‹ Histoire de l'Académie française (volume 3)Chapitre 71 sur 89 · DE LA TROUPE ACADEMIQUE · texte numérisé non relu

DE LA TROUPE ACADEMIQUE

Messieurs, asseyez-vous sans tarder davantage ; Réformons, s'il se peut, notre mauvais langage^ Qu'on tâche d'opposer quelque chose de beau. Levez-vous, s'il vous plait, docte et sage Godeau ?

(iODEAU.

Vous êtes obligeant ; mais cette déférence Seroit due à quelque autre avec plus d'apparence.

DESMAHETâ.

Ils sont au cabaret ! Messieui's, quelle impucleuce ! Vous voyez parmi vous uu chancelier de Krauce Qui vient de son logis, en ce mcchaut quartier. Sachant bien le respect que l'on doit au métier ; Et ces vieux débauchés, au mépris de la gloire, Lorsque nous travaillons fout leur plaisir de boire !

GOUEAl.

Je \uis entrer l-'aret suivi de Sainl-Aiiiaiit.

CUAPELAIX.

VA si je ne me trompe, ils ont bu largement. a) Ici l'editiou ilj Des Jlaizeaux introduit une scène où paraissent Saint- A niant cl ("arct ; tous deuv ivres, ils traitent fort légèrement et le Chancelier et l'Acadcluic. Le (.li,uicclier. indigne, les fait sortir. — Le conuncuceuieut de la scène qui suit présente quelques variantes sans importance.

M. LE CHANCELIER

Je sais bien ce qu'on doit à votre dignité.

GODEAU

Je reçois cet honneur sans l'avoir mérité ;

Je le dois. Monseigneur, à votre courtoisie;

Mais, s'il faut déclarer ici raa fantaisie,

Je vous dirai, Messieurs, qu'il est très-important,

Ainsi qu'il m'a semblé d'ôter or et d'autant.

Qu'en dites-vous. Messieurs? Là je ne fais qu'attendre

Que quelque émulateur s'apprête à les détendre.

SERISAY.

Silhon s'oppose enfin.

M. LE CHANCELIER

Parlez distinctement.

SERISAY.

Commencez donc, Godeau.

GODEAL.

Voici mon sentiment :

Je dis qu'or et d'autant sont sans délicatesse; En ces mots je reprends la trop grande rudesse.

SILHON.

Inepte sentiment, absurde vision) Je maintiens que ces mots fout la conclusion : L'un d'eux fait l'épilogue, ou bien la conséquence; L'autre sert à prouver dans le champ d'éloquence.

GODEAU

Le premier sent l'école et tient trop du pédant; Le second est trop vieux.

LA TROUPE

îSous en disons autant.

SILHON («).

Vous frappez tous des mains, et j'ai beaucoup à dire.

GODE AU

Poursuivez à présent.

SILHON.

Que l'on vous baille à rire.

CHAPELAIN

Il est bien échauffé, qu'on lui tâte le pouls.

M. LE CHANCELIEH.

C'est assez disputer; Messieurs, asseyez-vous. Que quelque autre succède à l'évèque de Grasse. Parlez, vous, Chapelain, sans user de préface.

CHAPELAIN (b).

Messieurs, je vais parler, puisqu'on me l'a permis, Sur un point où je crois vous avoir pour amis. Je dis que la coutume, assez souvent trop forte, Fait dire improprement que Von ferme la porte : L'usage tous les jours autorise ces mots. Qui nous feroient passer ailleurs pour de grands sots. Craignez-vous votre argent, rubis, perles, musc, ambre, Vous poussez votre porte %\ fermez votre chambre.

(a) SILHOX.

Qiùils soient bannis des \ers et conservés en prose.

DESMARETS

Aujourd'hui prose et vers sont une uième chose.

CHAPELAI>".

Il est bien échauffé etc.

[b) CUAPELAIK.

Il conste, il nous appert sont termes de barreau, Que leur antiquité doit porter au tombeau.

SILBO\.

J'estime en Chapelain la bonté de nature Qui veut donner aux mots même la sépulture.

CHAPELAIN

Horace les fait naître et puis les fait mourir : Sans quekiue métaphore on ne peut discourir.

44« l'IECES JUSTIFICATIVES.

SERISAV.

Kn matière d'État, vous savez que nos rois Tiennent toujours qr.elque air de ces anciennes lois; De même, dans les mois, c'est n'être pas bien sage D'abolir tout d'un coup ce qu'approuve l'usage.

L\ TKOLPE.

Digne laisonnement, noble comparaison, Chapelain n'a pas tort et vous a\ez raison (a).

BOIS-KOBEBT.

Messieurs, je veux ôter un vrai mot de coquette Du commun, à ravir.

SILHON,

Les mots peuvent niuurir ; mais jamais métaphore >"'a\oit dresse tombeau pour de tels morts encoi'e.

LA thovpe.

Il consle, il nous appert doivent être abolis. Mais on ue les voit pas encore ensevelis.

GOMbACD.

Je dis que la coutume, assez souvent trop forte. Fait dire improprement que l'on ferme la porte. L'usajçe tous les jours autorise des mots Dont on se sert pourtant assez mal à propos. Pour avoir moins de froid à la lin de decemlue. On sipoutser sa porte et Ton ferme sa chamlin-.

SEBISAY .

Eu matière d'État, vous savez — a Gombaud n'a pas de tort et vous avez raison.

BOlS-ROBERT.

Messieurs, je veux ôter uu terme de coquette; C'est le mot d'n rarir.

l'estoile. ,

n est bon en tleurette.

Cent et cent faux galants en leur fade entretien De ce mot d'à ravir se servent assez bien. Et principalement dans les amours de ville, A rarir se rendi'a chaque jour plus utile.

LA TROCPE.

Nous u" avons parmi nous <pie des auteia^s de Cour, El. parlant, enuiniisdetc dernier amour.

PIECES Jl STJIICATIVES. 449

LA TROUPE

Cette affaire vaut faite.

Les (lames île (|iiarfier auront leur colefie A qui nous laisserons le droit de bourgeoisie.

GOMBERVILLE

One ferons-nous. Messieurs, de car et de pourquoi ?

DESMARETS

Que deviendroit sans car l'autorité «lu Roi ?

GOMBERVILLE

Le Roi sera toujours ce que le Roi doit être. Et ce n'est pas un mot qui le rend notre maître.

GOMBACD.

Beau titre que le car au suprême pou\oir. Pour prescrire aux sujets la règle et le devoir !

DESMARETS

Je vous connois, Gombaud, vous êtes hérétique Et partisan secret de toute république.

GOITBACO.

Je suis fort bon sujet et le serai toujours. Prêt à mourir pour car après un tel discours.

DESMARETS

De car viennent les lois; sans car.point d'ordonnance. Et ce ne seroit plus que désordre et licence.

GOMBACO.

Je demande pardon si trop mal à propos

J'ai parlé contre un mot qui maintient le repos.

GOMBERVILLE à Desmarcts.

L'effort de notre esprit en chose imaginaire Vous rendra. Desmarets, un grand visionnaire. Le Poète, le Vaillant, le Riche, l'Amoureux Feront de leur auteur un aussi grand fou qu'eux.

DESMARETS

l'n faiseur de romans, père de Polexandre,

A corriger les fous n'a pas droit de prétendre.

M. LE CHANCELIER

Ni vous autres. Messieurs, droit de vous quereller. Laissez le car en paix ; il n'en faut plus parler.

GOMBERVILLE

Et le pourquoi. Messieurs ?

LA TB3UPB.

Sans cesse il questionne.

Qu'il soit moins importun, ou bien on l'abandonne.

l'estoile.

Souffrez aussi, Messieurs, que je mette en avant Qu'on retranche j«rf/s avec auparavant (a).

M. LE CHANCELIER

Ce qu'il a proposé me semble raisonnable.

LA TROUPE

Si vous le trouvez bon, nous l'avons agréable.

BAUDOUIN

Je condamne à mon tour l'importun effectif. Et veux mettre agissant en la place d'actif.

LA TROUPE

Hé bien 1 nous défendons qu'aucun de nous les mette, Renvoyant effectif au faiseur de gazette.

M. LE CHANCELIER (b).

Que dis-tu, Colletet?

COLLETET

J'en condamne un peu moins; Je me contenterai de blâmer néanmoins.

HABERT

Condamner néanmoins l d'où vous vient cette audace?

[à] Je ue saurois souffrir le vieux auparavant, Qui se trouve cent fois à la place d'avant.

BAUDOUIN

Pour mes traductious, c'est un mot nécessaire. Et si l'on s'en sort mal, je n'y saurois que faire.

l'estoile.

Peut-être voulez-vous garder encor jadis.

BAUDOUIN

Sans lui, comment rimer si bien k paradis?

l'estoile.

Paradis est un mot ignoré du Parnasse, Et les deux dans nos vers auront meilleure grâce.

(é) SERISAT,

Que dira Colletet ?

COLLETET

Le plus grand de mes soins Est d'oter nnnobslanl et casser néanmoins-

Ce mot, à votre avis, n'a-t-il point bonne grâce? Il remplit bien la phrase, il coule doucement; Il met dans le discours un certain ornement, Et, s'il n'est trouvé bon d'un homme de cervelle, On le condamnera.

COLLETE! .

Faisons langue nouvelle.

Puisque l'Académie en a bien le pouvoir ; Tandis que nous voici faisons notre devoir. Néanmoins a mille ans ; la troupe académique Laissera-t-elle un mot de la langue gothique ?

HABEBT.

S'il étoit plus nouveau, je le tiendrois suspect ; Plus il est ancien, plus on lui doit respect.

COLLETET

Laissez donc ainsi soit, piéça, les blandices, Dont la vieille Gournay fait toutes ses délices.

HABERT

On les a retranchés, non pas pour être vieux, Mais pour ce qu'aisément on pourra dire mieux.

COLLETET

Vraiment, gentil Habert, un homme de votre âge

BABERT.

Condamner néanmoins! d'où vient cette pensée? CoUetet, avez-vous la cervelle blessée?

Néanmoins ! qui remplit et coule doucement, Qui met dans le discours un certain ornement.... Pour casser nonobstant, c'est un méchant office Que nous nous rendrions dans les cours de justice.

DESMARETS

Puisque car est sauvé, laissons le reste eu paix. Et faisons une loi qui demeure à jamais : Il Les auteurs, assemblés pour régler le langage, « Ont enfin décidé dans leur aréopage : n Voici les mots soufTerts, voici les mots cassés — » .Monsieur de .Serisay, c'est à vous, prononcez.

-im PIECES jrSTIFICATlVES.

Ne devroit point aimer cet antique langage. Il nous demeure encore le mot de tontesfois. Je crois que nos messieurs me donneront leurs voix.

M. LE CHANCELIEB.

C'est assez discouru sur une telle affaire; Gombaud, il faut parler; c'est à vous à vous taire.

GOMBAUD

J'approuve la censure, et n'ai rien vu blâmer Qu'on ne dût, sur ma foi, justement réformer.

M. LE CHAÎNCELIEK.

Vous, monsieur de Bréval.

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