AUTRE ÉPITAPHE
Bardin repose en paix au creux de ce tombeau;
Un trépas avancé le ravit à la terre.
Le liquide élément lui déclara la guerre
Et de ses plus beaux jours éteignit le flambeau.
Mais son esprit, exempt des outrages de l'onde.
S'envola glorieux, loin des peines du monde.
Au palais immortel de la félicité.
Il eut pour but l'honneur, le savoir pour partage.
Et quand au fond des eaux il fut précipité,
Les vertus avec lui firent toutes naufrage.
Je ne saurois presque rien ajouter à cet éloge et à ces épitaphes. Ceux qui ont connu cet Académicien disent
> La dernière partie de son discours regardoit les actions de l'honnête homme, (p.)
* Page 162, on dit quMI étoit né Tan 1590. Page 154, on dit qu'il ^)ourut en 1657. Et ici on dit quMl mourut âgé de 42 ans. L'errear de calcul est visible : mais quel remède y apporter? (o.)
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DU CBASTHLBT. 107
DU GBÂSTSLETr
Paul Hay, sieur du Cbastelet, étoit de Faneienne maison de Hay, en Bretagne^ qui se yante d'être sortie il y a six cents ans de celle des comtes de Carlile, Tune d^ plus illustres d'Ecosse» Il fut au commencement avocat général au Parlement de Rennes, et enfin coi>seiller d'État ordinaire. Il eut aussi des emplois fort honorables, comme la commission d'établir le Parle>ment à Pau, et, en l'année 1633, l'intendance de la justice dans l'armée royale, où le feu roi Louis XIII^ le comte de Soissons, et le cardinal de Richelieu, étoient en personne. Il fut nommé pour être un des commis-
ftdfed ftd (trocèâ du maréchal de Marillftit<. ' ; maiâ ce Mft-
< Lé Maréchal âf ait été afr jt^ en PiémdDl au nlois dé novembre 16^0. beùx Commissions furent sùccéssiTenient nommées poùf lé juger; in Êiiasteléi fit partie dé fa seconde, établie te If mars iiH. Appelé devant ses juges, le litar^ctiat, avant de prêter serment, prit fa parole, et dit :
I Qdâni à Chasièlet, J^ai horreur, llessieùrè, de lé voif parmi tûé ii honorable Compagnie sur ces fleurs de lys, et qu'il ait poufOtf itr înàtteét feurmon honneur, quand bien je n*aurois à lUi reprocher que cette fnfâme prose dont il est Tauteur, où s'étant moqné de Dieu et de TÉglise, ayant injurié les cendres d*un personnage d^éminente qualité et sainteté de vie, de qui la mémoire est en l*éternité, offensé les vivants , les princos et autres per- M)Dne$ de rare mérite, il ne faut pas s^étonner s'il a calomnié
i68 DES ACADËMIGIENS EN PARTICULIER.
réchal le récusa comme son ennemi capital, et qai avoit fait une satire latine en prose rimée, tant contre lui que contre le garde des sceaux, son frère. On lui reproche là-dessus qu'il nia dçvant le Roi, et avec serment, d*étre' Tauteur de cette pièce ; que depuis pourtant, la même récusation ayant été proposée une autre fois, il avoua ce qu'il avoit nié : de quoi le Roi en colère le fit arrêter. Quant à lui, dans les Observations qu'il a faites sur le procès du maréchal de Marillac, il proteste seulement qu'il n'a jamais fait aucun serment devant le Roi, sans entrer plus avant dans cette matière. Hais j'ai su àe bonne part de quelle sorte il en parloit avec ses plus familiers amis, et j*en ai eu des mémoires très-particuliers, qui se réduisent en un mot à ceci que , désirant de se tirer du nombre des juges, il avoit fait suggérer lui-même cette requête de récusation au Maréchal, et que son artifice ayant été découvert par des personnes
impudemment Monsieur de Marillac, mon frère, et m'a rangé au nombre des pendards : suspendatur ante turb<u, paroles de si rage et de sa passion ; et toutesfois, après s*en être Taoté pobliquement es présence de personnes illustres et l'avoir confessé mesmes à quelques-uns de vous , Messieurs, dont j'interpelle et prends les consciences à témoins, il a été si perfide et si désespéré de le nier par un lasche parjure devant la sacrée personne de Sa Majesté ; mais pourtant, si dans cette oppression, il faut qu'il soit mon juge, f espère que Dieu fera miracle en sa personne, et que, contre les sentiments que j*en dois avoir par les témoignages qu'il a rendus, il changera son mauvais dessein et convertira sa fureur en modération. »
(Journal de M, le cardinal de nichelieu...f à Troyes. sur l'imprimé à Paris, 1652, 2 vol. in-18, — pp. 10, H.
— A la p. 108 du même vol., on donne la Prose de du Chastelet.
DU CHASTELET. ' i69
puissantes, qui lui étoient ennenûes, excita le courroux du Roi. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après la dernière requête de récusation, qui fut présentée contre lui à Ruel, où se faisoit la procédure , il fut mandé par le Roi, qui étoit à Saint-Germain, et ensuite retenu et conduit le môme jour à Yillepreux, et que durant sa prison, pour se réconcilier avec la Cour, il fit les Observations, dont je vous ai déjà parlé, qui servirent à l'en faire sortir. Depuis il ramassa plusieurs pièces d^ divers auteurs pour la défense du Roi et de ses ministres, les fit imprimer avec ce titre. Recueil de pièces servant à rHisioirey et mit au-devant cette longue préface qui est comme une apologie dû cardinal de Richelieu. Il étoit homme de bonne mine, d'un esprit ardent et fort résolu, qui parloit et écrivoit fort bien, et qui aimoit avec une passion démesurée les exercices de l'Académie. Aussi dit-on qu'ils ne lui furent pas inutiles, et qu'on remarqua une très-grande différence entre les ouvrages qu'il avoit faits auparavant, et ceux qu'il fit depuis l'établissement de ce Ck)rps. Ce fut lui qui y lut le premier discours de ces vingt dont je vous ai parlé ailleurs. Je dis qui y lut; car encore qu'ayant passé par les charges, et particulièrement par celle d'avocat général, il fût tout accoutumé i parler en public, il avoua que jamais assemblée ne lui avoit paru plus redoutable que celle-là , et se servit de la permission que le règlement donnoit à tous les Académiciens de lire leurs harangues, s'ils vouloient, au lieu de les prononcer. J'ai appris quelques mots qu'on lui attribue, qui me semblent dignes d'être rapportés.
170 DES AGADÉMIGltSKS tB PARTICULIER.
Lortqu'on fit le procès à M. de Bootterille, U flt tto fiâetbiR ' |iMr lui, qui fut trouvé égAlement Aloqoefit el hifdi. M. le Cftfdinftl lui iy«lit fepfoehé que e'èloH pdur cotidamnef la justice du Rôi : te Pftrdoiiiie»4noi ^ lui dlMl, c'est pouf justifier te miséricorde, s'il li la bcmté d'en user envers uii des plus taillants hommes de sou royaume. i»
tri jour, comme il iissistoit M. de Saint-Pfeail , qui sollicitoit la gréce du duc de Montmorency, el qu'il témoighoit beaucoup de chaleur pour celA, le Roi lui dît : ff Je pense que M. du Chastêlet voudf oit avoir perdu un bras pour sauver M. de Montmorency.- m U répondit : « Je voudrols. Sire, tes ftvolr perdus tous déut, Car ils sont inutiles à vôtre service, et en avoir sauvé Un qui vous a gagné des batailles et qui V6u§ en gagneroit cncoréi »
Au sortir de sa prison, le Cardinal lui faisant quelque excusé Sur sa détention ! « Je fais^ lui répondit-il, grande différence entre le mal que votre Éminence fait et celui qu'elle permet^ et u'eu serAi pas mAm attaché à SoU service, «f
Et un peu après ayant été mené à la messe du Rot, qui Ue lé règardoil poitit, et affectoit même, ce sem-* bioit, de tourner la tête d'un autre cété, comme paf quelque espèce de honte, de voir un homme à qui il venoit de faire ce traitement, il s'àpprbcha de M. de Saint-Simon, et lui dit t « Je VOuS prie, Monsieur, dé
< Pour mettirê Ftanpoii de Montmorency, comte de Lm et de Boutteville^ et messire François de Éosmadec^ conite des Chape!" les, Ce&t un écri( de 8 pages m-folio. (o.) — 1627.
DU CËASTKLETi 111
dire au Roi que je lui pardonne de bon coeur, et qu'il me fasse Thonneur de me regarder. )> M. de Saint-Simon le dit au Roi, qui en rit, et le caressa ensuite.
n mourut âgé de quarante-trois ans cinq mois , le 6 avril 1636, d'une fièvre quarte, et comme j'ai oui dire à quelques-uns, par la faute des médecins, et pour avoir été trop saigné. Il a laissé dés ouvrages de vers et de prose. Ce que j'ai vu pour les vers, est Y Avis aux ahÉènia ^, contre eeut qui étoient alors à Bf bxelles avec la Héine-Mèrë, Hârle de Médids , et Monsieur, frère tiniqtte du Roi. iJne l;ati^e a^sez longile, Cdnlfè ta vie de la Cour^ qui commetice : Sous un calme trompeur ^ et qu^ofi â faussement attribuée à Théophile ^ Une autre satire cruelle et sanglante contre un magistrat, sous lô liomde ***. Ses oavragesi de prcise sont: la Proàë rimiê^ en iatili, contre les Mariilacs ; les Obser-
tatioTiè hur lé proch du maréchal dé Manllac; là Pré*face du Recueil de pièces servant à t Histoire. Sort style surtout en cette préface est magnifique et pompeux, peut-être jusques â Teicèô. Il avoit commeticé ut autre écrit pour répond^e & l'abbé de Saîfil-Gefitiaîh, comme ]e tous ai dit ailleurs ^ ^ mais U thourtlt lA-dessUS, et soh travail n'a point été VU.
< GMtfe piè<!è liitltalée } iffli au» Abienti ê$ la vtmri eit d*enviroa 450 ters» (o.)
* G*est effeotiTement sous le aom de Théophile qa'elle se trouve dans les Recueils de Sercy, t. I, p. 89. (o.)
' On la trouve sons Ce titre : Prose impie contre les deux frères MaHltacs, dans lé Jtiumàl du cardim^ ie Richétieù» (6.)
^ Voy. ci'dessûs, p. 48.
172 DES AGilDËMIClENS EN PARTICULIER.