de Rome, à dix mille livres de pension, de tous les bénéfices du prince de Conti, qu'on croyoit alors se devoir bientôt marier avec mademoiselle de Chevreuse: mais il manqua à sa fortune, et mourut en ce temps-là', âgé d'environ trente-sept ou trente-huit ans. Il sembloit n'en avoir que vingt ou vingt-cinq 5 car il étoit naturellement fort beau, et avoit conservé jusques alors le teint et la fleur de la première jeunesse. Il avoit la taille médiocre, les che-
1 On sait que les princes sortirent de prison le 13 février 1631, et l'épitaphe de M. Montereul, gravée dans l'église des Ursulines du faubourg Saint-Jacques, nous apprend qu'il mourut la même année, le 27 avril. (0.)
veux blonds, le visage fort blanc, et mêlé d'une agréable rougeur. On lui trouva sur le poumon un corps étrange, en forme de champignon, qui Tavoit peu à peu suffoqué. Il n'y a rien d'imprimé de lui ' 5 mais il a laissé plusieurs pièces de verset de prose, qui peut-être le seront un jour.
Claude de l'Estoile, sieur du Saussay, étoit Parisien, gentilhomme, et de fort ancienne famille, jusques à compter un chancelier de France parmi ses ancêtres -.
1 Moréri dit qu'on a publié quelques-unes des poésies de Montereul; mais Ménage, dans son Anti-Baillet , dit le contraire. Peut-être que Moréri, ou plutôt ceux qui ont continué Moréri, auront confondu Jean de Montereul l'académicien avec son frère, Matthieu de Montereul, celui dont parle Despréaux :
Ou ne Toit point mes vers, à l'envi de Montreuil, Grossir impunément les feuillets d'un recueil.
Il faut écrire Montereul; c'est de quoi M. Pellisson a pris soin d'avertir dans Verrata de sa première édition. (0.) — 11 est étonnant que d'Olivet , qui s'est souvenu ici de Verrata de Pellisson, n'en ait pas tenu compte dans l'orthographe du nom de Desmarets, qu'il écrit toujours des Marels; nous avons respecté l'indicalion de Pellisson ; mais nous croyons qu'on doit écrire Montreuil.
2 Pierre de l'Estoile, l'auteur du Journal si connu sur les règnes de Henri 111 et Henri IV, était flls de Louis de l'Estoile et de Marguerite de Montholon, dont le père, François de Montholon, avait élu garde des sceaux sous François 1^''. — Pierre de l'Estoile eut trois enfants, dont le dernier fut Claude, l'académicien.
Son [jère, qui éloit audiencier à la Chancellerie de Paris, avoit recueilli plusieurs mémoires des affaires de son temps, desquels un de ses amis, à qui il les avoit prêtés, tira le livre intitulé : Journal de ce gui s'est passé sous Henri III. Ses enfants n'ont jamais voulu donner le reste de ces Mémoires, qui peut-être sont maintenant perdus '. Ils étoient trois frères : l'aîné qui mourut jeune, le second qui fut secrétaire du cardinal de Lyon ^, et celui-ci, qui étoit le troisième, qui n'eut point d'autre emploi que celui des belles-lettres et de la poésie, 011 il se rendit très-célèbre. Il avoit pourtant plus de génie que d'étude et de savoir. Il s'étoit attaché particulièrement à bien tourner un vers, à quoi il réussissoit fort bien, et aux règles du théâtre, qu'il faisoit profession d'avoir apprises de M. Gombauld et de M. Chapelain.
Un de ses amis particuliers m'a dit que quand il vouloit travailler, s'il se rencontroit que ce fût de jour, il faisoit fermer les fenêtres de sa chambre et apporter delà chandelle ^5 et que lorsqu'il avoit composé un ou-
* En 1719, on publia deux volumes à Cologne, sous ce titre : Mémoires pour servir à l'Histoire de France, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable dans ce royaume depuis io\o jusqu'en 16H. Le premier de ces volumes contient ce qui avoit été donné sous le litre de Journal d^ Henri III. L'autre volume contient la suite des Mémoires de M. de l'Estoile, à l'exception de ce qui s'est passé depuis mars 1394 jusqu'en juillet 1606. Mais ce grand vide enfin se trouve presque rempli à l'aide du manuscrit original qui se conserve dans la bibliothèque de M. le président Bouhier, et qui fut imprimé en 1732. (o.) — Voy. le Manuel du Libraire.
2 Frère du cardinal de Richelieu.
^ Talleinant des Réaux confirme ce fait.
vmge, il le lisoit à sa servante (comme on a dit aussi de Malhei'be) pour connoilre s'il avoit bien réussi, croyant que les vers n'avoient pas leur entière perfeç-:tion s'ils n'étoienl remplis d'une certaine beauté qyi se fait sentir aux personnes m(>me les plus rudes et les plus grossières. Il étoit grand admirateur des vers de M. de Sérisay et de ceux de M. Gombauld; et sur le sujet de ce dernier, sortant un jour avec lui de l'hôtel de Bourgogne, je lui ai ouï dire sérieusement qu'il eût mieux aimé avoir fait cette scène des Daimides^ oùTaçr' tion de ces cruelles sœurs est décrite, que toutes les meilleures pièces de théâtre qui avoient paru depuis vingt ans'.
Il étoit d'une complexion extraordinairement portée à l'amour, et cette passion fit presque tous les troubles et tous les maux de sa vie^. En ses denLères années il épousa par inclination une femme qui n'avoit que peu de bien^ Il tint longtemps ce mariage caché j et, comme
1 Son ami Du Pelletier, dans ses Lettres nouvelles, parlant de la Belle Esclave, pièce de Claude de TEstoile, dit de même : « Je vous envoie la Belle Esclave de M. de l'Esloile, et je vous avoue que j'aimei'ois mieux avoir composé celte pièce que d"avoir acquis trois ducbés el le titre de grand d'Espagne. » (Lettre à La Serre, p. 145) — Les Danaïdes, tragédie de Gombauld.
^ « Il avoit eu, ditTallemant, quelque bien de patrimoine, mais il en mangea une bonne partie en amourettes. » [Historiettes, édit. in-i8, VI, p. 2)1.) — L'Estoile lui-même, dans un sonnet adressé à Colietet, lui dit :
Colletet, ou ne peut Je Tamour s'airranchir.
(Les Muses illustres, i vol. in-18, 16S8, p. 289.) ' Elle était fille d'un procureur. « Celle-ci n'avoit point de
248 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, il n'étoit pas riche autant qu'il falloit pour vivre commodément à Paris avec sa famille, il se retira à une maison des champs, où il passa presque tout le reste de sa vie \ Il mourut âgé d'environ cinquante ans ^.
Il étoit de taille médiocre, et fort grêlé ^ il avoit les cheveux et les yeux noirs, le visage fort pâle et fort maigre, gâté, et sans barbe en quelques endroits, à cause qu'étant enfant il étoit tombé dans le feu^. Il avoit beaucoup de vertu et d'honneur, et supporta sa mauvaise fortune sans s'en plaindre et sans être incommode ou importun à personne. Il reprenoit hardiment et brusquement, avec une sévérité étrange, ce qui ne lui plaisoit pas dans les choses qu'on exposoit à son jugement ^ On l'accuse d'avoir fait mourir de regret et de
bien. Il en fut si jaloux qu'elle mourut du chagrin que lui donnèrent les bizarreries de son mari. » (Tallemant, Historiettes.)
* L'Estoile avoit été attiré aussi à la campagne par sa passion pour les fleurs. — Voy. une longue lettre que lui adresse à ce sujet du Pelletier. {Lettres nouv. Paris, 1635, 1 vol. in-8°, p. 120.)
2 En 1652. (o.) — G. CoUetet lui ût une épitaphe qu'on trouve dans ses OEuvres. — « Il n'étoit point âgé quand il mourut. Sa maladie fut bizarre, car tout est bizarre en lui. Il s'étoit mis en fantaisie de ne manger que des confitures, et cela lui causa une indigestion étrange. Il en trépassa. On dit que par résignation à la volonté de Dieu il donna tous ses vers à un janséniste. Je ne sais ce que ce janséniste en a fait. » (Tallemant.) — Les Poésies de l'Estoile n'ont jamais été réunies; on les trouve éparses dans divers Recueils.
^ «C'étoit, dit Tallemant, un visage extravagant et difforme tout ensenil)le. »
* Voici un exemple de cette brusquerie de Claude de l'Estoile; il est rapi)orté dans le Mcnajiana (édit. 1G9i, t. II, p. 356) : 0 Un jour, M. de Gombauld et moi nous étions chez M. de l'Es-
douleur un jeune homme qui étoit venu de Languedoc avec une comédie qu'il croyoit un chef-d'œuvre, et où il lui fit remarquer clairement mille défauts.
Un de mes amis ', qui ne l'avoit jamais vu, fut un jour mené chez lui pour le consulter sur une pièce de même genre. Il en écouta la première et la seconde scène sans dire mot 5 mais à la troisième, où il y avoit un roi qui ne parloit pas à son gré, se levant en sursaut : « — Ce roi est ivre, dit-il, car autrement il ne tiendroit pas ce discours. » ïl travailloit avec un soin extraordinaire, et repassoit cent fois sur les mêmes choses : de là vient que nous avons si peu d'ouvrages de lui. Il laissa deux pièces de théâtre, la Belle Esclave et l'Intrigue des Filous^ et en achevoit une troisième quand il mourut, qu'il appeloit le Secrétaire de saint Innocent'^. Il avoit part,comme je vous ai dit, à celles des Cinq Auteurs. Il
toile, et il s'y trouvoit un provincial qui louoit extrêmement les vers d'un poëte de sa province. Si on avoit voulu le croire, c'étoit le meilleur poêle de France. M. de l'Estoile, qui ne connoissoit pas ce poëte , nous demanda si nous le connoissions. Nous lui dîmes que non. Alors il prononça cet arrêt : Malheur à tout homme qui fait des vers et qui n'est pas connu de M. Gombauld, de M. Ménage et de moi. » — Tallemant rapporte aussi ce fait ; le provincial était un gentilliomme saintongeois.
' Tallemant des Réaux donne le nom de l'auteur et de la pièce. 11 est ici question de Michel Le Clerc, plus tard académicien, celui-là même que Racine a si cruellL'ment raillé dans une de ses épigrammes ; la tragédie de Ramire, lue par Le Clerc à Claude de l'Estoile, n'a jamais été imprimée.
^ Cette pièce devait être une comédie. On appelait secrétaires de saint Innocent les écrivains publics qui se tenaient autour du luarclié dos Innocents.
-2oO DES ACADÉMICIENS EN PAHTICIL ER.
y a diverses odes ou stances fort belles de lui dans les
derniers Recueils imprimés.
Voilà tout ce que j'avois à vous dire des Académiciens morts. Plût à Dieu que je pusse parler des vivants avec la même liberté, et rendre à quelques-uns de ce nombre, que je coniiois plus particulièrement, le témoignage que leur esprit et que leur vertu mérite. Mais il y a plusieurs raisons qui m'empêchent, et une seule qui me console d'en être empêché. C'est que si je regarde le public, leurs images se verront sans doute ailleurs en quelque lieu plus célèbre, et de quelque meilleure main; et si je vous considère en particulier, vous savez assez ce que j'en pense, et n'aurez pas oublié ce que je vous en disois si souvent en nos longues promenades de Roumens, où il n'y avoit que des arbres et que des fontaines qui nous écoutassent. Contentez-vous donc de les voir ici nommés parmi les autres, suivant qu'ils sont dans le Catalogue de l'Académie ' : je n'y ajouterai rien que des apostilles pour vous dire le nom de baptême et la qualité de chacun, sa patrie, et le titre des ouvrages par lesquels il est connu.
' Apparemment on avoit fourni à M. Pellisson un catalogue peu exact; car Tordre d'ancienneté, qui a toujours été suivi à l'Académie, est souvent renversé ici. En général, on a déjà pu juger par ses autres dénombrements qu'il n'a eu intention d'observer aucun ordre, et peut-Otre avqil-il ses raisons. Quoi qu'il en soit, une table alphabétique des matières est un remède aisé, (o.)
DE UBSSIEDRS
I. Amable de Bourzeys, abbé de Saint- Martin de Cores, né en Auvergne. Il n'y a rien d'imprimé de lui sous son nom qu'une Lettre au prince Edouard Palatin^ qui est un traité de religion '.
« Il naquit à Volvic près de Riom en Auvergne, le 6 avril 1606 *. Il fui élevé page chez le marquis de Chandenier ', et
' Nous avons joint, à la suite de chacun des articles de Pellisson, les notes complémentaires de d'Olivet; la différence des deux textes suffira pour faire distinguer la part de chacun. — Pour plusieurs des personnages qui ligurent dans le Catalogue de Pellisson, l'abhé d'Olivet a fait des notices particulières qui se trouvent dans le second volume de cet ouvrage : nous réservons nos notes pour les rattacher à ces différents articles.
- Camusat relève comme faux ce quantième, et lixe au 6 juin de la même année la naissance de Bourzeys, dont les parents auraient été catholiques et non protestants, comme l'assure le P. Gerberon dans son Histoire du Jansénisme, I, 332.
^ Il étoit capitaine des gardes du corps; c'etoit un homme fort
252 ATALOGUE
dans cet état il ne laissa pas de faire un si grand progrès dans les lettres, surtout dans le grec, que le P. Arnoul, jésuite, son parent, qui avait été confesseur du Roi, l'ayant emmené à Rome, lorsqu'il n'avoit encore que dix-sept ans, osa le produire sur ce grand théâtre, comme un génie extraordinaire. Il y fit son cours de théologie sous le P. de Lugo, jésuite, et il apprit les langues orientales. Il s'y exerça aussi à diverses pièces de poésie, grecques et latines', et la traduction en vers grecs du poëme De partu Virginis^ du pape Urbain Vni, lui mérita de Sa Sainteté un prieuré enBretagne. Le cardinal Maurice de Savoie prit goût pour lui, l'amena à Turin, le lit loger dans le palais du Duc son père, et ne lui permit de se retirer en France qu'au bout de deux ans, gratifié d'une pension considérable. Lorsqu'il fut arrivé à Paris, le duc de Liancourt, qui faisoit cas des gens de lettres, lui offrit un appartement dans son hôtel et le présenta au roi Louis XIII, dont il obtint l'abbaye de Saint-Martin de Cores*. Le cardinal de Richelieu l'honora de son estime et le choisit pour être un des membres de l'Académie françoise qu'il venoit d'étabhr. Peu de temps après, l'abbé de Bourzeys
savant, comme on le volt par les lettres latines que lui adresse Tanneguy Lefèvre. {TanaquiUi Fabrl epistolœ , in-4°, Saumur, chez Desi)ordes.)
1 Léo Allaiius, p. 2a de ses Apes Urhanx, cite de lui l'ouvrage suivant : Epithalaniium in nuptias DD. Thuddsei Barbcrini et Armas Columnw, e typogr. Cameraî, 1629, in-S".
2 Cores, Cliores ou Gores, dans le diocèse d'Aulun. — L'abbé Gallois, puis l'abbé Boileau lui succédèrent dans celle abbaye, dont le revenu était de 12,000 livres, d'après la Clef du grand pouillé de France, de J. Doujat, 1671, in-12, p. 56.
=* On a vu plus haut, p. 7i, qu'il y prononça, le 12 février 1635, un Discours sur le dessein de l'Académie et sur le dilTérent génie des langues.
prit les ordres sacrés et s'appliqua à la controverse. Les fruits de ses travaux furent la conversion de quelques-uns des ministres, contre lesquels il avoit disputé. Il eut même tout l'honneur de celle d'Edouard, prince palatin'. Enfin la grande habileté qu'il avoit en ces matières porta le cardinal de Richelieu à lui confier ses ouvrages de controverse, et ce fut par ces soins qu'ils furent mis dans l'état où ils ont été imprimés ^ Les disputes sur la grâce s'étant élevées, donnèrent lieu à l'abbé de Bourzeys de faire divers écrits; mais la Constitution d'Innocent X étant intervenue en 1653 5, il cessa d'écrire sur ces disputes, et signa le formulaire en 1661 *. Il suivit le cardinal Mazarin au voyage de Bouillon, où il le servit bien de sa plume. M. Colbert eut pour lui la même estime. Il le mit à la tête, non-seulement de l'Académie des inscriptions, mais encore d'une autre assemblée, qui se tenait dans la bibliothèque du Roi, et qui n'étoit composée
' Le prince Edouard étoit le sixième des enfants de Frédéric V. Né le 6 octobre 1624, il épousa, le 24 août 164S, Anne de Gonzague, sœur de Marie de Gonzague, reine de Pologne, et mourut catholique le 10 mars 1663.
2 II ne peut être question des premiers ouvrages de Richelieu, publiés entre 1617 et 1621, quand l'abbé de Bourzeys avoit douze ou seize ans, mais de «. la méthode la plus facile et assurée de convertir ceux qui sont séparés de l'Église. » 1 vol. in-f". 1651, et de « La perfection du chrétien, » 1 vol. in— i", 16i6, deux ouvrages auxquels il auroit eu la principale part, et dont la mémoire du Cardinal auroit eu l'honneur posthume. — Le privilège en fut accordé à la duchesse d'Aiguillon, nièce du Cardinal.
^ La Constitution donnée par le pape Innocent 111 est datée du 31 mai.
* A la date du 4 novembre. Cet acte a été apprécié de diverses manières. Voy. le P. Quesnel, Démonstration de deux faussetés capitales de l'histoire des V propositions.
que de tlu^oloiiiens. L'abbé de Boiirzeys travailla, par ordre du rnême ministre, sur des matières qui regardoient le ser- ■viee du Roi, et il eut la principale part à la recherche des Droits de la Beine. Les divers traités qu'il fit à ce sujet, surtout celui où il démontre la nullité de la renonciation de la Reine, firent voir qu'il étoit aussi grand jurisconsulte que grand théologien'. Il fit même une réponse au livre intitulé Bouclier d'État et de justice^ que la paix empêcha de publier. Ces différents travaux d'esprit ne furent interrompus que par le voyage qu'il fit en Portugal, par l'ordre du Roi, l'an 1666, pour y travailler à la conversion du comte de Schomberg, depuis maréchal de France-. Il mourut à Paris, le 2 août 1672. »
Voilà ce que les nouveaux éditeurs de Moréri ont extrait d'une vie de M. de Bourzeys, composée par un de ses
1 De ces traités, dit le P. Niceron, aucun n'a été publié. Le P. Le Long en cite un , n" 12005 de sa Bibliol/ièqite historique, sous le litre de : ISullités des renonciations faites par la reine marie Thé lèse d'Autriche, prouvées par soixante-quatorze raisons invincibles. — Cet ouvrage étoit alors conservé dans la bibliothèque des prêtres des Missions étrangères.
2 Le P. Niceron ajoute : « Quoique ce fût là le principal objet de son voyage, il ne laissa pas d'avoir part aux grandes affaires qui se traitèrent dans ce royaume. 11 y fut honoré de la conGance du Roi et de la Reine, cette princesse n'ayant pas dédaigné de recevoir de lui des avis importants j'our sa conduite, et ce prince lui ayant donné à son départ des marques de son estime par un présent considérable. S'il ne réussit pas dans son espèce d'apostolat, il eut du moins la consolation d'avoir persuadé le comte de la vérité de la religion catholique, sa conversion ayant été arrêtée par quelques considérations humaines. » [Mémoires pour servira l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, t. XXIV, p. 566.)
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neveux', et dont l'original est aujourcriiui, avec tous les manuscrits de M. de Bourzeys, entre les mains de M. de La Fautrière, conseiller au parlement de Paris. Personne n'a plus de goût que ce magistrat, ni n'est plus capable de mettre quelques-uns de ces manuscrits en état de voir le jour. (o).
II. Antoine Godeau, évèque de Grasse et Vence*, né à Dreux. Ses œuvres imprimées jusqu'ici, suivant le catalogue qu'on m'en a donné, sont la préface du Dialogxie des causes de la corruption de V Eloquence , traduit par M. Giry; celle des OEuvres de Malherbe. La Paraphrase des Eptlres de «S. Paul et des Ejntres canoniques. La Vie de S. Paul. Instructions et prières chrétiennes , pour toutes sortes de j^ersonnes. Ordonnances et instructions synodales. Méditations sur l'Oraison dominicale. UOraison funèbre du roi Louis Xlll ; celle de M. Tévèque de Bazas. L'Idée du bon Magistrat^ en la vie et en la mort de M. de Cordes. Traité de la Tonsure ecclésiastique. k\\{YQ ^ de la Vocation ecclésiastique. Elévations à Jésus-Christ en forme de Méditations, et de nouvelle Paraphrase sur ï Epitre aux Hébreux . Remontrance faite au Roi contre le Parlement de Toulouse. Exhortation aux Parisiens touchant l'aumône et la charité envers les pauvres de Picardie et de Champagne . Avis aux Parisiens touchant la procession faite en l'année lGo2, pour la descente de
' M. Olier de Bessat, maître des comptes, selon V Histoire des Journaux de Camiisat et la Tcléinacomanie de Faydit.
- Il fut nommé évèque de Grasse le 21 juin 1636, et de Vence en 1658 ou 1659.
la châsse de sainte Geneviève, sous le nom d'un curé de Paris. La Vie de saint Augustin, in-quarto. L'Histoire ecclésiastique des quatre premiers siècles , en deux volumes in-folio. Ses Poésies imprimées sont : un volume à'OEuvres chrétiennes. La Paraphrase de tous les Psaumes en versfrançois, qui a été mise en musique par le sieur Gouy. Une Ode pour le roi Louis XI II. L^ Institution dtt Prince chrétien pour le roi Louis XIV. La grande Chartreuse. La Sorbonne. Hymne de saint Charles Borromée. Hymne de sainte Geneviève. Il a fait un Poème de saint Paul en cinq chants, qui n'est pas encore publié, non plus que plusieurs autres hymnes , discours , ou épîtres en vers adressés à ses amis particuliers'.
Il était un peu parent de M. Courart* ; il logeoit chez lui, quand il venoit à Paris, et ce fut pour entendre la lecture des poésies qu'il apportoit de Dreux que M. Conrart assembla pour la première fois ces gens de lettres, dont les conférences bientôt après donnèrent naissance à l'Académie.
Il fit en 1636 une paraphrase du cantique Benedicite omnia opéra domini Domino, bien versifiée, et d'un style
^ Cliapelaiu, dans son Mnno'ire des gens de lettres vivants en 1662, parle ainsi des nombreux ouvrages de Godeau : « Peu de gens ont autant écrit et aussi élégamment que lui. Son caractère est plutôt de douceur et d'élégance que de force et de régularité.» Et il ajoute : « Surtout, c'est une âme noble, candide et franche, qui va toujours à la justice et au bien sans intérêt. »
^ Il étoit fils d'Antoine Godeau, employé des eaux et forêts dans le comté de Dreux, et de Marie Terge, et naquit le 24 septembre 1603. {Gai lia Cliristiana.)
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noble et riche. Elle plut si fort au cardinal de Richelieu, qu'après l'avoir lue et relue en présence de l'auteur, il lui dit : « Vous me donnez le He-iediatr^ et moi je vous donne Grasse'.» Jeu de mots que l'occasion fit naître : car 1 evêché de Grasse vaquoit heureusement pour M. Godeau, et le Cardinal, qui connoissoit d'ailleurs son mérite, lut par là déterminé a le placer sur-le-champ \
On \oit par les Ittres imprimées de M. Godeau*, que ce fut en effet un évëque très- appliqué à ses devoirs, d'une grande innocence de mœurs, d'une piété exemplaire, d'un prodigieux travail, et d'une fermeté, ou plutôt d'une intrépidité qui n'est pas commune.
Puisqu'ici je dois particulièrement le regarder comme poète, il ne m'est pas permis de me taire d'un libelle qui parut contre lui en 1647, sous ce titre : Avtonhis Godellus utrum pocta^ ? J'appel'erois ce petit écritune satire très-ingénieuse,
* Le Menagiana retire ce mol à Richelieu pour en faire honneur à Bautru. Celui-ci auroit dit que le roi donnoit à M. Godeau Grasse pour Bmedicite,
^ Malgré cette protection du Cardinal, il essaya en vain d'obtenir la réunion définitive des évêchés de Vence et de Grasse, et, forcé de choisir entre les deux, il opta pour Grasse, où il fit en 1630 son entrée solennelle. — On voit par une lettre de Godeau à Chapelain (12 septembre 1659) que Richelieu lui donna l'évèché de Grasse sans qu'il l'eût demandé, et contre son attente : « 11 n'y avoit que huit jours, dit-il, que j'étois prêtre. »
' Les « Lettres de M. Godeau sur divers sujets » ont été imprimées en 1713. Paris, Et. Ganeau, ^ vol in-12.
* L'auteur de cette satire est le P. Vavasseur, jésuite, connu par son traité du burlesque, « de tudicra dicdone.» — Voici le double titre de cet ouvrage : Antonius Godellus, episcopus Grassensis, an elogii Aiireliani scripfor idoneus; idemque utrum poêla? — Constantiae, 1630, in-8°. — Vavasseur a donné le premier de ces écrits, dit Nicéron, sous le nom de « Paulus Romanus » et l'adresse
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et même assez solide, si la censure ne portoit que sur les vers de M. Godeau. Mais comme sa personne y est attaquée, je I ai traité de lil)elle; et par cette raison je supprime le nom du critique, qui a été le meilleur humaniste de son temps.
On demandera, en voyant la liste des ouvrages de -M. Godeau, comment il a pu tant écrire. C'est une facilité, c'est une fécondité sans exemple. Il disoit « que le paradis d'un auteur, c'étoit de composer ; que son purgatoire, c'étoit de relire et de retoucher ses compositions; mais que son enfer, c'étoit de corriger les épreuves de l'imprimeur. »
Il tomba en apoplexie le 17 avril 1672, et mourut à Yence le 21 du même mois, âgé de 67 ans '.
On peut voir dans la Bibiiotheca aprosiana, imprimée à Boulogne en 1673, un catalogue de ses ouvrages, envoyé par lui-même à un de ses amis, peu de temps avant sa mort. Mais il n'y renferma pas ceux qui pouvoient alors lui paroître un peu profanes, et il y parle de quelques livrets, tels qu'un Recueil des exoi-cismes^ un Office de l'ange gardien, et les Paraphrases des litanies du saint enfant Jésits^ que je n'ai pu découvrir.
m. François de Metel ^, sieur de Boisrobert, abbé de Chàtillon-sur-Seine , conseiller d'État et aumônier du Roi, né en la ville de Caen en Normandie. Il a composé, outre quelques lettres en prose et quelques [loé-
« Candido Hesycliio. » Le second, signé « Candidus Hesjciiius, » est une sorle de réponse <.<. Paulo Rouiano. »
1 Le Gallia Chnaduna fixe sa mort à la date du i21 avril, jour de Pâques, et ajoute qu'il fut enterré dans son église cathédrale.
- Voyez le tome 11 de celle Histoire, seconde partie, art. m. — On lit dans les Oriymcs de Cucn de M. Huet, non pas De AJéiel, tuais Le Mëlel, et c'est ainsi qu'il faut dire, (o.)
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sies qu'on voit de lui en divers Recueils, un livre séparé à'Épîtres. ou de discours en vers à la manière d'Horace. Plusieurs Poèmes dramatiques. Une tragédie intitulée : la Didon chaste , ou les Amours d'Hyarbas. Deux tragi-comédies, qui sont, le Couronnement de Darie , et Palène. Trois comédies : la première, qui est de son invention, intitulée les trois Oroniesj et les deux autres qui sont : la Jalouse d'ellemême et la folle Gageure , tirées de Lopez de Véga.
IV. Henri-Louis Habert, sieur de Montmor', conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes de son hôtel, né à Paris.
Il étoit cousin de Philippe et de Germain Habert, académiciens l'un et l'autre-. C'est une famille qui a été féconde en homnr^es illustres. Celui-ci éto'iiumnisdocti inaetsiihlimioris et humanions a'iianf issi m us^ ,conm\e le dit M. Huet dans ses mémoires, paize IGU. Un jour par semaine il se tenoit chez lui une as.ei biée de savaîits, où l'on traitoit des matières deph}sique. Soi!>ière, dans sa lettre LXXiX, rapporte les
1 ]1 existe un bizarre volume intitulé : Exphcationem nominis de Mo» 'mut , 1647, in-4"; la dédicace est signée : Heclor-Anloine- Gaillard de Sainl-Cyr. — Cet ouvrage est un poénie latin en fitances alcaiques, où 1 auteur joue sur la triple etymologie du mot : liions mortis, nions moris, mons mori , sans oublier que le nom se termine par une syllabe précieuse (or).
2 Sorbière, dans sa Vie de Gassendi , rapporte que le père de Habert de Montnior étoit petit-neveu du célèbre Budée.
3 « MoNTMOB. — Il a beaucoup d'esprit, et l'a plus témoigné dans plusieurs épigrammes latines qu'en autre chose. Son amour pour les lettres et pour les lettrés est très-ardent et quelquefois libéral.
règlements faits pour cette espèce d'Académie '. Gassendi, le plus savant philosophe du dernier siècle, et comparable lui seul à tous ceux qui sont venus depuis Arislote, éprouva dans la maison de M. de Montmor que la possession d'un bon ami peut tenir lit'U de tout\ 11 y vécut plusieurs années, il y mourut, et M. de Montmor, après avoir recueilli ses derniers soupirs, non-seulement lui érigea un mausolée dans Saint-Nicolas-des-Champs; mais ce qui valoit encore mieux pour la gloire de son ami, et pour l'utilité du public, il rassembla tous les ouvrages de ce grand homme en six volumes in-folio ^ A la tête de cette édition se trouve unepré-
A force de subtilités et d'affectation de méthode dans ses raisonnements, il tombe dans la langueur et dans l'embarras. On n'a rien vu d'imprimé de lui, quoiqu'on dise qu'il a force choses commencées en matière de philosophie. Il fait profession de cartésianisme, et le bruit est qu'il n'a érigé une assemblée académique chez lui que pour établir cette nouveauté et pour détruire la doctrine d'Aristote : en quoi il a trouvé de grandes contradictions.» (Chapelain, Mémoire df quelques gens de lettres vivants en 1662.)
* Voyez aux Pièces justificatives.
* Voici comment Sorbière, dans sa Vie de Gassendi, parle de l'hospitalité de Montmor : « In sedibus tuis renidentibus, Monmori illustrissime, exceptus fuit tanta comitate tua, lectissima?que conjugis tuse, ac tanta famulorum tuorum reverentia, ut herus alter videretur. » — ( Cf. Loret, Muse historique, Gazette du 23 nov, 16o2 et du 2 oct. 1653.)
' Publié à Lyon en 1638. Gassendi avoit la plus grande confiance dans l'amitié et le savoir de Montmor ; celui-ci dit en effet : « Tanta fuit viri erga me l)enevolentia, ut scripta mihi uni adjudicaret, quœ omnibus litteratis potiori jure debebantur ; tanta denique modestia, ut quai ad amussim limata et expolita eraut, judicio meo qualicumque subjiceret. » — Montmor fit celte édition, dit-il lui-même, « adjutore Henrico Bornseo, in curia parisiensi patrono consultissimo, et communicato labore cum Claudio
face latine de M. de Montmor, écrite sensément et de bon goût. C'est presque le seul ouvrage par où sa plume nous soit connue, à trois ou quatre épigrammes près, qui se sont conservées dans les recueils de son temps. Mais le poëme De rerum natura , où , à l'envi de Lucrèce , il avoit développé toute la physique, n'est point venu jusqu'à nous. Il mourut à Paris, le 21 janvier 1679 ^
V. Jean Ogier de Gombauld -, né en Xaintonge , à Saint-Just-de-Lussac, près de Brouage-. Ses ouvrages imprimés sont : YEiidymion; Y Amarante^ pastorale 5 un volume de Poésies; un volume de Lettres. Les suivants n'ont point encore été publiés : les Dayiaïdes, tragédie 5 Cidippe , tragi-comédie; Trois livres d" Epigrammes; plusieurs autres Poésies ^ Lettres et Discours de prose.
Hardyseo, senatore parisiensi, Francisco Henryseo, patiicio lugdunensi, Joanne Capellano, viris doclissimis, mihi et Gassendo carissimis. » (Prxfatio ad lectonm.) Toutefois, dit un avis des imprimeurs, « ut editio ad unuuem foret conforniis autograpliio, Yoluit D. Monlmoiiiis recognita singula operum folia suo ipse nomine consignare, et caulionem à nobis exigere ut ne apice quidem immutato, ad designatum tempus perficeretur editio. » . 1 11 éloit fils de Jean Habert de Montmor, trésorier de l'extraordinaire des guerres; une de ses .œurs épousa le maréchal d'Estrées, une autre le président de Bercy, et la troisième le marquis de Rochefort. Lui-même épousa Henrye dcBuade et fut, par cette alliance, beau-frère du marquis d'Épinay-Saint-Luc et de Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, qui fut gouverneur du Canada en 1672.
' Voyez le tome II de cette Histoire, seconde partie, art. x. (0.)
Je ne sais si la tragi-comédie de C/fZ?/)^e ' a été imprimée. Ce qui m'en fait douter, c'est qu'en 1669, trois ans après la mort de l'auteur, elle ne l'étoit pas encore; comme nous l'apprenons dans l'avertissement de Conrart à la tête des traités posthumes de Gombauld. « Il a laissé encore, dit Conrart, une tragi-comédie de Cidippe, et de quoi faire un nouveau recueil de vers, particulièrement de sonnets et d'épigrammes qui, pour être entre les mains de personnes peu intelligentes en ces sortes de choses-là, n'ont pu encore être mis en lumière. »
VI. Marin Cureau de la Chambre, conseiller du Roi en ses conseils, et son médecin ordinnire, ré au Mans. Ses œuvres imprimées sont , \ç% NohVflJfs p'-nupes sur les causes de la Jmnière, du dèbnrdcmenl f/u NiJ it de Vamour d' ivclivaiion. Les A'ai'tff'es covjfriyres sur la Digf'sficn. Deux volumes d;'S Caiar.lp.res des passions. Traité de la cuniuvssanr» des anirnanx. Nmitelles observations et ctmjfclures sur l' Lis. S il acliève ce qu'il a commencé, nous verrons la suite des Caractères des passions. Le traité de la beauté humaine' celui du naturel et des mœurs des peuples , et les autres qui composent le plan qu'il a fait pour ï Art de connaître les hommes. Il a fait une traduction françoise des huit livres de la Physique d'Aristote ^, qui n'est pas imprimée, et fait espérer dans peu de temps un Commen-
1 II existe une pastorale de ce nom publiée en 1653 par le chevalier de Baussaye. La pièce de Gombauld n'a pas été imprimée.
^ Sorbière dit , dans sa Vie de Gassendi , que La Chambre « primus Aristotelœam philosopliiam et Platonica raliocinia cultiorecultu ornata deduxit lu aulam noslram. »
taire sur les Aphnrismes d Hippocrate , qu'il appelle Usvs Aphorisniomm, où son dessein est. après avoir marqué le sens dHippoorate en chaque aphorisme , de l'appliquer à d'autres sujets , et de faire voir tous les usages qu'on en peut tirer.
« Il avoit naturellement beaucoup d'éloquence, il étoit savant, en toute sorte de littérature, et ces qualités étoient soutenues par un grand fonds d'honneur et de probité. 11 étoit à tous les hommes de lettres un ami qui ne leur manquoit jamais au besoin. La réputation que son esprit lui avoit acquise le fit connoîlre au chancelier Seunier, et ce mafiistrat voulut avoir La (Chambre auprès de lui, uon-seulemeut comme un excellent médecin, mais encore comme un homme consommé dans la philosophie et dans les belleslettres. Le cardinal de Richelieu en porta le même jugement et en fit une estime singulière. Il le destina pour être un des ornements de l'Académie françoise, qu'il avoit établie depuis peu. La Chambre fut reçu dans cette illustre compagnie au commencement de l'an 1635. Depuis, le même Cardinal le choisit dans le grand nombre d'écrivains qui s'étoient attachés à sa fortune, pour répondre à un ouvrage séditieux, intitulé : Optaiits GnlUis de cavendo scliismafe '. Le roi Louis XIV l'honora d'une affection particulière, et il la lui fit connoître en le nommant un des premiers entre les gens
1 « Le cardinal de Richelieu... le chargea en 1640, de répondre au livre de Hersant en faveur des prétentions de la Cour de Rome. Ce livre fut regarde en France comme séditieux, et l'on ordonna des recherches contre l'auteur, qui chercha un asile auprès de ceux dont il avoit défendu la cause. Mais à Rome même il fat poursuivi par l'inquisition comme janséniste, et excommunié pour n'avoir point comparu. » (Condorcet, Éloges, t. 1).
de lettres qui dévoient avoir part à ses gratifications'. 11 fut aussi choisi pour remplir une des premières places dans l'Académie des sciences'. Tout ce qu'ila écrit porte non-seule^ ment le caractère d'excellent philosophe, mais encore celui de bon chrétien. Il mourut en la 75« année de son âge, le 29 novembre 1669*. »
M. l'abbé de La Chambre est auteur de cet article, tiré presque mot à mot de Moréri. Il avoit promis de recueillir en deux volumes in-folio tous les ouvrages de son père, mais il ne l'a point fait. Il de\oit j' faire entrer plusieurs traités nou imprimés de son visant, et qui ne l'ont pas été depuis : entre autres la traduction entière des huit livres de la physique d'Aristote, dont il n'y a eu d'imprimé que le premier.
VII. Marin le Roy, sieur de Gomberville , Parisien. Les œuvres imprimées que j'ai vues de lui sont les romans de Polexandre en cinq volumes-, de la Cithéi'èe QW quatre volumes -, ào, la jeune Alcidiane ^ qui n'est pas achevé : la préface des Poésies de Maynard.
1 Voir la liste des gens de lettres, présentée à Colbert par Chapelain : « C'est un excellent philosophe, et dont les écrits sont purs dans le langage, justes dans le dessein, soutenus dans les ornements, et subtils dans les raisonnements Son application est dans les matières pliy-iques et morales, en tant que celles-ci regardent la nature; je ne le lien» pas fort dans les politiques, et je doute qu'il fût propre à écrire l'hiïloire, quoique fort judicieux. »
2 En 1666.
^ Il étoit né au Mans vers 1603, dit Condorcet {Éloge.i.i. I); — vers lo94-, selon Nicer..n, et celle dernière date paroît élre la vraie, puisque l'abhé de La Chambre assure que son père avoit 73 ans lorsqu'il mourut en 1069.
Il naquit en ICOO '. Son premier ouvrage fut imprimé en 1614. C'est un recueil de cent dix quatrains à Thonncur de la vieillesse. Il le dédie à son père. La versification n'en vaut rien : mais que peut-on attendre d'un écolier? L'ouvrage qu'il donna en 1620 est d'un style incomparablement meilleur, et qui fait voir que dans un jeune homme six années d'études font beaucoup, au lieu que, dans un âge déjà un peu avancé, les progrès d'un écrivain sont lents et imperceptibles. M. de Gomberville s'appliqua ensuite à composer des romans. C'était la fureur de son siècle. Mais enfin, à l'âge d'environ quarante-cinq ans, comme il alloit faire de longs séjours à Gomberville, qui est à une lieue de Versailles, et que là il étoit voisin de Port-Royal-des-Champs, il fit conuoissance a\ ec les fameux solitaires de cette abbaye. Des lors, non-seulement il cessa de composer des romans % mais il embrassa une vie pénitente, et prit à tache d'imiter les modèles qu'il avoit devant les yeux.
Il eut dessein d'écrire l'histoire des cinq derniers rois de France, de la maison de Valois. Il avoit judicieusement formé sou plan ; il avoit même commencé à l'exécuter; mais par les raisons qu'il touche dans sa préface des Mémoires du duc de Nevers, il n'alla pas loin *. On a tout sujet de croire
* Son père ëloil huvetier de la Chambre des Comptes de Paris, selon le Mptuigïana, il fut élevé au collège de la Marche avec l'abbé de Marolles. L'assertion de Ménage semble contredite par W'tot de 1(1 France de l'année 1658 entie autres qui range Gomberville parmi les gentilshommes de la noblesse la plus qualifiée. — Cf. le Dictioun. des Précieuses. Nouv. édit. Diblioth. el:,év., t. I, p. 28, 202, et t. Il, p. 241.
^ « Il eût voulu, si cela eût été possible, les avoir effacés avec ses larmes. » ( Lettres d'Arnaud, t VII, p. 450, — à Perrault.) — Remarquons cependant que sa conversion, arrivée vers 16 i5, fut suivie de la publication du roman d'Mcidiane en 1631.
' Un abbé, favori de Richelieu, et ami de Gomberville, l'avoit,
que ce qu'il en avoit fait, quoique cité par le P. le Long, num. 8201, est absolument perdu, car son petit-fils, aujourd'hui lieutenant général d'Étampes, m'a fait savoir que l'on ne conservoit dans sa famille aucun papier de son aïeul.
M. de Gomberville s'est déguisé sous un nom à la grecque, Thalassius Basiliclès, autour de son portrait en tailledouce , et dans un petit avertissement qu'il a mis à la tête de quelques poésies latines de M. de Loménie , comte de Brienne. Mais ces poésies, elles sont du P.Cossart; et VJtinerarium^ qui porte aussi le nom de M. de Loménie, est de Benjamin Priolo , si nous en croyons les lettres manuscrites do Chapelain.
Une lettre de M. Dodart, imprimée parmi celles de M. ArnauUI , nous apprend que M. de Gomberville, sur la fin de ses jours , rabattit un peu de sa grande dévotion. Il mourut à Paris, le 14 juin 1674.
VIIL Jacques de Sérisay , né à Paris , intendant de la maison du duc de La Rochefoucauld. Il n'y a rien d'imprimé de lui; mais il a beaucoup de poésies et d'autres œuvres en prose à imprimer.
Il mourut à La Rochefoucauld au mois de novembre 1653'.
dit-il, engagé à s'occuper des vivants plutôt que des morts, à négliger l'histoire pour les romans et le théâtre, et à finir, avant toute autre chose, une pièce intitulée : Les amants d'Angélique; Gomberville, dégoûté de son travail, l'abandonna longtemps pour les romans, mais n'acheva pas la pièce commencée.
1 Une lettre de Godeau, datée de Grasseie 20 juillet 1641, félicite Sérisay de son iirogrès en la dévotion : « car je crois que vous j eu avez fait un grand, ayant si généreusement commencé. » — Depuis longtemps il était atteint d'une maladie dont on ne guérit guère. {Lettres Mss. de Chapelain à Conrart, 21 août 1654) —
Du reste il ne m'est connu par nul endroit , si ce n'est par quelques poésies, mais fort courtes, et en petit nombre, imprimées dans les Recueils de Sercy '.
IX. Marc-Antoine Gérard , sieur de Saint-Amant , né à Rouen. ïl y a de lui trois volumes de poésies. Il fait un poëme héroïque, appelé Moïse.
II n'étoit point fils d'un gentilliomme verrier, comme l'ont écrit divers auteurs. II nous apprend lui-même, dans une de ses épîtres dédicatoires , que son père avait été chef d'escadre pendant vingt-deux ans au service d'É'isabeth, reine d'Angleterre. Sa vie n'a presque été qu'une suite continuelle de voyages. On trouvera en parcourant ses poésies, que dans sa jeunesse il a vu l'Afrique et l'Amérique; qu'en 1643 il accompagna le comte d'Harcourt, ambassadeur extraordinaire de France à Londres; qu'en 1647 il étoit à Gollioure, en Roussîllon; qu'en 1650 il étoit à Danlzic, gentilhomme ordinaire de la reine de Pologne , Marie-Louise de Gonzague. L'abbé de Marolles, dans ses Mémoires, page 167, se fait honneur de lui avoir procuré cette place, avec trois mille livres de pension. Mais en 1651, M. de Saint -Amant revint en France et passa le reste de ses jours à Paris.
Ce que M. Despréaux en raconte dans sa première satire :
Que tout cliargé de vers qu'il devolt mettre au jour, Conduit d'un vain espoir il parut à la Cour; Qu'il en revint couvert de honte et de risée;
Sérisay était, paraît-il, d'une paresse invincible : Godeau et Balzac, qui lui ont écrit plusieurs lettres et semblent être fort de ses amis, s'accordent pour s'en plaindre.
^ Vof. la Ve partie (3'' vol.) du Hecueil de 1660-1666, pp. 374, 576 et 689.
Que la lièvre au retour, terminant son destin, Fit par avance en lui ce qu'auroit fait la faim....
Tout cela, dis-je, pourroit bien n'avoir pour fondement que l'imagination de M. Despréaux, qui, sans doute, a cru qu'en plaçant ici un nom connu , cela rendroit sa narration plus vive et plus gaie. Car enfin les poésies de Saint-Amant font foi qu'il n'avoit pas attendu si tard , ni à mendier les grâces de la cour, ni à mettre au jour les vers qu'il avoit faits dans cette vue. On sait d'ailleurs, que ses dernières années furent toutes consacrées à la pénitence et à la piété. JNous pouvons juger de ses sentiments par ses Stances sur r Imitât ion de Jésus-Christ , qui sont les derniers et les meilleurs vers qu'il ait publiés. Il mourut en 1661 , âgé de soixiinte-sept ans.
Chapelain, dans ses lettres manuscrites, m'apprend que la Boyne ridicule de Saint-Amant fut imprimée furtivement à Paris en 1643, et l'imprimeur mis en prison '.
X. Honorai Laugier, sieur de Porchères, Provençal. On a imprimé de lui diverses Poésies^ dans les recueils : et cent Lettres amoureuses sous le nom d'Erandre. Il y a plusieurs pièces non imprimées , de vers et de prose, entre autres un Traité des Devises.
Il étoit de Forcalquier, dans le diocèse de Sistéron. A cela près, je n'ai pu trouver le moindre éclaircissement sur ce qui
* Nous ne pouvons que renvoyer, pour des détails plus complets sur ce poëte, à la notice qui précède l'édition que nous avons donnée de ses œuvres complètes. (Paris, P. Jannet, 1855, 2 vol. in-i6, Biblïoth. El:,cviricimc.)
le regarde '. J'ai déjà parlé de sa famille ci-dessus, daus l'article de François d'AiiBAUD. Il mourut en 1654 '.