‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 48 sur 89 · COMPLIMENT · texte numérisé non relu

COMPLIMENT

POUR L'ACADÉMIE FRANÇOISE Au inéiue niessire Franeol!!> de llavlay de Chauipvalou

sua S0> INSTALLATION EN l'aBCHEYÈCBÉ DE PARIS

Prononcé dans son palais archiépiscopal, le 22 mars 1671 .

Monseigneur,

Voici le comble de notre joie : tous les académiciens, jusques aux moindres, ont triomphé de se voir en quel- (]ue sorte égaler à vous par cette qualité; tous jusques aux plus grands, triomphent encore de vous voir audessus d'eux par celle de leur pasteur et de leur archevêque.

Présidez heureusement, Monseigneur, à un peuple dont les princes font une partie. Ce Roi lui-même, dont les louanges sont les vôtres, et sur lequel on ne se peut épuiser, tous les jours plus grand, encore qu'il semble ne le pouvoir devenir davantage-, ce Roi, maintenant

l'amour des élrangers, comme celui de ses peuples. Tadmiration des nations les plus reculées, aussi bien (jue de ses propres Conseils; qui pourroit les soumettre toutes ensemble, à qui toutes voudroient être soumises, n'aura point à l'avenir de plus grande gloire que celle de vous être soumis; et sa piélé, l'ouvrage du ciel, dont vous n'avez pointjeté les fondemienls, mais où vous allez, avec saint Paul, bâtir, en grand architecte, d"or et de pierreries, sera devant le ciel même, pour parler encore comme cet apôtre, votre espérance, votre joie et votre couronne.

Mais ({uel sentiment intéressé s'oppose à des pensées si agréables? Quels mouvements ou de douleur, ou de crainte, les viennent troubler? L'Eglise vous a prêté à l'Académie; il faut, Monseigneur, que l'Académie vous rende à l'Eglise, qui va désormais vous occuper tout entier ; et si votre repos nous est cher, comment pouvons-nous en conserver seulement ou le souhait ou l'espérance.

Quelles veilles pourront suffire à tous ceux pour qui vous avez à veiller? Quel patrimoine, ou public ou particulier, à celte foule d'infortunés, qui n'en ont point d'autre que le vôtre? Qui sera foible et infirme parmi nous que vous ne le soyez avec lui ? A quoi vous servent vos propres lumières et votre propre pureté, s'il faut que vous répondiez de nos erreurs et de nos fautes ? Qu'importe que vous ayez tant contribué à pacifier l'Eglise? Le plus difficile vous reste à faire, si l'aigreur et la division, bannies di s assemblées , ne haussant plus la voix dans les chaires, n'éclatant plus dans les

liviL'S, se cachent tMicore dans les cœurs et dans'les

esprits.

Comment accorderez-vous deux choses aussi nécessaires quincompalibies : la retraite et la vérité, la prière et l'action, le commerce des anges et celui des hommes? Pour peu que vous soyez trop longtemps sur la montagne avec Dieu même, ce peuple se fera d'autres Dieux. Pour peu que vus mains s'appesantissent etcessent d être élevées au ciel, nous succoii.berons dans labalaille; un autre Amalec plus cruel et plus redoutable sera le vainqueur.*

Toutes ces brebis vous suivent et connoissent votre voix; mais chacune en particulier, par les soins dont elle vous accable, veut que vous donniez jusqu'à voire vie pour elle. Celles-ci vont périr si vous ne leur distinguez à toute heure l'herbe nourrissante d'avec le poison ; ce< autres, blessées et languissantes, n'attendent pas seulement de votre main un appareil à leurs blessures 5 mais même que vous les emporterez entre vos bras. Courez cependant après celles qui sont tout à fait perdues : ce n'est pas la centième partie de votre troupeau, mais elles vous doivent faire quitter tout le reste. De celles-là mêmes que le loup emporte si nous en croyons un grand pape de l'antiquité, il faut encore lui en disputer la toison-, il faut lui en arracher la dépouille toute déchirée et toute sanglante.

Et qui pourra fournir à tant de divers emplois, dont le nombre, dont l'importance, dont la nécessité nous fait trembler? Vous, Monseigneur. Nous ne tremblons plus, car le passé nous en répond et nous en assure. Ce

DE PEl.i.lSSON. 3ol

seroient des diflicultés. ce seroient dos avis pour un autre; ce sont des éloges pour vous.

Ne reconnoissez-vous point vous-même sans que je vous le dise, dans la fidèle peinture de ce que vous allez faire, tout ce que vous avez déjà fait? Les actions sont les mêmes, le théâtre seulement en sera plus élevé et la gloire plus éclatante. Quelle félicité est la viMre, d'avoir à employer d'aussi grands talents au plus grand usage qu'on en pouvoit faire, pendant que tant d'autres (et Dieu veuille que nous ne soyons pas du nombre) cultiveront incessamment leur esprit, sans en rendre jamais non pas la dîme, non pas la dîme de la dîme, à celui qui le leur a donné !

Mais si ce reproche tombe sur quelque particulier, et sans doute sur celui qui vous parle, un Corps qui a l'honneur de vous compter entre ses membres, ne le sauroit plus appréhender. Par vous, Monseigneur, et par quelques aussi illustres sujets, nous combattons pour la foi, nous rallumons la piété éteinte, nous réparons les ruines de l'Eglise, nous nous dévouons à Dieu, nous approchons de ses autels, nous touchons à ces redoutables mystères oii les anges n'osent regarder, nous nous offrons éternellement nous-mêmes en sacrifice.

Si ce Corps a des parties et moins nobles et moins utiles, encore serviront-elles à relever le mérite des autres; encore pourront-elles le faire éclater par le discours.

C'est, Monseigneur, ce que vous devez attendre du moins de notre équité et de notre reconnoissance. Ou

nous ignorons Tart de rendre un lémoignage fidèle à la verlu, et le commerce des siècles passés ne nous peut rien promettre de ceux qui sont à venir-, ou l'on saura quel(|ue jour et même après nous, ce que nous venons vous protester aujourd'hui : qu'estimé, chéri, révéré de tout le monde, vous n'avez point trouvé ailleurs plus d'admiration, plus d'amour, plus de respect, plus de soumission que dans l'Académie Françoise.

DE PELLISSON. Soif

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