‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 31 sur 95 · DE MALLEVILLE · texte numérisé non relu

DE MALLEVILLE

Claude de Malleville étoit Parisien. Son père avoit été officier dans la maison de Retz, et sa mère étoit de bonne famille de Paris. Il étudia fort bien au collège, et avoit l'esprit fort délicat. On le mit pour s'instruire dans les affaires chez un Secrétaire du Roi, nommé Potiers, qui étoit dans les finances-, mais il n'y demeura guère,, par l'inclination qu'il avoit aux belles-lettres. Il fit connoissance avec M. de Porchères-Laugier, qui le donna au maréchal de Bassompierre. Il fut longtemps auprès de ce seigneur en qualité de Secrétaire, mais sans y avoir que fort peu d'emploi; et comme il avoit beaucoup d'ambition, il s'en ennuya, et le pria d'agréer qu'il le quittât pour être au cardinal de BéruUe, qui étoit alors en faveur. Mais n'y ayant pas mieux fait ses affaires, il retourna à son premier maître, auquel il rendit beaucoup de services dans sa prison, et qui, en étant sorti, et ayant été rétabli en sa charge de colonel des Suisses, lui donna la Secrétairerie qui y est attachée '. Cet emploi lui valut beaucoup, et en peu de temps il gagna vingt mille écus. Il en employa une partie à une charge de Secrétaire du Roi, dont il se fit pourvoir : sur quoi il y a dans ses Œuvres quelques vers à

^ Bassompierre fut mis à la Bastille en 1631', et il n'en sortit qu'en 1643.

ÎIO DES ACADÊMICIOS EN PARTICULIER.

M. leCbaDcelier '. Il avoit accompagné M. de Bassompierre en son voyage d'Angleterre^, mais non pas en celui de Suisse. Il mourut ftgé d'un peu plus de cinquante ans. Il étoit de petite taille, fort grêlé ^ ses cheveux étoient noirs, et ses yeux aussi, qu'il avoit assez foibles*. Ce qu'on estimoit le plus en lui, c' étoit son esprit, et le génie qu'il avoit pour les vers. Il y a un volume de ses poésies imprimées après sa mort^, qui ont

* HMndVL neor i9 Ifolteiille» Ptris, Goorbé, 1^49, p. iW! :

li Ifi prtBdi oM fiteft «B 01 rig«nr«a àff«

Où la nécessité ne connoit point de loi,

Oe ii^est iMtt| i^nod Sé^iuicr^ pour pfensic os F csq^tn^

Hi d*» titn écUtant relirer PaTMdiis*....

Ciit pour avoir Vhotmeu de w'approcber de toi Et te rendre un devoir où la char|^e m*engage.

* On trouve dans ses Œuvres un sonnet sur la mort du Maréchal, p. 150, et surtout, p. 222, une courageuse requête en sa fa^ vvar» adressée à RiebeUeu.

* Il dit dans ses Poésieg, p. 40 :

Mes yeui plturent ineessanuBent.

— Page 841 , om trouve an c Soanet burlesque » sitr ioa mal d*yt«z :

C'en est fait, 6 Cloris, je perds mon luminaire ; Un ntiage se fonae en mes yenx languissante*»..

De Tétat où ja suis ja n*ai cpi^un pas à laira Afin de m* enrôler au nombre des trois cents *. Je commets au bâton ma conduite ordinaire.

^ Dei Oainie-Vingts.

^ Glande de Malleville mourut en 1647 Ses Poésies ont paru pour la première fois avec la date de 1649, Paris, Courbé, i vol. ia-4o; nais VacA^v^ d'imprimer est du 15 nov. i64& Cette première édition se fit en vertu d*un privilège de dix ans accordé k MallevUle lui-même, k U date du 6 fév 1690. 0» y Kt : f Louis.,,, etc., Nostre cher et bien-amé le sieur de Mâlleviile,

DE MALLEVILLË. til

toutes de l'esprit, du feu, un beau tour devers, beau* coup de délicatesse et de douceur, et marquent grande fécondité, mais dont il y en a peu, ce me semble, de bien achevées ^ En sa jeunesse ilfit des épltres en prose, à rimitation de celles d'Ovide ; il les désavouoit depuis. Elles ne me sont jamais tombées entre les mains. En Tannée 1641, il fit imprimer chez Courbé un recueil de lettres d'amour, de plusieurs auteurs, sans mettre leur nom. Il y en a beaucoup de lui-, il y en a aussi, à ce qu'on dit, de Desportes, et j'y en ai remarqué quelqu'une de Voiture. Il a fait aussi des vers latins, et j'en ai vu quelques-uns contre Mamurra^. On dit qu'il étoit

l'tm de nos gentilshommes servants^ nons a fait remontrer qa*il a esté adyerty que quelques libraires ayant recouvré plusieurs pièces manuscrites lani en prose qu'en vers^ par luy cora|>osées, ont dessein de les faire imprimer sans son consentement, et, parce que rimpression qui en sera ainsi faite illégilimement et en cachette dépraveroit sans doute lesdites pièces par les fautes que les imprimeurs y laisseroient couler, il s'est résolu à donner luy* mesflie au public tous ses ouvrages, afin que Timpression qui en sera faite par son ordre, et de laquelle il prendra le soin, soit plus correcte...: a ces causes...» — Malleville, comme on Ta vu, ne fit pas usage de son Privilège.

i « Le libraire au lecteur. — Je te donne les poésies de feu M- de Malleville, telles que nous les avons trouvées dans son cabinet. Les dernières années de sa vie ayant été données tout entières à ce cher mattre, dont il a si longtemps pleuré la captivité, il n*a pas eu le loisir de revoir soigneusement ses ouvrages, bi tu y trouves donc des fautes, assure-toi que si la mort ne nous Teût pas ravi si tôt, elles n'y seraient pus demeurées. »

* Ou connaît de Malleville une assez plate épigramme contre Montmaur {Mamurru), mais elle est en français, et on ne voit aucun de ses vers latins dans le Recueil que publia, eu 1715^ M. de Sallengre, de toutes les pièces écrites contre le célèbre parasite.

Tauteur de la traduction deStratonice\ roman italien, mais qu il la donna à d'Audiguier, qui était un de ses meilleurs amis, neveu de cet autre d*Audiguier dont nous avons, entre plusieurs ouvrages, les Amours de Ltsandre et de Caliste,

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