‹ Histoire de l'Académie française (volume 4)Chapitre 69 sur 95 · SER1SAY · texte numérisé non relu

SER1SAY

Elle est de Tan de grâce.

m"^ de GOURiNAY.

Et plus vieille, dit- on.

SEBISAY.

Du moins vous avez vu mourir le bon larron.

m"« de goubnay.

Oui , je l'ai vu mourir, et je ne fais qu'attendre

Si vous en usez mal dans la virilité.

Montaigne s*employoit à corriger le vice. Et bien connoître Thonime étoit son exercice, 11 n'auroït pas cuidé pouvoir tire grand los Du stérile labeur de reformer des mots.

BOIS-ROBERT

Vous fûtes ennemie eu tout temps du langage.

m"^ de uournay. Le sent, à mou avis, vous eût rendu plus sage. Avec tous mes vieux mots, encore ma raison Parmi les gens sensés se trouve de saison.

BOIS-ROBBRT.

Je Tavoue aisément, et votre expérience,

Nymphe des premiers ans, vaut mieux que la science.

ih''^ de goukxay.

Ou niéprisoit un fourbe.... ctc»

i30 PIÈCKS JUSTIFICATIVES.

Le trépas d'un mauvais que Ton doit bientôt pendre . Je serois satisfaite en le voyant pendu.

SEBISAY.

Pendre ainsi les larrons est un peu trop ardu\

M^'* DE GOUBNAY.

Quand on disoit ardu on rendoit la justice.

SEBISAY.

On observoit aussi les lois de la milice;

Mais ne les gardant point, il ne faut point de los ^.

m"® de gournay.

Monsieur, tout alloit bien du temps de ces vieux mots; Si Ton parloit plus mal , on vivoit plus à Taise.. .

BOIS-BOBEBT.

Assis auprès du feu dans une bonne chaise.

M"e DE GOURNAY.

Le vice, en ce temps-là , fut du tout abattu , L'on mettoit en crédit les hommes de vertu.

BOIS-ROBERT

Ce que vous alléguez nous parolt une fable.

SERISÀY.

Que l'esprit des humains est vague et contournahlel Ce qu'on voit aujourd'hui ne sera pas demain ; Mais quoi, c'est un malheur à tout le genre humain. Hélas ! que la raison est chose ambulatoire.

SILHON.

On le remarque assez aux suites de l'histoire.

m"* de gournay.

On méprisoit un fourbe au temps que je vous dis;

* Mot alors abandonné, mais employé ici à dessein pour irriter M"« de Gournay. Dans toute cette scène, Tauteur affecte remploi (le mots hors d'usage.

* Louanges, éloges, laudes.

Un flatteur, Bois-Robert, eût été gueux jadis (a). Et Montaigne et Charron avoient Tâme trop forte Pour saisir eu renard le recoin d'une porte (6). Aucuper^ jour et nuit , leurs plus grands ennemis ; Démentir leur courage et trahir leurs amis (c).

BOIS-BOBBBT.

Ce sont là des discours que le démon vous dicte. Comment, vieille Gournay, vous aimez \di vindicte? Qui vous fait rf^/roc^^r, encor? où pensez -vous [d] ? Sur ma foi, vous avez ùe furibonds courroux.

m"* de goubnay.

Poursuivez , savanteaux^ à réformer la langue.

sebisay. Allez-vous-en ailleurs faire votre harangue. .

m"* de goubnay.

Otez moult, ainsi soit, bien que mal à propos, Mais laissez pour le moins blandice^ angoisse et los (é).

bois-bobebt.

Écoutez les discours de cette vieille folle.

(a) Bois>Robert le plaisant eût été gueux jadis.

(6) Pour demeurer toujours au recoin d'une porte.

(r) Et des grands de la Cour être valets soumis.

[d) Qui vous fait détracler? qui vous met en courroiix ?

M^'* DB GOURMT.

Montaigne haïssoit les menteurs et les fous.

[e) La fin de la scène est changée. Serisay répond :

Tout ainsi que Tesprit est vague et contournable^ De même le discours doit être variable. Les termes ont le sort qu*on voit au genre humain. Un mot vit aujourd'hui qui périra demain. L*usage parmi nous est fort ambulatoire.

m"* db gournàt.

Vous raillez sottement la vérité notoire ; Il mourra tout ainti que je vois méprisé ; Mais devant lui mourront les vers de Serisav.

SÉBISikY.

Qui croiroit qu'elle eût eu un bon maître d'école, Dure nécessité d*une extrême rigueur!

1/esprit avec le corps perd souvent la vigueur.

SILHON.

Cbacuu a sa folie, et tel pense être sage, Qui blârfte dans autrui les traits de son visage.

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