‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 50 sur 89 · EXTRAITS DE CHAPELAIN · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE CHAPELAIN

Nous sommes heureux de pouvoir donner ici de nombreux extraits des lettres de Chapelain -, malheureusement, M. Sainte-Beuve, qui a bien voulu nous les communiquer, ne possède pas toute cette correspondance si précieuse; nous nous arrêtons, pour ce volume, à Tan 16 il 5 mais notre tome second reprendra les extraits à partir de 1C)o9. On verra qu'en beaucoup de cas ces lettres remplacent utilement les registres perdus de Conrart ; mais, plus indépendant que le Secrétaire officiel, l'auteur apprécie la portée de certains actes de l'Académie avec une singulière indépendance. Nous citerons notamment ce qu'il dit de Boissat, et de la lettre adressée par l'Académie à celui-ci, après son accommodement avec le comte de Sault.

36'i PIECES JUSTIFICATIVES.

A M. GoDEAU, A Dreux.

[8] décembre 1632.

« Vous viendrez donc assurément, et nous rendrez par votre présence le contentement que Dieu nous a retenu si longtemps ; vous nous rendrez même V Académie de laquelle vous êtes le prince et le chef, chacun ayant remis à votre retour l'assemblée de nos conseils , et la tenue de nos états. »

A M. DE Balzac.

26 mars 1634.

« Ce serait ici le lieu de vous parler de l'Académie dont Monseigneur le Cardinal s'est depuis peu rendu le promoteur, et qu'il autorise de sa protection.

« M. (Je Bois-Robert s'étant offert avec une chaleur et une ambitionextraordiuaires de vous avertir de ce qui vous regardoit en cela, je craindrois de venir à tard, et de me faire une querelle avec lui, si je vous en eutretenois à cette heure. Je suis de cette compagnie par grâce, et, par cet honneur, je trouve mes charges redoublées, ne jugeant pas qu'il me fut bienséant d'être de ce corps, et de ne pas contribuer à sa perfection tout ce qui seroit en ma puissance, si chacun y apporte autant de zèle que moi, je puis dire sans vanité que nous ferons quelque chose de mieux et de plusutile que toutes les Académies ensemble. A iv.oins que de se proposer cet

avantage, je vous avoue que je tiendrois mon temps perdu K »

A M. DE BOIS-ROBEBT.

3 août 1634.

« Je ferai savoir à ces messieurs que vous les aimez toujours, et que vous vous honorez du titre d'Académiaie. »

A M. CONBAET, A JONQUIÈRE.

21 août 1634.

« L'Académie est réduite au petit pied, et, si l'influence dure , il y a apparence qu'elle se réduira à néant : les trois dernières assemblées se sont passées sans rien faire, et, si celle que nous allons tenir tantôt est de même, il lui faudra changer de nom et l'appeler V Académie des fainéants. Je vous garde une lettre que M. Maynard m'a écrite sur son sujet, qui vous surprendra aussi bien que moi. Je ne l'estimoispas capable d'une telle humilité, ni dune si grande déférence. »

A. M. Maynabd.

Août 163-4.

« Nous lûmes l'un et l'antre à l'Académie les termes honorables avec lesquels vous parliez d'elle, et fûmes ouïs avec ressentiment de tous, 11 seroit lonu devons réduire sa forme, et ce qui s'est passé depuis son institution. Ce qui la rend considérable, est l'approbation de Monseigneur le Cardinal,

' Voyez plus loin la réponse de Balzac.

et le mérite de ceux dont elle est composée. I<e reste qu'on s'en est promis pourra être, et pourra aussi n'être pas. Quand il n'y auroit autre avantage qu'une fois la semaine ou se voie avec ses amis, en un réduit plein d'honneur, je ne croirois pas que ce fût une chose de peu de consolation, et d'utilité médiocre. M. Racau est en cette ville, qui n'en manque point et confesse, avec sa bonté ordinaire, que les conférences qui s'y font ne lui sont pas inutiles, quelque excellent homme qu'il soit. »

A M. DE BOIS-ROBERÏ.

A septembre 1634.

« Prenez patience cependant et, sitôt que votre temps sera fini revenez, et ne donnez pas le temps à la fièvre de vous arrêter dans votre mauvais pays. Peut-être trouverez-vous l'Académie plus échauffée qu'elle n'est, et les Académiciens en meilleure humeur de bien faire. La salle de M. Desmarets est, depuis six semaines, trois fois plus grande que d'ordinaire, et quand tout le monde y est assemblé, elle paroît comme s'il n'y avolt personne. En effet, c'est qu'il n'y a presque personne, et que, la pénultième fois, la Compagnie ne fut composée que d'un seul. Le bon M. Faret est un des plus négligents, ou plutôt un de ceux que les affaires en détournent davantage.

A. M. DE Balzac.

Novembre 1634.

« Pour la dernière Académie, sans vous la prétendre faire aimer, je vous assurerai qu'elle n'est pas si étrange qu'on

vous la fait; et qu'il a suffi que ce liit une nouveauté pour soulever force monde contre elle. Si néanmoins il eût été en ma liberté d'en être ou de n'en pas être, je vous avoue que je m'en fusse dispensé, et que sans la mépriser, toutes les fois que je me pourrai donner le temps qu'il faut, | ar considération, que je lui donne, je le ferai assurément, car je suis le plus accablé des hommes. Cela demeurera entre nous, s'il vous plaît. »

A M. DE BaLZ4C.

23 février I6ôo.

« J'attends avec impatience l'édition de vos belles lettres, et la harangue que vous me promettez pour FAssemblée, de laquelle je vous dirai qu'elle se rend tous les jours, et de plus en plus, honorable : s'aecroissant de jour en jour de personnes de condition, en sorte que les aboiements du vulgaire cessent, et l'applaudissement demeure général. M. du Chastelet, M. l'abbé de Bourzé (Bourzéys) et M. Godeau ont déjà parlé chacun près de trois quarts d'heure ; c'est à notre ami M. de Bois-Robert à entretenir la Compagnie la première séance. J'ai même sentiment que vous pour quelques Académiciens ; mais ils y sont, et les choses ne sont plus en état d'être révoquées. Le temps purgera la Compagnie, mais vous Tillustrerez toujours, et elle tirera plus de gloire de vous seul que de honte de ceux qui y trouvent place indignement ' . »

1 Voyez plus loin la réponse de Balzac.

3fiG PIÈCES JUSTIFICATIVES.

A M. DE B\LZAO.

Avril I63rj.

« Le discours que J'ai fait à la compagnie est fonir et mauvais, deux raisons qui vous doivent détourner de l'exposer à une vue si délicate que la vôfi'e. C'est pourquoi j'attendrai des oidres plus précis de vous pour vous l'envoyer. »

A M. DE Balzac.

51 mai 1637.

« Pour l'Académie, elle languit à l'ordinaire: peu de gens s'y rendent aux jours réglés, et l'on n'y fait plus exercice de lettres. Elle en a néanmoins toujours le nom, et le premier promoteur de cette assemblée ne parle tous les jours que de rhomologation de ses privilèges. Après quoi, si nous ne travaillons comme des manœuvres, on nous dégradera et exilera. Les Muses françoises ne riment plus depuis un an que l'on leur a donné le bréviaire à traduire en prose. »

A M. DE Balzac.

17 octobre 1637.

« Pour M. Bourbon, vous faites une chose digne de votre générosité d'oublier le passé, et de vouloir bien un raccommodement dans lequel, à considérer les choses à la rigueur, vous pouvez prétendre de grands dommages et intérêts.... Je solliciterai M. de Vaugelas de s'acquitter envers cet ex-

cellent ennemi de la commission que vous lui aviez donnée ; et de mon côté j'agirai avec le même, car je ne l'avois vu, depuis qu'il étoit mon maître de classe, que quand il fit son entrée dans l'Académie, et le tout se passera comme vous le sauriez souhaiter. Je crois que le motif de la nomination de cette personne a été pour avoir dans la compagnie des gens formidables au Pays-Latin, s'il se soulevoit contre elle, comme l'on en a parlé... J'ai cent fois pensé aux lettres que le premier (Bourbon) vous a écrites, et que vous m'avez montrées; mais il faut avouer qu'il est bon latineur. »

XIT.

A. M. BoucHABDj A Rome.

■18 mai t638.

« Il semble par votre lettre que vous croyez pouvoir être admis en votre absence. Je vous répéterai ici, si je ne vous l'ai déjà écrit, qu'on ne vous peut proposer pour cela que vous ne soyez présent, et qu'après l'avoir fait agréer à son Éminence, qui, par un ordre particulier, a voulu être consulté sur tous les prétendants, afin de fermer la porte à toute brigue et ne souffrir dans son assemblée que des gens qu'il connoisse ses serviteurs... Une place d'Académicien en France n'est pas un bénéfice, et son Éminence est assiégée de tant d'affamés, et qui attendent depuis si longtemps, que jusqu'ici nous n'avons vu aucun de notre troupe gratifié de pareil bienfait, si vous en exceptez M. de Bois-Robert. »

A M. Maynabd, en Auvergne.

28 avril 1638.

« Le peuple se réjouit aux dépens de l'Académie, et s'en-

tretient d'une mauvaise comédie manuscrite où nous sommes la plupart introduits personnages, à ce qu'on dit, peu agréablement. Votre éloignement vous aura sans doute fait oublier par ce mauvais comique, et nous défrayerons la Compagnie sans vous. »

A M. DE Balzac.

20 juin tG38.

« Qualche scioperalo s'est avisé de faire rire les crocheteurs aux dépens de notre sénat littéraire, car il ne fait point rire les bonnètes gens. Il a fait une mauvaise farce où nous représentons tous, etjusquesàM. leCbancelier même, ce qui a fait supprimer la pièce, parce qu'on menaçoit d'un voyage en Bastille celui qui s'en avoueroit le compositeur. C'est, à vous parler sérieusement, une maigre bouffonnerie et qui ne nous fait point»de tort. Pour la compilation de Saint-Germain , elle est d'une matière plus sujette à censure, et je ne crois pas qu'elle ait été vue à Paris... »

A M. DE Balzac.

5 septembre 1638.

« L'Académie sta per tirar le calze, tant elle est languissante et oiseuse. Vous avez oublié qu'elle ne se tient que les lundis. »

A. M. l'abbé de Bois-Robert.

27 septembre IGôS.

« L'Académie languit sans vous, et nous nous aperce-

vons extrêmement de votre absence. Mais nous n'oserions vous trouver à dire, sachant que vous êtes utile auprès de la personne de notre maître commun , et que, dans le service que vous lui rendez, vous représentez celui que la Compagnie lui doit, et qu'elle a impatience de lui rendre. »

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