UNE SÉANCE ACADÉMIQUE
A M. DE Balzac.
2 octobre 1658.
« Quant à M. de Vaugelas, l'histoire est qu'étant admis pour un quart dans une confiscation d'importance, mais qu'il fallait obtenir sur un homme qui ne vouloit point être pendu, comme il le poursuivoit, M. de Bois-Robert, entre les mains duquel ce criminel s'étoit jeté, lui en fit des reproches en pleine Académie, se plaignant qu'il vouloit ôter le bien et la vie au plus homme de bien qui fût en Normandie. Notre ami répondit qu'il le prioit de croire que c'étoit le plus méchant homme du monde. Sur quoi quelqu'un de la troupe dit agréablement, comme on admirant la chose, qu'il falloit que les méchants Normands fussent les pires de tous les démons, puisque le meilleur étolt le pire de tous les hommes. L'abbé insistoit pour le déconseiller de faire cette poursuite, en disant que l'affaire ne valoit rien du tout, et que l'homme étoit très-bon. Notre ami repartit qu'il le prioit de l'excuser, parce qu'il étoit assuré que l'affaire étoit trèsbonne, et que l'homme ne valoit rien du toutj cette conférence fut une des meilleures choses qu'ait produites cette Assemblée. On s'en réjouit du consentement des parties, et
depuis uous en avons tourmenté notre ami au palais des Héroïnes (à riiôtel de Rambouillet), sans qu'il s'en soit scandalisé. Le pis que j'y trouve est que l'affaire se trouve mauvaise, et le Normand homme de bien : si bien qu'il en a essuyé la raillerie, sans y avoir rien profité. Par ce narré, vous voyez que notre ami ne laisse pas d'être un bonhomme, encore qu'il se soit rendu persécuteur de chrétiens. »
16 octobre 1638.
« L'aventure de l'abbé avec le courtisan malheureux est vieille de plus d'une année, et depuis, l'Académie n'a point produit de jovialité qui approchât de bien loin de celle-là : si bien que nous n'avons pas tant de sujet de nous louer de celte Assemblée que vous le croyez. Il est vrai qu'en récompense el!e ne nous a guère donné de peine tout cet été, et nous pouvons presque dire que ses vacations ont commencé avec le mois de Mai, que Mars s'est échauffé (que la guerre a éclaté) à notre grand dommage. Et à vous dire le vrai, je l'aimerois bien autant suspendue pourune trentaine d'années, que continuée avec tous les divertissements qu'elle nous peut jamais fournir. Au reste, n'allez pas croire que la matière qui appointa contraire nos deux amis devant ce tribunal fut traitée avec aucune aigreur entre eux : ce qui en fut le meilleur est que les démentis étoient accompagnés de galanterie et de raillerie, et qu'il sembloit, en se plaignant l'un de l'autre, qu'ils s'eutre-galantisoient. »
xvin.
A M. l'Évéque de Gbasse (Godeau) a Gbasse.
24 décembre 1658.
« L'Académie languit et perd le temps à l'ordinaire. «
PIÈCES JlSTIFICATlVl.S. :M\
Chapelain a M. Bouchard, a Rome.
6 janvier 1639.
« Vous devez être fort satisfait de la bonne relation que M. Voiture m'a faite de toutes les excellentes parties que Dieu a mises en vous, et estimer plus les louanges qu'il vous donne que si toute l'Académie françoise vous avoit paranymphé. Car, comme il a une délicatesse d'esprit qui, parmi nous, n'a pas sa pareille, et qu'il faut qu'une chose soit bien accomplie po-r ne le cho([ucr pas, nous avons remarqué que, sans être envieux, il est chiche d'éloges, et trouve souvent mauvais ce qui est dans l'approbation du commun.
« Le nom académique de M. Voiture e^t il Négligente, ou, si vous voulez, il Trascurato. Jamais homme ne fut moins à l'Académie que lui, et la vôtre des Humoristes se peut vanter de l'avoir plus vu en trois jours qu'il a été à Rome que la nôtre en quatre ans, qu'il y a que nous l'y avons reçu. Je vous dis ceci pour vous faire voir que vous vous êtes mal adressé pour savoir des nouvelles de l'Académie, et ce que l'on y fait. L'homme à qui nous parliez fut un des premiers à dire qu'il ne falloit faire ni dictionnaire, ni harangues, et à montrer par sou exemple qu'il ne se falloit charger d'aucune de ces occupations. On ne laisse pourtant pas de parler sur divers sujets dans les termes que désire l'éloquence, et l'exercice ordinaire des Académiciens, aux jours d'assemblées, est l'examen rigoureux des pièces de ceux qui la composent, duquel on extrait des résultats pour la langue, qui en seront un jour les règles les plus certaines. Nous avons résolu de commencer le Dictionnaire aussi ; mais sur ce que c'est un ouvrage de tout le Corps, les membres ne s'y portolent que lâchement, pour ce qu'ils n'en attendoient ni bon-
neur ni récompense particulière, et les trois quarts regardoient ce travail comme une courvée [sic) . Ainsi il est demeuré suspendu jusqu'à une meilleure saison; et, afin que vous voyiez que je n'étois pas des lâches, et que j'eusse volontiers donné ce bien à mon pays, je vous envoie le plan que j'avois dressé, de l'ordre de Son Eminence et par le choix de la Compagnie, pour compléter ce Dictionnaire en la forme la plus parfaite et la plus utile qu'il se pouvoit, et je m'assure que vous jugerez, avec le cabinet de MM. Du Puy, que si nous avions suivi cette méthode, notre vocabulaire auroit quelque avantage par-dessus les Grecs, Latins et Italiens. Tous n'en donnerez, s'il vous plaît, point de copies, et nous manderez ce que vous y trouvez de manque ou de mauvais, car c'est un polyglotte comme vous à qui l'on doit demander avis sur ces matières. »
Chapelain a Godeau, a Gbasse.
14 janvier 1639.
» Vous pourriez vous moins étonner que l'Académie fût muette en un si beau champ de parler comme celui de la naissance de monseigneur le Dauphin, s'il vous plaisoit de penser qu'elle n'est pas des mieux à la C jur, et que Leurs Majestés ont l'esprit au-dessus de la poésie, de telle sorte que je crois avoir été un des plus heureux hommes du monde, que mes quatorze vers eu aient reçu un favorable accueil, quand madame la Princesse s'avisa de les leur faire voir. Pour l'exercice de la troupe, il n'y a guère d'apparence de l'aller divulguer à un profane comme vous, qui tournez ses mystères en railleries, comme si vous n'étiez pas encore enrôlé sur son tableau. Vous n'en saurez donc autre chose, sinon qu'elle s'assemble chez l'abbé de Chàtillou, naguère de
Bois-Robert, que l'abbé de Bourzeys y préside, que l'abbé de Cerisy n'y vient plus parce qu'on n'y harangue plus, et que l'abbé de Cbambon n'y vient que pour travailler ses Bretons à l'ombre de son Committimus. »
Chapelain a Balzac.
[15] janvier 1659.
« J'ai à vous dire du Suburbicaire *, qu'avec toutes les louanges qu'il a données à l'Académie dans son Traité de ^Éloquence, il n'a pu éviter qu'on l'accusât de l'avoir voulu blâmer, et il est malaisé que quand l'ennemi du Car ^ sera revenu de sa campagne, où il est encore pour reculer les soldats de son parc aux chevaux, nous ne soyons sommés et interpellés de nous joindre tous contre lui, et de repousser à frais commun linsulte faite à notre confrère. »
Chapelain a Balzac.
50 janvier 1659.
« Je crois vous devoir dire une nouvelle qui ne vous déplaise pas, aimant le bon M. Vaugelas comme vous faites. Depuis huit jours en çà , j'ai entrepris de lui faire rétablir sa pension, et l'ai obtenu par l'intermédiaire de M. l'abbé de Bois-Robert, lequel, sur les propositions que je lui ai alléguées, a si bien gouverné son maître, que la chose s'est ache-
* La Mothe-Le-Vayer, qui demeurait dans un faubourg de Paris, le faubourg Saint-Jacques. — Voyez la Lettre de Balzac du 6 février 1639.
- M. de Gomberville.
vce nu grand contentement de ses amis. Pour engager Son Ëminence à cette générosité, nous lui avons fait promettre que M. de Vaugelas composeroit le Dictionnaire, à quoi il va travailler. Hier et aujourd'hui il a vu Son Éminence, qui l'a caressé et accueilli de telle sorte, qu'il ne tient pas dans sa peau. »
Chapelain a Balzac.
6 février 1639.
« .rempécherai bien que le sieur Tubero * ne soit guerroyé par l'Académie sur la question du Cor, et j'ai préparé tout plein de bonnes raisons pour i'aire avorter le sénatusconsulte de la déclaration de guerre qui se minutoit contre lui, et pour faire rengainer aux Feneux (?) leurs habits et leurs verges, mais je ne suis pas assez puissant pour le remettre bien avec le sieur de Gomber\ille, elle parer de sa férocité. »
Chapelain a Balzac.
12 février 1639.
• Je ferai voir après demain en pleine assemblée à M. Borbonlus, l'endroit de \otre lettre où vous le collandez. Cela fera pour lui d'êlre célébré par vous à la vue de tant de gens qu'il estime, et à vous il ne vous nuira point que tout ce monde voie ([ue votre réconciliation continue, et que vous avez eu assez de vertu pour faire une amnistie du passé.
•' A propos de l'Académie, vous saurez que le sieur Tîibero, nonobstant son livre que l'on a \oulu qui ait été fait
' La Mothe-Le-Vayer, qui avait écrit un livre sous ce nom, — Voyez, p. 575, la Lettre à Balzac du [15] janvier 1659.
contre elle, a été fait membre de son corps, qu'il a été proposé à Son Émiuence, laquelle l'ayant approuvé, il ne reste plus qu'a le recevoir au serment, et à lui donner des Lettres. Même cooptation a été faite du sieur Esprit, et en même temps; de sorte qu'au lieu que vous n'aviez en eux que des amis, vous y aurez désormais des confrères. Car, Monsieur, afin que vous le sachiez, quoique vous soyez autant absent de l'esprit que du coips de cette noble Compagnie, nous vous tenons toujours pour présent, et \ous y conservons vos droits comme si vous y rendiez un actuel service. »
Cha.pela.in a m. de Chives, official d'Angouleme.
16 février 1639.
« Ces jours passés, il a fallu coucher de tout le crédit d'une des puissances pour donner entrée dans l'Académie à un homme qui se nomme Esprit et qui n'en manque pas...
« Vous voulez bien aussi que je vous dise que vous jugez trop avantageusement de mon crédit, de penser qu'il suffit de me donner celte commission ' pour espérer qu'elle réussisse. A peine suis-je connu de vue de M. le chancelier...
« Et quant à ce que vous m'alléguez de l'heureux office que j'ai rendu à M. de Vaugelas, pour le rétablissement de sa pension, pardonnez moi s; je vous dis que les choses ne sont pas pareilles. La pension de M. de Vaugelas est une pension, c'est-à-dire riei!, quand il plaît à M. de BulKon, et il lui plaît presque toujours. C'est une pension à titre très-onéreux, et pour une chose longue et pénible à faire... J'ai eu pour fon-
• Il s'agissait d'ol;tenir du chancelier Séguier des lettres de conseiller d'État pour Balzac,
dément de mon entreprise la passion que Son Éminence avoit
que l'Académie fût utile, et que ce Dictionnaire fût fait. »
Chapelain a Balzac.
23 février 1639.
« J'ai lu à M. Bourbon, devant le sieur de La Chambre et le conseiller d'État Priézac, hier, jour de la réception, l'endroit de \otre lettre où vous louez les vers latins que je vous ai envoyés. Il fut estimé et célébré comme excellent, et le Père qui ne le veut point être ' s'en tint infiniment votre obligé. Le sieur Colletet reçut là même le compliment que vous lui adressiez; mais ce fut dans un coin, hors de la portée des oreilles de tout le monde, pour éviter les conséquences. »
Chapelain a Balzac.
11 mars 1639.
« Je suis tout à fait de votre avis touchant nos deux pénultièmes académiciens (La Mothe-Le-Vaj'er et Esprit), et je vous avoue que le dernier me semble encore bien moins supportable que l'autre. Il y a en tous les deux à réformer sans doute ; mais celui dont je vous parle a les principes viciés, et nous le pouvons mettre entre les incurables. Cependant il plaît à ceux à qui rien ne devroit plaire qui ne fût bon, et il en reçoit des bienfaits qui seroient bien mieux employés à M. Silhon ou au seigneur Tubero même. »
^ Voyez page 186 : — Nicolas Bourbon... « se retira dans les Pères de l'Oratoire ; mais il ne voulut être obligé à pas une des fonctions, ni même souftrir qu'on l'appelât Pt^re. »
Chapelain a Balzac.
26 mars 1639.
« Le besoin de louer et panégyriquer l'Académie ne me revient pas, surtout s'il ' le veut faire en françois, où je doute qu'il soit un fort grand personnage. Pour me le faire avaler plus doucement, il me dit qu'il vous avoit principalement regardé dans ce projet, et qu'après vous il n'avoit considéré personne que moi. Si bien que, si Dieu ne nous aide, nous allons être collaudés comme il faut. Mais si cela est inévitable, il faut prendre patience et tendre le cou. »
Chapelain a M. Bouchabd, a Rome.
26 juin 1639.
« Pour nouvelles je vous dirai qu'enfin à ma sollicitation, et, je puis dire, par mon industrie, l'Académie françoise est engagée à faire le Dictionnaire sur le plan que je vous ai envoyé, et que j'ai fait rétablir la pension de M. de Vaugelas, perdue et rayée depuis dix ans, pour y travailler et défricher les matières afin que la Compagnie se résolve. Nous sommes déjà bien avant dans l'A, et, sans cette guerre qui confond tout, nous l'aurions bien avancé en peu de temps, et mis en état de faire honneur et profit à la France. »
' Nous n'avons pu découvrir de qui il s'agit.
Chapelain a M. de Bois-Robebt.
13 juillet 1639.
« J'ai cru vous devoir écrire, en mon particulier, sur le même sujet que vous écrit la Compagnie, sacliant, par ce que M. de Bonair a fait entendre à quelqu'un de nous, qu'on ne vous clioqueroit point en ne suivant pas Taflirmative, et connoissant, par mes propres expériences, que je vous puis dire toutes choses avec confi lence et liberté.
a Vous saurez donc qu'après la mort da pauvre M. Camusat, la veuve s'ét:uit résolue à continuer la librairie, et ayant même su que quelques-uns de la profession briguoient pour être reçus libraires de l'Académie en la place de son mari, sitôt que sa douleur lui permit de sortir, fut voir tous ces Messieurs chez eux, et les supplia de considérer qu'ils ne pouvoient avec justice écouter personne à son préjudice et à celui de ses enfants; que la loi lui permettant de continuer l'exercice de son mari et de jouir de tous ses privilèges, il n'y auroit point d'apparence qu'on lui voulût ôter celui qu'elle ehérissoit le plus, et sur quoi elle fondoit principalement la subsistance de sa petite famille; que, sans reproche, son mari a\oit ser\i la Compagnie et travaillé pour elle avec beaucoup de dépenses, sans en avoir jusqu'ici tiré aucun avantage; que son bien étoit en espérance et qu'elle pouNoit dire qu'il lui étoit acquis à elle et aux siens, par les respects et ser\ices quil lui avoit rendus en général et en particulier; que, se trouvant en état de continuer les mêmes services avec la même capacité et assiduité par l'assistance d'un cousin du défunt, nourri de sa main et stylé dans l'imprimerie et la correction des livres, hoanne d'ailleurs qui a des
Lettres et qui veut bien quitter l'étude de la médecine pour embrasser cette profession , elle ne sauroit croire que l'on voulût transporter à un autre un emploi si légitimement acquis, et si aisé à conserver en sa maison; qu'elle estimoit sa condition et celle de ses pupilles si considérable en cette affaire, qu'il lui sembloit que son bon droit parloit de luimême et ruinoit toutes les prétentions de ses envieux ; qu'en un mot, ils'a^issoitde sa ruine, qui seroit une cruelle récompense de la passion que son mari avoit eu pour l'honneur et le service de la Compagnie, et partant, qu'elle nous conjuroit de ne nous rien laisser persuader à son désavantage par ceux qui la vouloient supplanter avec tant d'inhumanité, et qu'elle auroit l'honneur de vous l'écrire et prier de la protéger dans sa justice auprès de Monseigneur, de qui elle espéroit toutes sortes de grâces. Voilà en substance les choses qu'elle nous a dites à tous séparément, et que j'ai su depuis qui avoient touché de compassion tout le monde, sans qu'il y en eût un seul qui balançât à lui garder son inclination et à désirer que la chose lui demeurât, comme lui étant de droit acquis.
« Mais comme la Compagnie ne se donne la permission de rien déterminer, non pas même des moindres choses qui la regardent, sans un ordre particulier de Son Émiuence, qui est l'unique règle de ses volontés, nous lui fîmes notre réponse con;litionnelle, ne lui promettant rien que sous le bon plaisir de Son Éminence, la volonté de laquelle nous apprendrions de \ous.
« Maiiitenant, Monsieur, r.ous apprenons de vous que son inclination est que M. Cramoisy ' tienne la place du défunt, et à cela il n'y auroit rien à répliquer si c'étoit une inclination confirmée. Mais, comme sa bonté nous laisse la liberté de lui expliquer nos sentiments là-dessus, et que nous pensons
* Imprimeur du Wn'i. rlirecteur de l'Imprimerie royale, etc.
voir la justice évidente du côté de la veuve sur les choses qu'elle a représentées, j'ai vu la Compagnie se disposer à faire à Son Émioence ses remontrances, avec très-profonde humilité et entière résignation à ce qu'il lui plaira d'en ordonner, ce qu'il lui semble qu'elle peut faire avec d'autant moins de crainte de déplaire à Son Éminence que nous avons tous cru qu'elle avoit montré cette inclination pour n'avoir pas été informée que le défunt laissât une veuve qui fût en état et en volonté de suivre sa profession, et que d'ailleurs M. Cramoisy a déclaré à M. de Bonair que si la veuve y pensoitet coutinuoit dans la profession, il ne prétendoit en cela aucune chose à son préjudice. En quoi il a témoigné qu'il étoit homme d'honneur, et qu'il ne vouloit pas faire à une pauvre veuve, chargée d"enfants, ce qu'il seroit marri que l'on fît à sa femme et à sa famille s'il lui manquoit, quoiqu'elle soit des plus accommodées. Je laisse à votre générosité d'agir dans l'intérêt de cette femme et de la Compagnie, selon que vous le jugerez à propos. Cependant je vous prierai de ne me point nommer en particulier, et de me croire toujours, Monsieur, Votre.... »
« A vous parler avec ma franchise ordinaire, M. Cramoisy a fait une action inhumaine de faire importuner Son Éminence pour obtenir cette place au préjudice de la veuve Gamusat et de ses pauvres enfants, et, ayant ce dessein indigue d'un homme d'honneur, et que pas un de sa profession ne voudroit avoir eu, il s'est bien donné le garde de s'adresser à vous pour cela, jugeant bien que vous auriez été pour la justice, et que vous auriez dit à Son Émiuence des choses ensuite de quoi il est indubitable que le protecteur des affligés, et particulièrement des veuves et des orphelins, auroit prononcé en faveur de celle-ci, et auroit commandé à l'Académie en cette occasion d'être bonne et généreuse à son imi-
tation. Je ne dis rien pour vous exhorter à travailler avec votre adresse ordinaire pour remettre les choses en leur premier état. Je vous connois dansl'àme, et, comme je suis assuré que vous avez pris vous-même le parti honnête, c'està-dire celui de l'honneur de Son Éminence et de la Compagnie en cette rencontre, je suis assuré que de vous-même vous agirez comme la raison et la prudence l'exigent de vous. Ce dont je vous supplie est que vous ne témoigniez point d'avoir reçu de lettre de moi là-dessus et de ne faire voir que celle de l'Académie à Son Éminence. Il importe que cela se passe ainsi pour moi , et après vous en avoir supplié comme je fais, je ne doute point que vous ne me fassiez cette grâce. Je suis tout à vous sans réserve. »
Chapelain a M. de Bois-Robert, a Saim-Quentin.
20 Juillet 1659.
« Monsieur, — Il était impossible que l'équité de Son Eminence et l'amour que vous avez pour les choses honnêtes laissassent dépouiller la famille du pauvre Camusat d'un bien qu'il avoit si bien acquis, sitôt que vous auriez été averti de la disposition où est la veuve de continuer ses services à l'Académie. Aussi ne vous en écrivis-je pas la semaine passée comme d'une chose que je craignisse, mais seulement pour accompagner d'un billet confident les sentiments de la Compagnie , par lequel vous puissiez reconnoître que les très-humbles remontrances qu'elle faisoit à Son Éminence sur ce sujet partoient du cœur et n'étoient pas simplement pour satisfaire aux apparences. Je me réjouis, Monsieur, de voir que nos pronostics aient été véritables, et vous félicite d'avoir été l'instrument volontaire du raccommodement de cette affaire, qu'il n'est point fâcheux qui
t'ùt été ruinée pour faire après p!us éclater la Justice de Monseigueur, votre humanité et charité, et la fermeté de la Compagnie dans les mouvements de raison et de vertu. Je ferai savoir à cette pauvre veuve l'extrême ohliuatiou qu'elle vous a, et je sais qu'elle la ressentira en peisonne bien née et qui connoit le bien qu'on lui fait. Je vous pourrois répondre aussi de la satisfaction qu'en aura la Compagnie, si M. Conrart ne le devoit pas faire en son no'u, lorsqu'il lui aura communiqué votre lettre. — Je dis en son nom. prenant lu plus grande partie pour le tout, car il y a apparence que ce ne sera pas au nom du faux-frère qui avoit fait agir M. Citoys en cette rencontre, pour linterèt de son ami, contre l'intérêt et l'honneur de la Compagnie.
« Au reste, vous pourriez toujours assurer Son Eminence de la continuation des travaux de M. de Vaugclas, qui fournit aux trois bureaux qui se tiennent toutes les semaines avec assiduité pour l'avancement du Dictionnaire ; et je vous proteste qu'il ne s'y peut rien ajouter , et que si l'ouvrage réussit un peu long, ce n'est pas par la négligence des ouvriers, mais par la nature de la matière qui, comme vous le savez par expérience, est épineuse et de grande discussion pour la bien traiter. En un mot , on n'y perd pas un moment, et Son Eminence le peut croire d'un homme comme moi, qui en ai été le promoteur, qui y donne le plus cher de mon temps, et qui en passionne l'accomplissement comme y ayant un plus particulier intérêt d'honneur que personne. »
Chapelain a M. Bouchard, a Rome.
23 août 1659.
« J'ai vu avec satisfaction votre opinion sur la méthode
PIÈCES .HSTIFICATIVES. 3S:{
que vous voudriez que l'on sui\ît pour la compilation du Vocabulaire.-Sur quoi je vous e.xpliquerois la mienne, si nous n'avions point eu un ordre supérieur pour travailler suivant le plan que je vous ai envoyé; après quoi nous n'avons garde de croire qu'il \ en puisse avoir de meilleur.
« Quant à la comédie satirique qui fut faite, il y a deux ans, contre l'Académie, il n'y a point eu d'homme assez hardi pour l'avouer, soit qu'il craignit le ressentiment des particuliers, qui pourtant n'en ont eu aucun, l'ayant méprisée comme une badinerie insipide, soit qu'il appréhendât le châtiment de l'ordre de son Fondateur et Protecteur, à qui ce petit attentat, pour sa propre considération, ne devait point piaire. Quelques-uns l'ont voulu donner à notre ami Saint-Amant, et la pucelle de Gournay l'a assuré à cent pour cent ; mais ni elle ni eux ne l'ont persuadé à personne, et il s'en défend. comme d'un crime ou d'un sacrilège. »
Chapelain a mademoiselle de Goubkay.
18 septembre 1639.
« Vous êtes bonne de m'envoyer ainsi la paix ; je la reçois de votre main, mais seulement pour les affaires générales; car pour nos différends particuliers, vous savez bien qu'ils ne sauroient finir, et que vous êtes l'irréconciliable ennemie de l'écorcheuse Académie. Je suis marri que vous ayez fait juger [jendant ce soir par ce tribunal que vous ne connoissez pas. Outre que vous y avez été condamnée, vous leur donnez encore droit de vous y citer quand bon leur semblera, ayaut fait cet acte de reconnoissance. »
Chapelain a M. Bouchard.
lo décembre 1639.
« J'ai lu et infiniment estimé les vers du seigneur Pollini et les vôtres, et je puis dire sans flatterie que ce sont deux chefs-d'œuvre en leur genre chacun. C'a été le jugement de tous nos lettrés d'importance à qui je les ai fait voir avec tout le soin que je dois prendre pour votre réputation, et ces lettrés ne sont pas moins que les Bourbon, les Sirmond, les Petaut, les Grotius et la fleur de l'Académie françoise, qui en ont fait un cas extraordinaire, au grand honneur de leurs auteurs. Un de ces Messieurs s'arrêta sur le mot de reflorescit^ qu'il estima n'être pas du bon siècle, et sur la mesure des senaires qu'il dit n'être pas tout à fait bien observée. »
Chapelain a M. le marquis de Montauzier, en Alsace.
30 avril 16i0.
« Il faut... vous dire que la Suffisance de votre aversion (Voiture) a été mortifiée ces jours passés, et le sera encore à l'avenir par un ordre précis qui est venu de Ruel à tous ceux qui font part (partie) de l'Académie , d'avoir à opter dans trois jours, ou d'y donner ses soins et ses assistances régulières lorsqu'ils seront à Paris et qu'ils ne seront point malades, ou de faire place à beaucoup de personnes de considération qui demandent à y entrer. Et cet ordre sérieux, et témoigné par madame la duchesse d'Aiguillon, qui y étoit présente, a eu un tel effet, que notre homme s'est résolu de contraindre son libertinage, et de venir plutôt à l'Assem-
blée en enrageant que de la négliger comme il l'avoit fait, de peur d'attirer sur eux l'indignation de celui qui peut toutes choses. La nouvelle s'en est répandue partout où il est connu, et amis et ennemis s'en sont réjouis presque également, et lui en ont fait des huées qui le persécutent. L'Académie même ne s'en est pas abstenue, et s'est réjouie en sa présence et à ses dépens de l'avoir vu venir par force au lieu où il faisoit profession de ne point venir de son bon gré. »
Chapelain a M. Voiture.
13 mai 1640.
« Mon homme vous porte un livre dont M. de La Mothe m'a chargé pour vous. C'est un présent qu'il vous fait en qualité d'Académicien. Par là vous voyez qu'encore que vous ne puissiez rien apprendre à l'Académie, vous ne laissez pas d'y pouvoir profiter, et de la sorte que je vois qu'on vous y estime , si vous y rendiez un peu plus de sujétion , nonseulement on vous y donneroit tous les jours des livres, mais je crois que l'on en feroit en votre honneur. »
Chapelain a M. Bouchabd, a Rome.
23 mai 1640.
« L'Académie travaille toujours au Dictionnaire, et avance comme dans les compagnies, c'est-à-dire lentement. Entre plusieurs ouvrages des Académiciens , depuis deux jours il s'en est publié un de grand applaudissement, qui est les Annales de Tacite en françois ; j'entends les cinq premiers livres de la traduction de M. d'Ablancourt. »
Chapelain a M. Conrart, a Bourbon.
12 juin 1640.
«... Quand je vous aurois plus tôt su au lieu où vous êtes, je ne crois pas que je me fusse pu résoudre à vous donner de nos nouvelles qu'à présent; car quelle nouvelle vous devois-je plus tôt mander que celle de la réception de notre ami dans l'Académie? Et comment vous le pouvois-je plus tôt mander qu'à cette heure, puisque ce n'est que cette après-dînée qu'il a fait son entrée et qu'il s'est honoré de ce grade en l'honorant'? Je ne vous oserois dire combien il a satisfait tout le monde, soit par sa mine, soit par sa modestie, soit par son éloquence, de peur de vous donner trop de regret de n'y avoir pas été présent. Et certes, vous avez bien manqué à vous-même aussi bien qu'à eux en cette rencontre, et je ne sais lequel des deux est le pins à plaindre en cela, ou lui de vous, ou vous de lui. Mais il ne vous le faut point reprocher.... Si vous revenez bientôt, vous aurez bientôt la joie que vous avez manquée, car nous avons eu charité pour vous, et avons obligé notre orateur à mettre par écrit sa harangue, afin de la mettre à votre retour dans vos archives. »
Chapelain a Balzac.