‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 13 sur 81 · VIII. Maynard. XVII. de l'Estoile · texte numérisé non relu

VIII. Maynard. XVII. de l'Estoile

^ Le Recueil des Vies de Colletet existe, en double exemplaire, à h bibUotbèque du Louvre. Sur^ceut trente auteurs dont on y trouve la biographie, on ne remarque le nom d*aucun académicien. — la Biblioth. hisL de la France et le Parnasse françois de Titon du Tillet donnent la table chronologique de ce précieux manuscrit.

DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER. m

Quand M. Bardin laissa la première place vacante dans TAcadémie, la Compagnie ordonna qu'il lui seroit fait un service dans Téglise des Billettes ; qu'on com-r poseroit aussi pour lui un éloge succinct, et sans affectation de louanges, qui fût comme un abrégé de sa vie. Quelques jours après il fut ajouté qu'on lui feroit encore deux épitaphes, Tune en prose, Tautre en vers, et que les mêmes choses seroient observées en la mort de chaque Académicien. M. de Grasse ' fut chargé de Té* loge; M. Chapelain de Tépitaphe en vers; et M. Tabbé de Cérisy de celui qui devoit être en prose. Je ne puis mieux faire, ce me semble, que de vous rapporter ici ces trois pièces, qui ne sont ni d'une longueur ni d'un style à vous ennuyer. Que si la loi générale qu'on fit alors eût été depuis aussi exactement observée qu'elle étoit judicieusement établie, je ne serois guère en peine pour vous parler des Académiciens morts. Ces éloges, ou m'en dispenseroient, ou me serviroient de fort bons mémoires. Mais c'est le génie des François de faire de très-bons règlements, et de les exécuter trèsmal* On n'a presque rien pratiqué de celui-là, que ce

^ Antoine Godeau, évéqae de Grasse.

1G2 Des ACÀpÉMtClENS EN PARTieULlEll.

qui regarde le service ; tout le reste, qui pouroit instruire la postérité, qui pouvoit contribuer à la gloire tant des particuliers que du Q>rps, a été laissé en arrière, par une négligence blâmable et entièrement indigne de cette iDustre Compagnie '•

ËLOGE DE M. BARDIN.

L'Académie françoise ne songeoit qu'à campofler des dmits de triomphe poor les rictoireB do Roi, lorsqu'elle fut cootrainte de prendre le deuil et de pleurer la perte de Pierre Bâidut, l'un de ses plus illustres oraemeots. Il naquit fan iWO, dans te TiU« capitale de te Narmandle, de pitreôts qui te teiiaèrent plus arantageusement partagé des biens de l'eq^rit ^e de ceux de la fortuoe. Q reçut d'eux une Yie qu'il a perdue^ et il leur a rendu une gloire qui ne s'éteindra jamais. Il prit la première teinture de la piété et des bonnes lettres ches les Pères lésuites. Dès ee tamps-lày ses maîtres jugèrent qu'il seroit un bornait extraordinaire ; mais comme les fruits de Tautoome surpassent quelquefois les promesses du printemps, de même ses actions et ses ouvrages ont fait connoitre depuis que l'on n'aToit pas conçu d'assez hautes espérances de lui. Il ne voulut pas étudier pour devenir savant, mais pour être meilleur; et il songea moins à enrichir sa mémoire qu'à polir sa raison et à régler mœurs. 11 étoit propre à toutes les disciplines, mais il s*a*

1 Quelques années cependant après la publication du livre de Peliisson, c'est-à-dire en iSSO, le 5 avril, Tabbé Cotin ppononça roraison Ainèbre d'Abel Servien, Académieisn et ministre d*ÉUt, ses obsèques qui lui furent faites au nom de ricadémie daiia Téglise des Cannes des BiUettes, On voit de mémei en 1671 , Tabbé Cassagnes prononcer, au même lieu, Toraison funèbre de Hardouin de Péréflxe, archevêque de Paris, membre de l'Académie. "^ Mali l'Académie ne suivit cette coutume qu'en fiveur d« ses membres les plus qualifiés. ( Recueil des harangues de Me$^ sieurs de VAccdémie françaUe. Paris, Goisnard» ISfiS, ÎU'^*.)

donm particuliiremâpt i la philoaaphia e| aia mathémfttiqufli «160 w mcèê qui di>iuia d« la jaloam aun plui habitas. L'amour da la aou? araÎDê férité la jatanl dans l'éUida de la tbéologia, il na l'arrtta qu'à das aourees claiw at saiim^ dani laïquallea il puiia daa lumiàrei qui réalairèrtnt flani l'éblouip* Appàa avoir amaaié beaucoup de iréion dans lea auteun aacréa at profauef, il erut qu'il commettroit un lamu a'U n'en fai^ soit des libéralités. Les prémiaai de sa pluma furent cpusacréea i la gloira de Diau, par la paraphrase dp VSccUsiaste qu'il eomposa, et à laquelle il donna le nom de PÊMées vmtûlêi. En oal ouvrage^ la dignité du si^et aat soutenue par une élooution forte sans rudessej riche sana omamentSy euriegse et agréable sans affectation. La public la reçut avaa un applaudissement aitraordinaire. L'envia ne parla point eoQtre lui, ou ne parla qu'en secret. Gela lui donna courage de faire un autrf présent à la postérité, qui fut la première et seconde partie du iye^«, dans lesquelles, formant un honnête homme, il fit sa peinture aans y penser. Il travailloit à la troisième, quand uq accident inopiné le déroba k le France, en i'ftge de quarante>deux aus, at priva les siècles fUturs du fruit de ses études. Il avoit OOQ* doit M. d'Humières > dans sa jeunesse, et depuis étoit demeuré auprès de lui pour l'assister de son conseil dans ses plus impor« Umtfis affaires, qu'il embrassoit comme siennes. 11 témoigna bien qu'il l'aimoit passionnément; car, le voyant en danger de sa noyer, il accourut pour le secourir, sans considérer qu'en cas rencontres la charité est d'ordinaire périlleuse. La crainte

^ On n'a jamais remarqué, pensons-nous, que c*est à son élève, sons le nom de Timandre, que s^adresse Bardin dans tout le cours de son ouvrage ; c^est ce qui ressort pourtant de ce passage de la Quatrième Promenade, où, appréciant Thistorien de Thou, il dit : f N'est-il pas vrai, Timandre, que quand vous oyez ce qu'il rapporte de monsieur votre onde, etc. » — Suit un extrait de De Thou, à la louange de M. d'Humières, oncle de celui qui fut élève de Bardln et depuis premier gentilhomme de la Chambre et père du maréchal d'Humières.

164 DES ACADÉMICIENS EN PARTICULIER, du danger où il ^foît une personne qui lui étoit si chère rayant troublé, il peniit U force et l'haletne ; de sorte qu'il ne put résister à Timpètuosité de l'eau, laquelle tournoyant à i'endixMt où il s« perdit, faisoit un gouffire au milieu d'une des plus paisibles et des plus sûres rivières du monde. Ce malheur eût donné de rinquiétude à ses amis pour l'éUt de son âme, si rintégrité de sa Tîe ne leur eût fait connoître qu'il se préparoit tous les jours à la mort* Le genre n'en pouvoit être plus pite»yaMe, ni la cause plus gloneuse. Sa conversation étoit douce, et il sav^t si bien tempérer la sévérité de sa vertu, qu'elle n'étoit fiHcbeose à personne. Bien que sa fortune fût au-dessous de son mérite, il la tnwva asset relevée; éi pour la rendre meiUeure, il ne fit aucune de ces diligences servîtes que la coutume rend presque honorables. Buit jours devant sa mort, il a\^t parlé dans rAcadémie, et son esprit s'étoit élevé si haut qull falloit juger dès lors qull oommençoit à se détacher de la matiéf^ et qu il approcboit de son centre. Sa taille étoit moyenne; la couleur de «scbeveui et de son visa^ roontroit le juste temi^Vnmeat de œCle mèlanoolie que les philosophes appeUenI s»ge et ii^Mneuse. L'Acadtmie hù rendit solennellemenl W» dewiirs auiquels la pirlê I oU^seoit, et fut longtemps à siMiec s^ larmes. Les ivcrets qu il laissa àcenx mêmes qui ne le ic^mnoisstMent pas ciH^*k9fsamb^elb tristesse publique UxX le itmède de kur douleur putioilMve, Fonr superbe monument« ils avasiHTvraM la memoîie de son nom dans leur àwe. $Vfi^«meot de ^jî^tc ses ejiemples. et n'enicnl point de |4as di>uof* i^eiews qje «Iles qui Ww- parfois

KliTAIiK DE M. RàRDIN.

iS^i^^tik sm^ il t>$t utoMt un amù si te Tes ée la et de U ^^dx C est l\iaai Rk«x5. di«e 4f ••■l a^tte honneur qvie de or:^ d^ Mnl^Mt^. Ne n— ami cninie lui ta n'o a$ |Ms Viit i^frài ; il a^ netsie la iMilaenire

je dirois tout, si tu avois tout V Honnête Aomme^^qu'il aToit commencé de fonner en son Lycée. 11 ne te manque de lui que ce qui manque à cet ouyrage ; encore peux-tu rachever, si tu sais sa Tie. Hélas! elle fut terminée au quarante-deuxième an de son âge *, je n'ose dire avec malheur, puisque ce fut avec gloire. Voyant que son bienfaiteur se uoyoit, il se précipita pour le secourir. Il se perdit, et celui pour qui il appréhendoit ne «e perdit pas. Le péril fut innocent et la crainte fut mortelle. Cet accident te surprend, il ne le surprit pas. 11 étoit toujours prêt, et sa mort soudaine ne fit que lui épargner des douleurs et que hâter sa félicité. Mais j'ai tort de t'arrêter pour l'apprendre ses louanges; passe, va où tu voudras, il y a peu de lieux sur la terre où tu ne les entendes.

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