‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 24 sur 95 · DU CHASTELET · texte numérisé non relu

DU CHASTELET

DU CHASTELBT.

Paul Qaf^, s^eur du Oiastelet, étoit de Vandenne maisoo de Hay,en Bretagne, qui se vante d'être sortie il y a si:ic ceots ^ns de celle des comtes de Carlile, Tune des plus illustres d'Ecosse* Il fut au commencement avoc^Jt gèf^èrsl au Parlement de Rennes, et enfin conseiller d'^t x)rdinaire. Il eut aussi des emplois fort bonornbles, pomme la commission d'établir le Parlement à Pou. et» en r,année 1633, l'intendance de la ^tice dans l'armée royale, où le feu roi Louis XIII, le comte de Soissons, et le cardinal de JUcbelieu, étoient en personne. Il fut nommé pour être un des commissaires au procès du maréclial de Mariltac * ^ mais ce Ma-

* Le Maréctial avait été arrêté en Piémont au mois de novembre 1650. .Peux Commissions furent successivement nommées pour le juger; du Ghastelet .fit partie de la seconde, établie le il mars 1652. Appelé devant ses juges, le Maréchal; avapt de prépsr serment, prit la parole, et dit :

c Quant à Ghastelet, j*ai horreur. Messieurs, de le voir parmi une si honorable Compagnie sur ces fleurs de lys, et gu'il ait pouvoir sur ma vie et sur nion honneur, quand bien je n'auxois 4 lui reprocher que cette infâme prose dont il est Tautaur^ où s'éjLgjnt mosnaé de Dieu iet de PÉi^lise^ ayant injurié les cendres d'un personnage d*éminente qualité et ^inteté de vi^, 4e qvj Ui mémûire est 4Bn réternité, offensé les vivants , les princas ejt (autres per- ^nne& de r^re mérite^ il ne faut pas s^étonoer s'il a calomnié

réchal le récusa comme son ennemi capital, et qui avoit fait une satire latine en prose rimée, tant contre lui que contre le garde des sceaux, son frère. On lui reproche là-dessus qu'il nia devant le Roi, et avec serment, d*ètre Fauteur de cette pièce \ que depuis pourtant, la même récusation ayant été proposée une autre fois, il avoua ce qu'il avoit nié : de quoi le Roi en colère le fit arrêter. Quant à lui, dans les Observations qu'il a faites sur le procès du maréchal de Marillac, il proteste seulement qu'il n'a jamais fait aucun serment devant le Roi, sans entrer plus avant dans cette matière. Mais j'ai su de bonne part de quelle sorte il en parloit avec ses plus familiers amis, et j'en ai eu des mémoires très-particuliers, qui se réduisent en un mot à ceci que, désirant de se tirer du nombre des juges, il avoit fait suggérer lui-même cette requête de récusation au Maréchal, et que son artifice ayant été découvert par des personnes

impudemment Monsieur de Marillac, mon frère, et m*a rangé au nombre des pendards : suspendaiur anie iurbas, paroles de sa rage et de sa passion ; et toutesfois, après s*en être vanté publiquement es présence de personnes illustres et ravoir confessé mesmes à quelques-uns de vous, Messieurs, dont jMnterpelle et prends les consciences à témoins, il a été si perfide et si désespéré de le nier par un lasche parjure devant la sacrée personne de Sa Majesté ; mais pourtant, si dans cette oppression, il faut qu'il soit mon juge, j^espère que Dieu fera miracle en sa personne, et que, contre les sentiments que j'en dois avoir par les témoignages qu'il a rendus, il changera son mauvais dessein et convertira sa fureur en modération. »

{Journal de M. le cardinal de Richelieu..., à Troyes, sur Timprimé à Paris, 4652, 2 vol. în-18, — pp. 10, H.

— A la p. 108 du même vol., on donne la Prose de du Chastelet.

OU GHASTELET. 169

puissantes, qui lui étoient ennemies, excita le courroux du Roi. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après la dernière requête de récusation, qui fut présentée contre lui à Ruel, où se faisoit la procédure , il fut mandé par le Roi, qui étoit à Saint-Germain, et ensuite retenu et conduit le même jour à Yillepreux, et que durant sa prison, pour se réconcilier avec la Cour, il fit les Observations, dont je vous ai déjà parlé, qui servirent à l'en faire sortir. Depuis il ramassa plusieurs pièces de divers auteurs pour la défense du Roi et de ses ministres, les fit imprimer avec ce titre, Recueil de pièces servant à rHisioirey et mit au-devant cette longue préface qui est comme une apologie du cardinal de Richelieu. Il étoit homme de bonne mine, d'un esprit ardent et fort résolu, qui parloit et écrivoit fort bien, et qui aimoit avec une passion démesurée les exercices de l'Académie. Aussi dit-on qu'ils ne lui furent pas inutiles, et qu'on remarqua une très-grande différence entre les ouvrages qu'il avoit faits auparavant, et ceux qu'il fit depuis l'établissement de ce Corps. Ce fut lui qui y lut le • premier discours de ces vingt dont je vous ai parlé ailleurs. Je dis qui y lut; car encore qu'ayant passé par les charges, et particulièrement par celle d'avocat général, il fût tout accoutumé à parler en public, il avoua que jamais assemblée ne lui avoit paru plus redoutable que celle-là, et se servit de la permission que le règlement donnoit à tous les Académiciens de lire leurs harangues, s'ils vouloient, au lieu de les prononcer. J'ai appris quelques mots qu'on lui attribue, qui me semblent dignes d'être rapportés.

il% DES ACADËMI€lËli« EN PARTICULIER.

Lorsqu'on fit te procès à If. de Bouttevilkt, fl ât ni} facium ' foiir lui, qui fut troavé égalemeiit ^oqaeat et hardi. M. ie Cardind lui nyanC reproché que €fé/UÂt pour coodamiier la justice du Roi : « Pftrdonnez^iioi , lui dit-il, c'est pour justifier sa miséricorde, s'il 9 la bonté d*en user envers un des plus vaillaQts hommes de son royaume. »

Un jour, comme il aesistoit M. de Saint^reuil , qui solticitoit la grâce du duc de Montmorency, et qu'il témoignoit beaucoup de chaleur pour cela, le Roi hà dit : « Je pense que M. du Gmistelet YOiidroit avoir perdu un bras pour sauver M. de Montmorency. >» Il répondit : « Je voudrois, Sire, les avoir p^dus tous deux, car ils sont inutiles à votre service, et en Avoir sauvé «m qui vous fit gagné des batailles et qui vous en gagneroit encore. »

Au eortir de sa prison , le Cardind lui faisant quelque excuse sur sa détention i r Je fais, lui répondit-il , grande différence entre le mal que votre Éminence fait et celui qu'elle permet, et n^en serai pas moins attaché à son service. y>

Et un peu après ayant été mené à la messe du Roi, qui ne le regardoit point, et affectoit même, ee sembloit, de tourner la tète d'un autre c6té, comme par quelque espèce de honte, de voir un homme à qui il veaeît de faire ce traitement, îl s^approclia de M. de Saint-6imon, et lui dit : a le vous prie, Monsieur, de

i po^. fH^^lrs frmçou de Monfmormci/, (mUe de JLu;t el 4e Boutteville, et messire François 4e Bosmadec^ comte des Ct^pei" l^s, Ç'çs^ un écrit dç 8 pages ÎD-folio. (0.) — t§27,

DU CMASTfiLËT. I7t

dire au Roi que je lui pardonne de bon cœur, et qu'il me fasse Fhonneur de me regarder. » M. de Saint-Simon le dit au Roi, qui en rit, et le caressa ensuite.

Il mourut âgé de quarwte-trois ans cinq mois, le 6 avril 1636, d'une fièvre quarte, et comme j'ai ouï dire à quelques-uns^ par la faute des médecins, et pour avoir été trop saigné. 11 a laissé des ouvrages de vers * et de prose. Ce que j'ai vu pour les vers, est VAvis aux absents ^^ eontre «eux qui étoient alors àBruxettes avec la Reine-Mère, Marie de Médicis , et Monsieur, frère unique du Roi. Une satire assez longue, Contre la vie de la Caur^ qui commence : Sous un calme trompeur^ et qa^on a faussement attribuée à Théophile*. Une autre attire «ruelle et sanglante contre un magistrat, sous le nom de *•*. Ses ouvrages de prose sont : la Prose rimèe • en latin, contre les Marillacs ; les Observations sur le proeh du maréchal de Maritîac; la Prérface du Recueil de pièces servant à l* Histoire, Son style surtout en cette préface est magnifique et pompeux, peut-être jusques à Texcès. 11 avoit commencé un autre écrit pour répondre à f abbé de Saint-Germain, comme }e vous ai dit ailleurs * -, mats il mourut là-dessus, et son travail a*a point été vu.

^ €â(U$pij^isdUaiéê: Avis eÊUSsàsmts ââ li$ Céwr, ui d'en- 9itm 1^ vers, 0.)

* G'ept effeçtivep^t sous !# pom de ThéQ|;>.bilQ qu*eUe 8e trouve dans les Recueils de Sercy, t. I, p. 89. (o.)

• ' Oq la trouve sous ce titre : Prose impie contre les deux frères Marillaes, dans le Journal du cardiinal de ^ki^elie^, ^g.)

♦ Vo/. çl-ilessttS; p. 48t

Page 1