SER1SAY
Elle est de Tan de grâce.
m"^ de GOURiNAY.
Et plus vieille, dit- on.
SEBISAY.
Du moins vous avez vu mourir le bon larron.
m"« de goubnay.
Oui , je l'ai vu mourir, et je ne fais qu'attendre
Si vous en usez mal dans la virilité.
Montaigne s*employoit à corriger le vice. Et bien connoître Thonime étoit son exercice, 11 n'auroït pas cuidé pouvoir tire grand los Du stérile labeur de reformer des mots.
BOIS-ROBERT
Vous fûtes ennemie eu tout temps du langage.
m"^ de uournay. Le sent, à mou avis, vous eût rendu plus sage. Avec tous mes vieux mots, encore ma raison Parmi les gens sensés se trouve de saison.
BOIS-ROBBRT.
Je Tavoue aisément, et votre expérience,
Nymphe des premiers ans, vaut mieux que la science.
ih''^ de goukxay.
Ou niéprisoit un fourbe.... ctc»
i30 PIÈCKS JUSTIFICATIVES.
Le trépas d'un mauvais que Ton doit bientôt pendre . Je serois satisfaite en le voyant pendu.
SEBISAY.
Pendre ainsi les larrons est un peu trop ardu\
M^'* DE GOUBNAY.
Quand on disoit ardu on rendoit la justice.
SEBISAY.
On observoit aussi les lois de la milice;
Mais ne les gardant point, il ne faut point de los ^.
m"® de gournay.
Monsieur, tout alloit bien du temps de ces vieux mots; Si Ton parloit plus mal , on vivoit plus à Taise.. .
BOIS-BOBEBT.
Assis auprès du feu dans une bonne chaise.
M"e DE GOURNAY.
Le vice, en ce temps-là , fut du tout abattu , L'on mettoit en crédit les hommes de vertu.
BOIS-ROBERT
Ce que vous alléguez nous parolt une fable.
SERISÀY.
Que l'esprit des humains est vague et contournahlel Ce qu'on voit aujourd'hui ne sera pas demain ; Mais quoi, c'est un malheur à tout le genre humain. Hélas ! que la raison est chose ambulatoire.
SILHON.
On le remarque assez aux suites de l'histoire.
m"* de gournay.
On méprisoit un fourbe au temps que je vous dis;
* Mot alors abandonné, mais employé ici à dessein pour irriter M"« de Gournay. Dans toute cette scène, Tauteur affecte remploi (le mots hors d'usage.
* Louanges, éloges, laudes.
Un flatteur, Bois-Robert, eût été gueux jadis (a). Et Montaigne et Charron avoient Tâme trop forte Pour saisir eu renard le recoin d'une porte (6). Aucuper^ jour et nuit , leurs plus grands ennemis ; Démentir leur courage et trahir leurs amis (c).
BOIS-BOBBBT.
Ce sont là des discours que le démon vous dicte. Comment, vieille Gournay, vous aimez \di vindicte? Qui vous fait rf^/roc^^r, encor? où pensez -vous [d] ? Sur ma foi, vous avez ùe furibonds courroux.
m"* de goubnay.
Poursuivez , savanteaux^ à réformer la langue.
sebisay. Allez-vous-en ailleurs faire votre harangue. .
m"* de goubnay.
Otez moult, ainsi soit, bien que mal à propos, Mais laissez pour le moins blandice^ angoisse et los (é).
bois-bobebt.
Écoutez les discours de cette vieille folle.
(a) Bois>Robert le plaisant eût été gueux jadis.
(6) Pour demeurer toujours au recoin d'une porte.
(r) Et des grands de la Cour être valets soumis.
[d) Qui vous fait détracler? qui vous met en courroiix ?
M^'* DB GOURMT.
Montaigne haïssoit les menteurs et les fous.
[e) La fin de la scène est changée. Serisay répond :
Tout ainsi que Tesprit est vague et contournable^ De même le discours doit être variable. Les termes ont le sort qu*on voit au genre humain. Un mot vit aujourd'hui qui périra demain. L*usage parmi nous est fort ambulatoire.
m"* db gournàt.
Vous raillez sottement la vérité notoire ; Il mourra tout ainti que je vois méprisé ; Mais devant lui mourront les vers de Serisav.
SÉBISikY.
Qui croiroit qu'elle eût eu un bon maître d'école, Dure nécessité d*une extrême rigueur!
1/esprit avec le corps perd souvent la vigueur.
SILHON.
Cbacuu a sa folie, et tel pense être sage, Qui blârfte dans autrui les traits de son visage.