‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 65 sur 89 · SCENE 11. M'" DE GOURNAY, SERISAY, SILHON, BOIS-RORERT · texte numérisé non relu

SCENE 11. M'" DE GOURNAY, SERISAY, SILHON, BOIS-RORERT

m"' DE GOURNAY.

Je VOUS ai bien cherché, monsieur le Président.

StUISAV.

Baissez-vous, Bois-Robert, et ramassez sa dent.

BOIS-EOLERT.

C'est une grosse dent qui vous était tombée, l'^t qu'assez finement on vous eut dérobée (a).

SILHO.X.

-Alontaigne en perdit une âgé de soixante ans.

m''^ DE GOLRNAY.

J'ai cela de commun avec les braves gens (6) ;

[a] Et qu'un autre que moi vous auroit dérobée.

(è) J'aime à lui ressembler, même à perdre les dents. Mais apprenez de lui que par toute la Grèce r.'étoit comme un devoir d'honorer la vieillesse, VA le t'ifil l'iije en vous sera peu respecté.

PIECES JLSTlt'lCATlVES. ■42'?

Mais vous avez grand tort, impudente jeunesse, De vous railler ainsi d'une docte vieillesse. ]l n'en faut point menlii-, en pure vérité, Vous êtes bien trigaux en la virilité; Cet âge le plus propre à l'humain exercice, Où l'on remarque en vous un badin aitilice. Un stérile labeur à reforiiicr les mots.

BOlS-ROBERT.

Nymphe des premiers ans, sommes-nous pas bien sots?

.m"' Dt GOUIIXA.V.

Vous le dites, c'est vou« qui vous faites l'injure.

SILHOX.

Vous avez le parler de la sainte Écrilure.

SEUISAV.

Elle est de l'an de grâce.

m'"^ de gouuxay.

Et plus vieille, dit-on.

SERISAY.

Du moins vous avez \u mourir le bon larron.

m"'' de GOUfiXAV.

Oui , je Tai vu mourir, et je ne fais qu'attendre

si vous eu usez mal dans la \irililé.

Moutaii,'iic s'employoit à corriger le vice. El Lieu coiinoîfre l'homme étoit sou exercice. U n'auroit pas cuidé pouvoir tiré grand los Du stérile labeur de réformer des mots.

BOlâ-ROBEllT.

^ ous fûtes euuemie eu tout temps du laugagc.

m"^ de gour>ay.

Le sens, h mou avis, vous eût rendu plus sage. Avec tous mes vieux mots, encore ma raison Parmi les gens sensés se trouve de saison.

BOIS-BOBEKT.

Je l'avoue aisément, et votre expérience,

Xvmplie des premiers ans, vaut mieux que la science.

m''= de GOIUNAÏ.

• In meprisoil un lourbe.... etc.

430 PlÈCtS JUSTlKiCAilYES.

Le trépas d'un mauvais que l'on doit bientôt pendre .

Je serois satisfaite en le voyant pendu.

SERISAV.

Pendre ainsi les larrons est un peu trop ardu\

m"" de gournay.

Quand on disoit ardu on rendoit la justice.

SERISAY.

On observoit aussi les lois de la milice;

Mais ne les gardant point, il ne faut point de los '^.

m"^ de gournay.

Monsieur, tout alloit bien du temps de ces vieux mots; Si l'on parloit plus mal, on vivoit plus à l'aise...

BOIS-BOBERT.

Assis auprès du feu dans une bonne chaise.

M"e DE GOURNAY.

Le vice, eu ce temps-là, fut dn tout abattu, L'on mettoit en crédit les hommes de vertu.

BOIS-ROBERT

Ce que vous alléguez nous paroît une fable.

SERISAY.

Que l'esprit des humains est vague et contournablel Ce qu'on voit aujourd'hui ne sera pas demain ; Mais quoi, c'est un malheur à tout le genre humain. Hélas! que la raison est chose ambulatoire.

SILHON.

Ou le remarque assez aux suites de l'histoire.

m"'' de GOURNAY.

On méprisoit un fourbe au temps que je vous dis;

* Mot alors abandonné, mais employé ici à dessein pour irriter M"^ de Gournay. Dans toute cette scène, l'auteur affecte l'emploi de mois hors d'usage.

^ Louanges, éloges, laudes.

Un flatteur, Bois-Robert, eût été gueux jadis (a). Et Montaigne et Charron avoient l'âme trop forte Pour saisir eu renard le recoin d'une porte {b). Avcuper, jour et nuit , leurs plus grands ennemis ; Démentir leur courage et trahir leurs amis(c).

BOIS-BOBERT,

Ce sont là des discours que le démon vous dicte. Comment, vieille Gournay, vous aimez la vindicle? Qui \ovi?, idàXdélracter, encor? où pensez - vous (f/)? Sur ma foi, vous avez Aq furibonds courroux.

M^'^ DE GOUBNAY.

Poursuivez , savanteaux^ à réformer la langue.

SERISAV.

Allez-vous-en ailleurs faire votre harangue.

m"" de gournay.

Otez moult, ainsi soit, bien que mal à propos, Mais laissez pour le moins blandice, angoisse et los {e).

BOTS-BOBERT.

Écoutez les discours de cette vieille folle.

(a) Bois-Robert le plaisaut eût été gueux jadis.

(6) Pour demeurer toujours au recoin d'uue porte.

(r) Et des grands de la Cour être valets soumis.

[cl] Qui vous fait détmcler? qui vous met en courroux '.

m"*^ de gourmaï.

Montaigne haïssoit les menteurs et les fous. [e] La fin de la scène est changée. Serisay répond :

Tout ainsi que l'esprit est vague et contournable,

De même le discours doit être variable.

Les termes ont le sort qu'on voit au genre humain.

Uu mot vit aujourd'hui qui périra demain.

L'usage parmi nous est fort amhulutoire. m"" de gocrnay.

Vous raillez sottement la vérité notoire;

Il mourra lotit ainsi que je vois méprisé ;

Mais devant lui mourront les vers de Serisav .

432 IMÈCliS JLSTinCATlVES.

SÉKISAV.

Qui croiroit qu'elle eût eu uu bou maître d'école, Dure nécessité dune extrême rigueur!

L'esprit avec le corps perd sou^ent la vigueur.

SILHON.

Chacun a sa folie, et tel pense être sage. Qui blâme dans autrui les traits de son visage.

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