‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 15 sur 81 · PHILIPPE HA6ERT · texte numérisé non relu

PHILIPPE HA6ERT

Philippe Habert étoit d'une famille fort ancienne dans Paris, dont il y a aujourd'hui des personnes dans les grandes charges de la robe, et qui a eu des alliances très-honorables. De cinq frères qu'ils étoient, celui-ci étoit le second, et l'abbé de Cérisy le troisième. Dès son enfance il témoigna beaucoup de génie pour les lettres^ mais après qu'il eut achevé ses études, les emplois où il entra l'engagèrent insensiblement dans la profession des armes. Le dernier, dans lequel il mourut, fut celui de commissaire de l'artillerie, qui lui avoit été donné par M. de la Meilleraye, dont il étoit extraordinairement aimé. Il se trouva aux plus remarquables occasions de ce teitips-là, à la bataille d' Avein ' , au passage de Bray, aux sièges de la Motte, de Nancy et de Landrecies. Mais en l'année 1637, quelques troupes de l'armée françoise ayant eu ordre d'assiéger le château d'Émery, entre Mons et Valenciennes, comme il étoit parmi des munitions de guerre, dont il avoit la conduite, la mèche d'un soldat étant tombée dans un

1 Remportée le 28 mai 1635 sar les Espagnols par les François, que commandoient le maréchal de Brézé et le maréchal de Chastillon. — Les autres événementfi sont de la même époque.

PHILIPPE HâBERT. i73

toftneau de poudre, fit sauler une muraille, «oos les ruines de laquelle il demeura accablé. Il n'avoit guère alors que trente-deux ans. Sa taille étoit moyenne, ses cheveux blonds, ses yeux bleus, son visage pâle et mar-que de petite vérole. Sa mine et sa conversation étoient froides et sérieuses*, mais il avoit les sentiments élevés, le courage grand, les passions ardentes, jusque-là qu'on m'a assuré qu'il faillit à mourir effectivement d'amour pour une de ses maltresses. Il étoit civil, discret et judicieux, homme d'honneur et de probité, et tous ceux qui l'ont connu en parlent comme d'une personne, non-seulement fort aimable, mais encore digne d'une estime toute particulière.

Le seul ouvrage imprimé qu'on ait de lui est le Temple de la Mort , qui est une des plus belles pièces de notre poésie françoise. Il le fit pour M. de la Meilleraye, sur la mort de sa première femme, qui étoit fille du maréchal d'Effiat. 11 a laissé d'autres vers manuscrits ' ; mais j'ai oui dire qu'ils ne sont pas tout à fait de même force, soit qu'on ae puisse pas travailler toujours avec un égal bonheur, soit qu'il n'eût pas eu le loisir de les corriger et de les polir, comme ceux-là, qu'il changea et rechangea durant trois ans, pour les amener à cette perfection où nous les voyons. 11 avoit fait aussi une Relation en prose, de ce qui s'étoit passé en Italie sous le marquis d'UxelIes, général de l'armée

^ Quelquefr-ones de ces poésies ont été imprimées depuis, si Ton en croit Sorel , qui Taffirme dans sa B^bliothèq^B frangoUef p. 204. — On voit an rondeau signé de lui parmi les Œuvrer yalanies de Tabbé Gotin, 3« part., p. 304.

m DES ACÂÛélltGIBNS EN ^AHTlGULIER.

que la roi Louii XIII envoya au sqoûup» du duo de Maotouo, L'Aoâdémifi lui fit fiûre ua élogd pur M, de Gomiiauld it una épitapha en vers par M. Cha^laÎR, qui sa varront quelque jour avec la raita de leurs omvras*.

DB MËZIRTAG*.

Claude-Gaspard Bachet, siegr de Nésiriac ' « étoit da

Brewe, d'uua famille noble et ancienne, Il éloit bien fait et de bella tailla, avoit ia§ yeu?^ et le« cheveu^ noirs, le visage agréabla, et |a conversation fort douce» Il atoit savant dans les langues, ^t pfirticulièrement en la grecque, trèa-profond en la connoissance de la Fable, an Valgàbre, au^ mathématiques, çt an^ autres sciences

> Ces deux pièces ne paraissent pas avofr été publiées.

* On lit dans Guy Patin : c M. Pellisson, tout habile honiine qoMl est, s*est ftilt bien des ennemis par son Histoire dé VAea-demie... Je n'y ny encore guiret la do cbosoi» mais il »'ait (roiap^ eq d^ certaine éloges^ eaU*9utro« en cou» (te V » df aourbpn ot do 1|. de M^ziriaç (|uo j*ai connus particulièrepi^n(, t {Lettres ç/ipisiesj Lett. lxxv, îi cet. 1653.)

* Guichenon le nomme Gl.-O. Bachot, éeuyer, tleor do Meyséria. — Meyseria était un fief fort ancien que Balthazar de Disiniiou avait entendu , on iS46, avec loa leli do Loinans ot de la Bassole qui en dépendaient, à Pierre Bachot, consolller du Bol oi lieutenant-général au bailliago de Brosao, grand-père de Paea* démicien.

eurieuie;. Il parai en «» jeûnasse ' bemeopp de tamp$ i Paris et è Rome : et en pe derpier liau il fit quantité de vers italiens ' 4 TeoYi avec M. daVaugelas, qui s'y trouYoit auisi. Depuis il se retira chez lui, 4 Bourg en Bresse, fit, s'il eu faut croire uu de pies amis ai des vMres, qui Ta connu fort particulièremeiit, il y mena imb via la plus charmante qu'on sauroit imaginer. Il éCoit déjà connu, et compta en France entre les pre^ miers de son temps,' soit pour Vesprit, soit pour le sa* voir^ et c'étoit assez pour satîsfaira une ambition rai* sonnable «omma la sienne.

Quant an bien, il étoit au commencement riche de dnq ou six mille livres de rente, et enfin de huit ou dix par la mort da Guillaume Bscbet ', son frère aine* 11 ne

> Il fut quelques années parmi les Jésuites, et régenta des elasaes à Milan. C'est un fait que Golomiez rapporte dans set ÛpoKolM, et que M. PelUsson pouvoit bien rapporter hardiment, paisquUl n*y a rien là qui ue U»m honneur et «UX Jésuites et k IL deMéziriac. Il est heureux pour H. de Mé^iriac d*a¥oir été à une si bonne école dans sa jeunesse» et il est glorieux pour lès Jésuites d'aToir contribué à former un si savant homme, (o.) — Sa retraite de Tordre est attribuée à la maladie ; Golomfez du moi os l'ex^ plique ainsi diaprés to témoignage de Guy Patin.

* On trouve en eQet )in assez grand nombre de poésies ita*lionnes à la suite des Commentaires sur les Épttres et Ovide. (Édit. de 1716, t. If, pp. 419-46T.) — in-8».

' Guillaume Bacbet, écuyer, seigneur de Vauluysant, conseiller du Roi et président en l'élection de Bresse. « Il testa, dit Gqicbenon, le 33 avril 1651, et mourut sans enfants. Entre autrçs bonne» qualités i|ui U rcndoient r«CQWi]9and9bto| il étoit tr^sboa poëte latin et frapçQi«, dont il pous a laissé beaujsoqp 4e marques, uommément en cette excellente et qaï^e traduction da quelques^^uuç» diçs jlpUr^s, d'Ovide, qui ont étç imprimées avec

se travailla point pour en acquérir davantage; au contraire il évita les charges publiques, et les emplois que les autres recherchent avec tant de soin.

Lorsqu'il étoit encore à Paris, il se parla de le faire Précepteur du feu roi Louis XIIL Gela fut cause qu'il se hâta de quitter la Cour; et il disoit depuis qu'il n'avoit jamais été en si grande peine , lui semblant qu'il avoit déjà sur ses épaules le pesant fardeau de tout un royaume. Après s'être ainsi retiré, il se maria, et quoiqu'il pût prétendre à de fort riches partis , il aima mieux ^ prendre une femme sans biens, mais de bon lieu, bien faite, et d'une humeur fort douce et qui se rapportoit parfaitement à la sienne. Il ne se repentit point de ce choix, et prenoit souvent plaisir d'en parler avec ses amis, comme de la meilleure chose qu'il eût jamais faite. La santé, ce précieux bien qui rend tous les autres infiniment plus agréables, ne lui manquoit pas, et sa seule incommodité étoit qu'il avoit quelquefois de légères atteintes de goutte. Mais la principale partie de son bonheur cohsistoit en son esprit-, car il l'avoit naturellement facile, sage et modéré ; de ceux a qui toutes choses plaisent, et qui se divertissent à tout. Il n'y avoit point de science à laquelle il ne se fût attaché durant quelque temps, comme je vous ai dit, point

celles de son frère. » Bist, de Bresse et de Bugey, 5" part. p. iO. in-folio.

^ 11 épousa Philiberte de Chabeu, dont Galchenon fait connottre la famille dans son Histoire de Bresse, (o.) — Elle était une des quatre filles de Claude de Chabeu et de Péronne du Puget, sa seconde femme. Claude de Chabeu avait encore deux autres fils.

Page 1