VIU
François llayaird, ToMtawiig^ étoît de 6h1 bow» famille. Son aieid, Jeiii Maynaid, natif de SaîoIrCért',
bien que né en un siècle où les Lettres ne commençoient qu'à renaître an France, sous le ràgne de ("rançois P^ fut eaUmé par aoa «avoir^ et fit des eoauneiitams mr les PsauiMs, i|u*oh ¥oil encore «laJourd'iMii.
ee line ae fai pas fmb\êé à caaae de la eatijfmcum da teaiyi, • c*est*à-diiie parae ^ne it aiaisea de Loiraiae éUit «i d«viAea»
^ Le StfCfviM ées Mimses «st «a racveil de fMèces ea i'hmuMar da oardiMl de âieMieu. il lai ««Mié pAr fioteroln^n»
' Le UiileMi m*eùat^i dcjà pl«s d« tenpsde SaitvâL — Le soa* aeC se trouve à ta ptae 35 d« /ot^ilM «Em Mmes,mwee ee tfUne,q«l ecMitredit PeUtanea : < Soaaet en leitros d'or, et effert avee wi Ut- Ueam à H* Ou de Parie par «a Jeaae aBî^fteu* ^ s'éloit ve«é è eUe daoa ma péril Maaitale aa siège d*A|n t c*eit te eieiir ï^arU ^ i'a (ait. 9
* Oaas Mf AûitiMes H «nfvfiérff fiiffif oa< ^a droi^ ^cr^/, d«r^'éées tt jm^^s par anéét mémmwèiei 4e ia Cour éawfereme da Pmlemjemt 4e TomiûHêe, Géiaad da Majrttard pai^, à la page i^U (édift. lesa, ia-f°), deaoa père, i BMitire ieaa Mayaaid^ ^i élaîi i««e aidiaaire de 6aial-Céré. »
MàYNARD. I1K(
De celui-4à sortit Géraud Maynard ' , Conseiller au Parlement de Toulouse, grand homme de Palais. On le loue d'être toujours demeuré ferme dans le service du Roi, en un temj^ où les guerres civiles avoient partagé presse toutes les cours souveraines du royaume. Il fut de ceux qui se retirèrent à Castel-Sarrasy, lorsque la Compagnie fut entièrement opprimée par le pouvoir du duc de Joyeuse. Enfin, pour s'éloigner encore davantage des troubles, il quitta sa charge, et retourna demeurer à Saint-Céré. Il recueillit dans sa solitude ce gros volume d* Arrêts, où presque toute la jurisprudence de notre province est contenue. Ce livre, que feu mon père prit depuis la peine d'abréger pour son usage particulier, avec le succès que vous savez, fut très-bien reçu du public, du vivant même de Fauteur, et traduit, comme j'apprends, en plusieurs langues.
Géraud eut Jean, son alné^, qui fut aussi Conseiller au Parlement de Toulouse, mais qui n'exerça pas longtemps cette charge, étant mort assez jeune, et François Maynard, dont nous parlons, qui, par son esprit et par ses vers, s'est rendu plus célèbre que pas un de ses ancêtres. Il fut président au présidial d'Âurillac, et fut aussi honoré, avant sa mort, du brevet de conseiller d'État. En sa jeunesse il vînt à la Cour, et fut secrétaire de la reine Marguerite, aimé de Desportes , et ca-
^ Gérauld de Maynard (ainsi est signé son livre) passa ses degrés ea droità Touloose, « es aoBéesi533^ 1554, i555, i556 et 1557, sous M. fernand. » {Ottvr, e^. p. i85). 11 fut reçu conseiller au Pirlement de Toulouse en décembre 1575 {ibid>, p. 202).
* Il faut entendre : c son fils atné. » Géraud de Maynard parle de ce fils deux ou trois fois dans le cours de son grand ouvrage.
marade de Régnier. Il fit alors un long poème en stances, qu'il intitula Philandre\ de la manière de celui de M. d'Urfé^ et des Changements de la Bergère Iris de Deslingendes. En Tannée 1634 il alla à Rome ' où il fut auprès de M. de Noailles, ambassadeur pour le Roi ^. Là il fut particulièrement connu et aimé du cardinal Bentivoglio, le plus bel esprit et le meilleur écrivain que ritalie ait porté en notre siècle ^. Il le fut aussi du pape Urbain YIII qui prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec lui des belles choses ^, et qui lui donna de sa propre main un exemplaire de ses Poésies latines. Il ne fut pas moins connu ni estimé en France des plus grands, mais sa fortune n'en devint pas meilleure; les
^ La première édition est de i6i9, 1 vol. in- 16. Le P/Ulandre, de François Maynard (imprimé à Tournon, par Glande Michel), est un poëme en cinq chants, en stances de six vers; les vers sont de huit syllabes.
' Le poème d*Honoré d'Urfé, auquel fait allusion Pellisson, c*est la Sylvanire ou la Marte-Vive,
* On trouve , sur le séjour de Maynard à Rome , de fort jolies lettres adressées par lui^à M. de Flotte (p. i58et suiv.du Recueil),
^ La place de secrétaire avait été offerte à Chapelain qui Pavait refusée avec beaucoup de digaité, à cause des conditions humiliantes que lui voulait imposer M. Se NaftUles. Maynard n*eut, auprès de Tambassadeur, aucun titre officiel, ni aucune fonction.
* Le cardinal Bentivoglio était amt aussi de Chapelain ; Maynard, dans ses Lettres, p. 274, parle des longues conversations où le Cardinal et lui s*entretenoient de Chapelain.
^ «c Le bon Urbain, » comme rappelle Maynard, lui commanda même une ode, que Ton trouve dans ses œuvres, et sur laquelle il consulta plus d'une fois M. de Flotte, « son cher mattre; » il en parle fréquemment dans ses Lettres. — Voy. Lettres du président Maynard, p. iSl.
plaintes continuelles et peut*ètre excessives qu*il en fait dans ses écrits, ne le témoignent que trop. Il fut nommé d'abord, comme vous avez déjà vu, pour élrc de TAcadémie '• Mais le cardinal de Richelieu ne lui fit jamais de bien', et ce fut en partie, comme j'ai oui dire à quelqu'un, parce qu'il aimoit qu'on ne lui demandât rien, et qu'on lui laissât la gloire de donner de son propre mouvement^. Tant y a qu'il rebuta cette belle épigramme de lui, qui commence :
Armand^ Tâge affoiblit mes yeui,
^ Maynard ne ftit pas de TAcadémie dès la fondation ; il en parle souvent dans ses Lettres, et dans une entre autres adressée à M. de Flotte, on lit : « Dieu veuille que tous lisiez les vers que je vous envoie avec autant de plaisir que je lis yotre prose! Sur mon âme, elle me ravît, et je vois bien que sur la fin de vos jours vous serez déclaré auteur et canonisé par Messieurs de TÂcadémie. Si fai quelque jour rhormeur d'y entrer^ je leur en ferai la proposition (p. 798). » — Mais, avant d*en faire partie, il l'attaqua plus d*une fois, et surtout dans une épigramme dont il disait à M. de Flotte : f Je seray bien aise que vous supprimiez Fépigramme de TAcadémie, si vous croyez qu*il y ait quelque chose qui puisse être désagréable aux puissances supérieures (p. Jii). » — On lit dans cette épigramme, qui est «Ql mmel irrégulier :
Je cntij^éie dawa peu, Puisque It «buval qui fit naître L'eau d*oèliliNn tirent leur feu iTy trouire pas de quoi se repaître.
* n est facile de trouver d'autres causes de Tindifi'érence ou de l'aversion de Richelieu pour le président Maynard. Fcrra^ws (c'est ainsi que Maynard désigne le Cardinal dans ses Lettres) n'aimait pas les amis de ses ennemis ; or, Maynard resta toujours fidèle au maréchal de Bassompierre et au comte de Cramail dans le temps même oii ils étaient prisonniers à la Bastille. Outre les lettres qu'il
et même, à ce que Ton dit, fort brusquement, contre sa coutume. Car ayant oui la fin qui dit :
Mais s'il demande en quel emploi Tu m'as tenu dedans le monde^ Et quel bien j*ai reçu de toi^ Que yeui-tu que je hii réponde ?
Il répondit en colère : rien. Cela fut cause des vers que Maynard fit contre lui après sa mort. Il fit encore un
eur adresse, on le yoit soiifent parte d'eux à set correspondants et surtout à M. de Flotte II dit quelque part à celui-ci : « Ob ! que irous êtes heureux, mon cher maître, d'avoir la Uberté d'entrer à la Bastille et d'j jouir de la conirersatiou de nos deux illustres malheureux (p. 259)! d Et ailleurs : c Le récit que tous me faites de nos illustres malheureux me ravît et m'attriste en même temps... Puisque tous avez la liberté de les entretenir quelquefois, je vous conjure de les assurer que je les honore dans la Bastille comme je les honorais dans le Louvre , et que » quelque peu de bien qui me reste, j'en donnerais franchement la belle moitié pour leur liberté » (p. 408).
Un. autre motif de l'éloignement de Richelieu paraît dans, le passage suivant d'une lettre à M. de Flotte : « J'appréhendais que ce comte eût réussi à me ruiner dans l'esprit de Femigtis (Riche- Ueu), et qu'il eût, par conséquent, détruit tout ce que vous aviez négocié pour me donner sujet de retourner à la cour... Quand vous aurez bien étudié la personne dont il est question, vous jugerez qu'une probité franche et lil^ comme la mienne n'est pas une viande que son estomac puisse digérer. H publie que j'ai écrit un grand nombre de lettres à la cour contre luy ; je vous jure que ma plume l'a toujours honoré, et que vous et Je baron de Fontes êtes les seuls que mes lettres ont entretenu de cet embarras, et vous sçavez avec quelle modération je m'y suis gouverné. J'ose vous dire qu'il craint que son frère (le cardinal de Lyon» que Maynard avoât «ervi à Reoie) ne me rappelle f^uprès de lui» (p. 323, W^)...
MAYNARD. m
voyage à la Cour soqs lei régence de la reine Anne d'Autriche, et c*est là que je Tai vu et connu. Mais n'y ayant pas mieux trouvé son compte, il se retira chez lui, où il mourut à l'âge de soixante-quatre ans, le 28 décembre 1646. Il avoit fait mettre quelque temps auparavant, sur son cabinet, cette inscription qui témoignoit le dégoût qu'il avoit de la Cour et de son siècle :
Las d^espérer et de me plaindre Des Muses^ des grands et du sort^ C'est ki que j'attends la mort^ Sans la désirer ni la craindre.
I( a ki«ié entre autres enfanta an flfai nommé Charte», dont il est souvent parlé dans fksB vers, et de qu) j'ai reçu quelques mémoires sur sa vie, écrits fort nettement et en beaux termes. H en avoit perdu un autre qui étoit son atné*, et qui donnott de grandes espérances. Quant à lui, il étoit homme de bonne mine, tel i peu près que vous le voyez dans la taille-dauce qui est au-devant ée aas Poésiea. M» de Batsac a dit de lui sur ce sujet r
^ |)aqs une lettre k M. LanneniV, miédecin de son ^» ou voit quelle inquiétude lui causait sa maladie {LeUfts^ |>. 102); parlant easuiteâi M. de Flotte c|e la mort de œt ^lii»| ; ^ Klontieuf «loa ck&t maître, il y a de Vapparenee qae vout aure» appris moa mal* heiMT i i) est si graud qu'après cette p^rt^ la tartane a# me sçau^ roit pis faire, 3aBs riea donner k la passion qiMi Tavoia pau? mcm fiUa la raisou me force de voua dir^^ que «*évoit le aammeufAmeai d'an homme qui e^t ^alu lneaucoap'» (p«. 190), fyfim <m le voit 8*occuper avec une pieuse affection des vers que cette mort a tlH* pires à ses amis, à GoUetet, etc., (p. 362).
Sa taille, n'étoit pas des plus grandes, et il devint assez replet sur la fin de ses jours. Il étoit d'une humeur agréable en conversation, aimant extraordinaîrement la réjouissance et la bonne chère ', mais pourtant homme d'honneur et bon ami.
Outre ce poème en françois dont je vous ai parlé, et quelques poésies latines, qui ne sont pas imprimées, il y a deux volumes de lui, Tun de vers, qu'il publia en son dernier voyage de la Cour, l'autre de lettres, que son plus intime ami^ a fait imprimer après sa mort, et
1 On en voit à chaque instant la preuve dans les lettres qu*il écrit à IL de Flotte, non moins illustre débauché que bon juge en matière de poésie. II a pu dire cependant , et non sans raison, dans un vers fameux ,
Ha muse est une p mais ma Tie est une sainte.
et ce passage d*nne lettre à M. de Flotte (p. 129) i>orte assez à le croire : c Les sages m'ont défendu le jeu, les médecins la bouteille, et mon inclination les courtisanes. »
' M. de Flotte, ami aussi de Scarron et de Saint-Amant, qui parlent souvent de lui dans leurs vers. Maynard ne rappelle jamais que f son cher maître; » M. de Flotte était pour lui un confident fidèle et un critique sévère qui lui faisait sur ses vers, sans jamais le flatter, les observations les plus justes. Maynard, dans une de ses Lettres , lui dit : c Faites de toute ma poésie ce que vous voudrez ; taillez, coupez, je vous jure que vous disposez de vostre bien. » Et ailleurs : «Vous m'avez écrit qu'il y a quelque chose dans Tépigramme du Savetier qui la gâte; De toutes lés pièces que j*ay faites, c'est celle dont j'ay jusques Icy eu meilleure opinion ; prenez, s'il vous platt, la peine de me marquer le défaut qui la diffame... Je vous proteste solennellement que je me soumettray toujours à vostre censure et à celle de nostre vieux amy M. de Porchères (Laugier). » (Ouvr. cit., p. 347 et 336 ; Cf. i75, 476).
qu'il n'avoit pas faites, à mon avis, pour être imprimées. On peut dire néanmoins qu'elles ne lui font point de tort ^ car on y voit partout la netteté de son esprit, et ce style simple et familier que demande ce genre d'écrire. Mais c'est de ses vers qu'il a tiré sa plus grande gloire, comme il le prétendoit bien aussi ; et véritablement il faut avouer qu'ils ont une facilité, une clarté, une élégance et un certain tour que peu de personnes sont capables d'imiter. Deux choses, si je ne me trompe, ont produit principalement ce bel effet. Premièrement, comme il le reconnoit lui-même en la dix-septième de ses Lettres \ il affecte de détacher tous ses vers les uns des autres, d'où vient qu'on en trouve fort souvent cinq ou six de suite, dont chacun a son sens parfait :
Nos beaux soleils vont achever leur tour. Livrons nos cœurs à la merci d'Amour.
Le temps qui fuit^ Gloris^ nous le conseille.
1 PeUisson et d*01ivetont donné ce chiffre; cependant, dès la première édition des Lettres de Maynard (achevée d^imprimer le 26 février 1652), celle à laquelle renvoie PeUisson est la 176* ( p. 521-524). On y lit à la fin : « Pour ce que vous m'écrivez du détachement de mes vers, vous avez le nez trop bon pour ne connottre pas que c'est une façon que j'affecte et contre laquelle il y auroit bien de la peine à me faire révolter : devant toute la terre, je soutiendray que c'est la bonne façon d'écrire, Jusque-là que je ne saurois goûter une correction que vous avez faite, qui est dans une de mes dernières épi'grammes, qui dit ainsi :
iTespère plus que je te baise^ Comme je fis au temps passé...
Je ferois un livre entier là-dessus, et sachez que je ne puis m'em« pécher de rire lorsque je lis des vers qui sont faits d'autre façon. »
Mes cbeyeux gris me font déjà frémir.
Dessous la tombe il faut toujours dormir. EHe est un lit où jamais on ne veille.
En second lieu, il observe partout dans ses expreasions une construction simple, naturelle', où il n'y Mt ni transposition ni contrainte ^ de sorte qu'encore qu'il travaillât avec un soin incroyable, il semble que tous ses mots lui sont tombés fortuitement sous la plume, et que quand il eût voulu, il aur(ût eu peine i les ranger autrement.
Il me souvient sur ce sujet, qu'un Jour que j'alliu le voir, je le trouvai qu'il écoutoit des v^s de son 01s, qui lui en faisoit la lecture. Il vint a un lieu où il y aveât je ne sais quel mot hors de sa place naturelle, qui faisoil quelque espèce d'équivoque, se pouvant rapporter également à ce qui suivoit et à ce qui précédoit. La force du sens pourtant ôtoit la difficulté, et le passage étoit assez clair. Il se le fit lire trois fois, fràgnant de ne le pouvoir entendre, et enfin s'adressant A son fils ; « Ah! mon fils, dît-il, à cette fois-là vous n'êtes pas Maynard-, car ils n'ont pas accoutumé de ranger leurs paroles de cette sorte, m
J'estime à propos de rapporter aussi sur ce sujet,
^ Il dit à M. Freintii , chanoioe de Beims : c Par tout ce que \uus m'écrivez, mon confident (M. de Flotte) et ?oas, il semble que vous demandez que mes vers soient pointus, et, si je pouvois , je voudrois fuir les pointes et m'éleigaer du style des Espagnols el des déclamations. Â mon avis, les poésies aiguës ne sont pas les meilleures, el le bon siècle de la latinité q^oi me sert de règle les a toujours rejetées » (LeitreSf p. 665),
MATNARD. 203
trois passages assez curieux où il est parlé de lui et de son génie pour les vers, dans les mémoires que M. de Racan a écrits de la vie de Malherbe.
« Il avouoit, dit M. de Racan parlant de Malherbe, pour ses écoliers les sieurs de Touvant, Ck)lomby, Maynard et de Racan ] il en jugeoit diversement, et disoit, en termes généraux, que Touvant faisoit fort bien des vers^ sans dire en quoi il excelloit-, que Colomby avoît fort bon esprit, mais qu'il n*avoit pas le génie à la poésie*, que Maynard étoit celui qui faisoit le mieux des vers, mais qu'il n'avoit point de force, et qu'il s'étoit adonné à un genre d'écrire auquel il n'étoit pas propre, voulant dire l'épigramme, et qu'il n'y réussiroit pas, parce qu il n'avoit point assez de pointe. Pour Racan, qu'il avoit de la force, mais qu'il ne travailloit pas assez ses vers-, que le plus souvent^ pour mettre une bonne pensée, il prenoit de trop grandes lieeBees^ ei que de ces deux dernier^ on feroit un grand pacte. »
En un autre endroit : « Il s'obstina (il parle toujours de Malherbe) avec un nommé M. de Laleu à faire des sonnets licencieux ^ doqt les decui quatrains ne fus*
*• V Par ce que i*ai dit (Â-éttfus q«e le •onsel doit être cornpeeé de deux quatreias «nifènoes, c*eit-à-dire de de«x rîmes seolemeet) iFn'y a personne qai ne juge que ceni qni violent ton- Joers cette règle prescrite par les anciens maîtres de l^ri, composent des sonnets que Ton peut justement appeler sonnets inrégiiliers, lieeneieux os libertins. Je mets en ce rang presque tons les ionnets de notre ilhistre eonfirère Académicien^ François Maynard, la plupart desquels sont composés de deoi quatrains, qui semMeet avoir toi^ours ensemble nue guerre étemelle^ puiaqu*ils ne s^aee»rde*t ja^^aia én^ l^ien des rimet, et «{«'lia rîmeBl tanjeurç
sent pas sur mêmes rimes. Colomby n'en voulut jamais faire, et ne les pouvoit approuver, Racan en fit un ou deux, mais ce fut le premier qui s'en ennuya. A la fin aussi, M. de Malherbe s'en dégoûta, et il n'y a eu que Maynard, de tous ses écoliers, qui a continué à en faire jusquesàlamort. »
J'ajouterai à ce passage, qu'il est vrai non-seulement que Maynard fit de ces sonnets licencieux jusques à la mort, mais encore qu'en ses dernières années où je l'ai connu, il les soutenoit partout, et déclamoit contre la tyrannie de ceux qui s'y opposoientv qu'il fe fàcboit même quand, pour défendre son opinion, on alléguoit l'exemple de M. de Malherbe', disant qu'il n'en avoit
diversement et comme en dépit i*an de l'antre. Je m'en suis quelquefois plaint à lui-même; mais pour toute raison il n*en aliénait que deux : la première^ que Malherbe avoit fait la même chose; et la seconde, que la rime étant d'elle-même si difficile, c'étoit une espèce de tjnniiie de la vouloir doubler dans le sonnet, qui lui sembloit phiililireet plus beau sans cette sévère contrainte... A quoi Maynafd pouvoit bien ajouter, qu'il s'en trouve encore plusieurs avec cette même licence parmi les sonnets de Jean- Antoine de Baïf pour sa chère Francine..., finalement que Ronsard lui-même, tout exact qu'il est en ce point, y estoit tombé, peutêtre sans y penser, dans quelques-uns de ses sonnets... Cette sorte de sonnets libertins ont été justement condamnés de tout le Parnasse intelligent et raffiné, comme le remarque agréablement Paul Pellisson dans sa belle Histoire de l'Académie française. » (G. Colletet, Traité du sonnet^ Paris, Sommaville, 1658, in-48,
p. 70 et suivantes.)
< Maynard, dans une lettre à M. Frémin, montre quel cas il faisait de Malherbe, et défend une de ses pièces « par l'autorité du bon Malherbe, dit-il, que j'ay toujours cru plus savant en notre grammaire que tous ceux qui se meslent de la raffiner » (p. 815). — Son respect pour f le bon Malherbe » n'empêchait pas Maynard
MATNARD. 205
pas besoin : qu'avec la raison, et avec sa propre autorité, il se trouvoit assez fort; et qu'enfin personne ne le pouvoit empêcher de faire des épigrammes de quatorze vers *.
Le dernier des trois passages est tel ; « Au commencement que H. de Malherbe vint à la Cour, qui fut en 1605, comme nous avons déjà dit, il n'observoit pas encore de faire une pause au troisième vers des «tances de six, comme il se peut voir en la Prière qu'il fit pour U Roi allant en Limousin ^ où il y a deux ou trois stances où le sens est emporté; et au psaume Domine Dominus noster^ en cette stance, et peut-être en quelques autres dont je ne me souviens point à présent :
Sitôt que le besoin excite ton désir^ etc.
Il demeura toujours en cette négligence pendant la vio de Henri le Grand , comme il se voit encore en la pièce qui commence :
Que n'êtes-Yous lassées^
de le Juger ayec indépendance : c Examinez, dit-il à M. de Flotte> s*il TOUS plaît, tontes les plus raisonnables poésies qui ont été imprimées depuis cinquante ans, et vous trouverez que la servitude de la rime a fait des chevilles partout. Je n*en excepte pas même le bon Malherbe ; il est si rempli de bourre qu*en certains endroits il est insupportable. Pour cela, je ne prétends pas d'authoriser ce que vous condamnez ; au contraire, je pense estre un des premiers qui ay tasché de nettoyer nos vers de cette ordure» (le^^re;, p. 63i).
* C'est en e^et sous le titre d^Épigrammes qu'il adresse à M. de Flotte divers sonnets dont les rimes ne sont pas disposées suivant les règles habituelles. (Voy. ses lettres^ p. 91 et 249).
en la seconde stance, dont le premier vers est :
Que De eeiieyl mes larmes^ ete,
qa'il fil pour Ifadame la Princesse ; et je ne sais s*il n*a point encore continué cette même négligence, jusques en i6it) attK vers qu*il fit pour la pla€« ftoyrie. ïant y a que ki promier qui s'aperçut que cette obtertatiofi étoit néMnaîre pour la perfeolion des staMes de siiL (ut Maynafd'^ et c'est p«ut-^re la raison powquoi M. de Malherbe restimoii rbotntne de France qui savoit le mieux faire des vers. D'abord Racan, qui jouoit un peu du luth et «moit la musique, se rendit, en lnveur des musiciens qui ne pouvoient ftdre leur reprise aui: stances de six, s'il n'y avoit un arrêt au troisième vera» Mais quand MM. de Malherbe et Maynard voulurent qu'aux stances de dix, outre l'arrêt du quatrième vers, on en fit encore un au septième, Rac^n s'y opposa, et ne l'a jamais presque observé. Sa raison étoit que les
^ MéDage, (pA cite aussi ce passage, dans ses Observations sar Malherbe, ajoute : « Je suis toH de i*avi8 de M. de Racan. Ces paui:es régulières au septième vers font une monotonie , et cette monotonie devient à ta loiig«ie très-^lastidlease... le croie némè que, dans tes Hanecs es «fx^ on poarrait ^uelqfiefoift se dlê|Miifler de la règle de Mêynafd » {Lfs Poésies (fo M'ûikerbe ûvéc f«i Pfcig» tmtions 4e Mémagt , ^ édit., Paris, 1689, p. 966). — Dans éoii excellent Ti-aité de versification française (^ édit., in^S*, Paris^ ISdO), M. Louis Qtticherat fait justement remarquer (pi S55) que c Bertaut , Belleau et particulièrement Desportes , avaient su , avant Mayaard , diviser le sixain en deux tercets. Déjà , ajouM M. L. Quicherat , Marot avait bien coupé cette stance dans ses psaumes. Enfin, en remontant plus haut, on verra qu*un heureux instinct de Tharmonie avait indiqué antérieurement ce repos, le rai trouvé dans Alain Gbartier. »
stances de dix ' ne se chantent presque jamais, et que quand elles se chanleroient, on ne les chanteroit pas en trois reprises : c^est pourquoi il suffisoit bien d^en faire une au quHtrièmc. Voilà la plus grande contestation qu*il a eue contre M. de Malherbe et ses écoliers, et pourquoi on a été près de le déclarer hérétique en poésie. T»
Le jugement que Malherbe fait de Maynard dans le premier de ces passages, est assez conforme à celui de beaucoup de personnes intelligentes. Il faut avouer pourtant quHl a merveilleusement réussi en plusieurs de ses épigràmmes, particulièrement en celles qu'il a imitées des anciens, et notre illustre Président de Caminade^, qui lui donnoît tous les ans, pour ses étrennes, un Martial, étoit sans doute de cet avis. Théophile, dont j'avoue néanmoins que Tesprit est beaucoup plus à estimer que le jugement, a dit que son épigramme semblçit avoir de la magie^. Mais enfin, quoi qu'il en soit,
< « Le repos da dizain après le septième wers, que Mayiiafd •▼lit déjà établi en règle ^ avec l'approbation de Malberbe, se trouve déjà dans ce psaume de Marol : ff^veilleis-fHNM , ehtteun MèU^ etc. • (Louis Quicberat, ouvr. cité, p. 968). — Maynard, |imir mieux appuyor sur celle règle , dispose toujours ses dizoins emume un aonneC auquel manquerait un quatrain, disposant ses vers de manière à former un quatrain et deun tercets séparés.
* Président au Parlement de Toulouse.
• Voyez Prière de Théophile aux poètes de ce temps :
Saint-Amant sait polir la rime
A^ec une si douce Lime
Que sou luth n^est pas plus mignard,
Ni Gombaud dans une élégie,
Ni Tépigramme de Maynard
Qui semble avoir de la magie.
(Nouv. édit. — Biblioth. elxév.^ t. II, p. 177.)
personne ne peut douter que Maynard, soit pour ce genre, soit pour les autres, ne mérite d'être compté parmi les premiers poètes françois. Les juges des Jeux Floraux de Toulouse, à qui le même H. de Caminade présidoit alors, le reçurent dans leur Corps \ bien qu'il n'eût pas disputé et gagné les trois fleurs, suivant la coutume. Et comme ils avoient autrefois donné à Ronsard un Apollon ^, et à Ba!f un David d'argent, ils résolurent, avec beaucoup d'éloges, qu'on donneroit i Haynard une Minerve de même matière ; mais à la honte de notre siècle, les Capitouls, qui sont les seuls exécuteurs de ces délibérations, ou par avarice, ou par négligence, n'accomplirent jamais celle-là, comme on peut voir par Tépigramme qui est dans ses œuvres, avec ce titre : Sur une Minerve d'argent^ promise et non donnée.
^ Maynard écrivit alors au président Caminade une lettre qu*on trouve dans le Recueil publié en 1653 par M. de Flotte (p. 39), et où il le remercie d'un t honneur qui n'a esté fait qu*à deux écrivains que le siècle de nos pères a regardé avec admiration. »
> Claude Binet, dans la Fie de Ronsard^ dit que c'était une Minerve : mais deux personnes de qualité de Toulouse, d'entre les juges des Jeux Floraux, m'ont assuré avoir vu dans leurs registres que c'étoit un Apollon, (p.)