‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 64 sur 89 · SCÈNE PREMIÈRE (a · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE (a

SERISAY', PRÉSIDENT, BOIS-ROBEHT, SFLHON.

SEKTSA.Y, président.

Bois-Robert, voyez-vous un de nos malcontents, Qui s'en va droit à vous.

BOIS-ROBERT

Pour se plaindre du temps.

1 Le texte porte Serisy. C'est Serisay qu'il faut lire, et nnu Serisy, qui seaihlerait être le nom de l'abbé de Cerisy.

[a] Dans l'eiiitioii de 1753, celle scène, qui est la 2- liii 2'" aote, ilébute ainsi : Serisay à Chapelain.

Vous attendiez ici cette heure fortunée Où la réforme enfin doit être terminée.

CHAPELAIS.

Depuis plus de huit aus nous attendons ce jour

Où doit être réglé tout langage de Cour.

Mais que les ignorants vont nous dire d'injures !

SEniSAY.

\ous saurons mépriser les sots et vain'; murmure ..

BOIS-ROBEHT.

XoHS allons bientôt voir un de nos mécontents. Résolu de se plaindre et de nous etjlu temps.

CHAPELAIX.

C'est Silhon irrite contre l'Académie F.l prêt à la traiter de mortelle ennemie.

SERISAY.

Et de sa haine encor quel est le fondement ?

CHAPELAIX.

Nous réformons un mot propre au raisonnement. 11 laissera sans or tous discours politiques. Et n'écrii-a jamais des affaires publiques. Silhon est violent ; s'il parle contre nous

SERISAY.

Monsieur le Chancelier calmera sou courrnnx.

l'Il'CI'S .irSTIFiCATIVKS.

SILIIOX.

A dire vrai, Messieurs, c'est une chose étrange; On a beau mériter honneur, gloire, louange, Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois, Taire service à Dieu , travailler pour les Rois, Prescrire le devoir et du peuple et du prince. Instruire un potentat, régler une province ; Il faut avoir l'affront de voir ces esprits doux Gagner chez nos auteurs plus de crédit que nous. Qu'ils fassent quatre vers, ou trois lignes de prose Sans jamais se piquer de savoir autre chose ; Qu'ils blâment sans respect les ouvrages d'autrui, Ils seront estimés les sages d'aujourd'hui.

p. SEBISAY.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit cette injustice.

BOIS-KOBERT.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a vu du caprice.

SILHOX.

Les siècles, mon ami, sont assez différents ; L'onbhimoit autrefois les hommes ignorants; I/ignorance à présent donne toute l'estime, Et ne pas ignorer, c'est conuuettre un grand crime.

BOIS-ROBERT

Heureux les ignorants d'avoir tant de bonheur !

SILHON.

Vous n'avez pas manqué d'acquérir cet honneur

BOIS-ROBERT

Faut-il lia Chancelier pour calmer sa colère ? Gotleau m'a répondu d'entreprendre l'afTairc. Il doit attaquer or que Silhon aime tant. Aussi l)i(Mi que parfois, pour ce que, et d'aulnnt-

sii.iioN entre.

A ilirp \rai . Mcssioiiis

BOIS-ROBERT

Sachez, docteur Silhou, que les premiers de France Out acquis leur crédit d'une telle ignorance,

SILHON.

Si vous leur ressemblez, je ne puis dénier Qu"i! vaut mieux autre part être tout le dernier.

BOlS-BOBERTo

Vous êtes, sur ma foi, le premier qui me blâme..

SILHON.

Vous ne fûtes jamais loué que d'une femme.

BOIS-BOBERT.

Mes ouvrages sont lus dedans les cabinets.

SILHON.

En effet, vous avez des compliments bien nets.

BOIS-BOBEDT.

J'en fais de beaux essais.

SILHON.

Certe, il devroit se taire, Mais il n'est rien si beau que ce qu'il voudroit faire.

SEBISAY.

Messieurs, apaisez-vous.

BOIS-ROBERT

J'ai fait de grands travaux, Où j'ai bien réussi.

SILHON.

Comme aux A?nis rivaux, Pobjxène aujourd'hui ne doit plus rien prétendre : Le plus digne roman est sans doute Anaxandre.

BOlS-ROBERT.

Vous ne connoissez pas des charmes, des beautés Qu'on remarque aux sujets que ma plume a traités?

SILHON .

Non.

SERISW.

Accordez-vous pas qu'il fait bien une lettre. SILno^^ Il paroît au Recueil où l'on le daiirne mettre ; Si quelqu'un voit en haut le nom de Bois-Robert : A d'autres, dira-t-il, passons ; le temps se perd.

SEEISA.Y.

Eh! pour lamour de moi finissez vos querelles! {o) Messieurs, apaisez-vous ; au lieu d'être fidèles. Et de vous maintenir dans une douce paix, Vous voilà désunis, et peut-être à jamais; Quittez, au nom de Dieu, cette mutinerie.

BOIS-EOBEKT,

Du moins ce n'est pas moi qui fait la brouillerie; Mais encore, Silhon, de quoi vous plaignez- vous? Un mot qu'on veut changer vous met-il en courroux?

SILaON.

C'est un mot, il est vrai, mais de grande importance.

SERISA.Y.

L'on s'en pourroit passer plutôt que de finance.

SILHON.

11 est pourtant utile et le sera toujours. On trouve bien sa place en de graves discours. C'est un mot à mon gré d'une grande énergie. Qui vaut autant qu'ergo dans la théologie.

{a\ La querelle ne se prolonge pas, dans rédilion de 1753. Scrisay intervient ici.

SERISAY.

Fil 1 pour l'amour de moj , 6nissez la <iuerelle.

Soyons, soyons unis d'une amitié fidèle.

F.ncor, monsieur Silhon , de quoi vous plaignez-vous ?

BOlS-ROBERT.

lii mot qu'on veut changer lui donne ce courroux.

SILHOX.

n'est lin mot , il est vrai

428 1 ' I r: C ES .1 r S T I F I C A T i V E S.

BOIS-ROCF.RT.

Mais il est sans douceur et n'a point d'ornement.

SILHO\.

Mais il le faut avoir dans le raisonnement,

BOIS-ROBERT

Quittons ces vains discours et parlons d'autre chose ; S'il doit être changé, je n'en suis pas la cause.

SERISAY.

Voyez venir à vous la sibylle Gournay.

Quel supplice, mon Dieu, m'avez-vous ordonné ! Mais laissons-la venir. Par ma foi, vieille biche, Vous n'échapperez point sans qu'on vous fasse niche,

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