SCÈNE PREMIÈRE (a
SERISAV, PRBSiDBTT, BOIS-ROBERT, SILHON.
SERISAY, président, Bois-Robert, voyez- voas un de nos malcontents, Qui s'en va droit à vous.
BOIS-ROBEBT.
Pour se plaindre du temps.
^ Lo loxlo porlo Sorisy. C'est Serisay qu'il faut lire, et non Serisy, qui somhlerait être lo nom <Ie l'ahbc de Cerisy,
[a) Dans r«mition do 1751, potle sccme, qui est la 2* du S*" .irtc, déhiito aiimi :
Skkisat à Chapelain.
Voiis attendiez ici cette heure fortunée Où la réforme enfin doit être terminée.
Depuis plus de huit ans nous attendons ce jour
Où doit être réglé tout langage de Cour.
Mais c|ue les ignorants vont nous dire d'injures !
SERISAY.
Nous saurons mépriser les sots et vains murmure >.
BOIS-ROBERT
.Vous allons bientôt voir un de nos mécontents, Itésohi de se plaindre et de nous et du temps.
CHAPELAirr.
C'est Silhon irrité contre T Académie
Ft prêt à la traiter de mortelle ennemie. . *
SERISAY.
Et de sa haine encor quel est le fondement ?
CHAPELAIIT.
Nous réformons un mot propre au raisonnement. 11 laissera sans or tous discours politiques. Et n'écrira jamais des affaires publiques. Silhon est violent ; s'il parle contre nous
SERISAY.
Monsieur le Chaucolicr ralnuM'a son courroux.
PIECES JUSTIFICATIVES. tà^j
SILUON.
A dire vrai, Messieurs, c'est une cliose étrange ; On a beau mériter iionneur, gloire, louange, Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois. Faire service à Dieu , travailler pour les Rois, Prescrire le devoir et du peuple et du prince. Instruire un potentat, régler une province ; Il faut avoir l'affront de voir ces esprits doux Gagner chez nos auteurs plus de crédit que nous. Qu'ils fassent quatre vers, ou trois lignes de prose Sans jamais se piquer de savoir autre chose ; Qu'ils blâment sans respect les ouvrages d'autrul, Ils seront estimés les sages d'aujourd'hui.
p. SERISAY.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voit cette injustice.
BOTS-BOBERT.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a vu du caprice.
SILHON.
Les siècles, mon ami, sont assez différents ; L'on blâmoit autrefois les hommes ignorants ; L'ignorance à présent donne toute l'estime, Et ne pas ignorer, c'est commettre un grand crime.
BOIS-ROBEBT.
Heureux les ignorants d'avoir tant de bonheur !
SILHON.
Vous n'avez pas manqué d'acquérir cet honneur
BOIS-ROBBRT.
Faut-il un Chancelier pour calmer sa colère ? Godeau m*a répondu d'entreprendre l'affaire . Il doit attaquer or que Silbon aime tant, Aussi bien que parfois, pour ce que, et d'autant.
s'Liiox entre.
A iWvo M'ai, Mossioiirs
BOIS-BOBEBT.
HSachez, docteur Silhon, que les premiers de France Ont acquis leur crédit d'une telle ignorance.
SILHON.
Si vous leur ressemblez, je ne puis dénier Qu'il vaut mieux autre part être tout le dernier.
BOIS-BOBERT.
Vous êtes, sur ma foi, le premier qui me blâme.
SILHON.
Vous ne fûtes jamais loué que d'une femme.
BOIS-BOBEBT.
Mes ouvrages sont lus dedans les cabinets.
SILHON.
En effet, vous avez des compliments bien nets.
BOIS-BOBEBT.
J'en fais de beaux essais.
SILHON.
Certe, il devroit se taire, Mais il n'est rien si beau que ce qu'il voudroit faire.
SEBISAY.
Messieurs, apaisez-vous.
BOIS-BOBEBT.
J'ai fait de grands travaux, Où j'ai bien réussi.
SILHON.
Comme aux Amis rivaux^ Polyxène aujourd'hui ne doit plus rien prétendre : Le plus digne roman est sans doute Ânaxandre,
BOIS-BOBEBT.
Vous ne connoissez pas des charmes, des beautés Qu'on remarque aux sujets que ma plume a traités?
SILHON .
Non.
SEBISAY.
Accordez-vous pas qu'il fait bien une lettre.
SILHON.
]I paroît au Recueil où Ton le daigne mettre ; Si quelqu'un voit en haut le nom de Bois-Robert : A d'autres, dira-t-il, passons ; le temps se perd.
SEBISAY.
Eh ! pour Tamour de moi finissez vos querelles î (n) Messieurs, apaisez-vous ; au lieu d'être fidèles, Et de vous maintenir dans une douce paix, Vous voilà désunis, et peut-être à jamais; Quittez, au nom de Dieu, cette mutinerie.
BOIS-BOBEBT.
Du moins ce n'est pas mol qui fait la brouillerie ; Mais encore, Silhon, de quoi vous plaignez- vous? Un mot qu'on veut changer vous met-il en courroux?
SILHON.
C'est un mot, il est vrai, mais de grande importance.
SEBISAY.
L'on s'en pourrolt passer plutôt que de finance.
SILHON.
Il est pourtant utile et le sera toujours. On trouve bien sa place en de graves discours. C'est un mot à mon gré d'une grande énergie. Qui vaut autant qvî'ergo dans la théologie.
(a) La querelle ne se prolonge pas, dans l'édition de 1753. Scrisay intervient ici.
SERISIY .
Eh ! pour l'amour de moi , unissez la querelle.
Soyons, soyons unis d'une amitié fidèle.
Encor, monsieur Silhon , de quoi vous plaipnez-vous ?
BOIS-ROBBHT.
Un mot qu'on veut changer lui donne ce courroux.
SILHON.
C'est un mot , il est vrai
i28 PIÈCES JUSTIFICATIVES.
BOIS-BOBRRT.
Mais il est sans douceur et n'a point d'ornement.
SILHON.
Mais il le faut avoir dans le raisonnement.
BOIS-BOBERT.
Quittons ces vains discours et parlons d'autre chose ; S'il doit être changé, je n'en suis pas la cause.
SEBIS4Y.
Voyez venir à vous la sibylle Gournay.
Quel supplice, mon Dieu, m'avez-vous ordonné ! Mais laissons-la venir. Par ma foi, vieille biche, Vous n'échapperez point sans qu'on vous fasse niche.