‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 36 sur 81 · SUR SES HEUREUSES CONQUÊTES · texte numérisé non relu

SUR SES HEUREUSES CONQUÊTES

nuMOHCBB u %l niUMt 1676 Far M. PnxifMir, alon Directeur de l' Académie.

SlRE,

Celte joie générale et publique du retour et des conquêtes de Votre Majesté ne peut éclater ailleurs, ni plus vivement, ni plus justement que dans TAcadémio françoise.

Quand chacun revoit avec un nouveau plaisir un trèsgrand Roi, un très-bon maître, nous ajoutons par-dessus les autres un Prolecteur très-aûguste, qui n*a daigné prendre ce titre que pour nous* S'ils goûtent également le repos qu'on doit à ses travaux héroïques, nous joignons celui des Muses à celui de rÉlaU Si, parmi tant d'autres biens, la gloire immortelle de Votre Majesté, qui honore son royaume et son siècle, touche principalement les esprils, elle ne se répand pas seulement sur nous comme sur tous les François; elle est propre-

'J6À DISC0UB6 ACADÉHtOUES

ment notre partage, l'objet de nos veilles, Tespérance de notre gloire même et de cette immortalité* que nous cherchons par nos écrits. Que nous serions heureux, Sire, si, dans ces communs devoirs, nos expressions nous distinguoient autant que nos sentiments! Mais c'est le propre de la grande admiration et de toutes les passions violentes de donner la voix aux muets et de rendre Téloquence muette. Le peuple, jusqju'au plus bas, jusqu'à celui qu'on prendroit pour insensible, parle en ces occasions d'une manière si naturelle et si vive que nulle étude ne U s^uroit imj^r^ cgs Compagnies illustres, oracles de la justice, qui sembloient ne se devoir expliquer que par des arrêts, deviennent pour Votre Majesté fertiles en riches etbrillants panégyriques*, l'Académie, après avoir cultivé avec tant d^ peine Tart de bien parler^ n'a point de paroles en un sujet si ample, presque réduite i honorer par sa confusion et par son silence ce qu'elle ne peut ni relever ni égaler par ses discours. Peut«ètre qu'une ai vive lumière éblouit davantage ceux qui, comme nous, n'en détournent jamais leur regard. Peut-être que, devant également le tribut de nos louanges k toutes tes grandes actions de Votre Majesté, à peine nous arrêtons-nous sur Tune, que toutes les autres nous rappellent et rendent nos efforts inutiles pour être trop partagés.

En effet, Sire, que laisser et que choisir dans cette abondance de matière et dans cette courte étendue de travail? 11 est vrai qu'on nommera désormais Condé et

^ A l'umoatalité Ml la deviss de rActdéiile. (NùttêHUxte).

DE p£Lus8âS[. :m.

Bôuchaia partai les pretuièras ptaeÀsdiâ^^aAdit!, ^i«s cireonsUinces et ^r les suiies de htidr cow^iM». il «si: vrai que uottSiuroos étenusllément devant les yeux h. jusiesse du projet surpassé par cëiie de l'exécution ; rarmée ennemie deux fois accourue, non pas au secours mais au spectacle, vaincue sans avoir aième riioniieuri de combattre, contente d'admirer un Ros , soit qu'il sal présente, soit qu'il se retire en bataille, toujours égaie^; ment roaitre de lui-même, des siens et des eanamîs, et dont le cœur magnanime compte pour le premier fruitd une si belle victoire de pouvoir se rendre plus fodlei à la paix '. Il est vrai enfin qu'on |)ense et qu'on senl^ encore, en parlant a Votre Majesté, tout ce qu'on pen*-' soit, tout ee qu'on sentoit auprès d'die &à ce beau jour, : lorsque, la voyant si libre dans un péril si proche, on condamnoit un moment avec tout l'Etat les mouve»-i> mentstrop généreux de son courage, un moment après > on les louoit, on les admiroit, on les suivoit, on se' tenoit pour assuré de vaincre avec elle. Mais, Sire, ; pour célébrer tant de grandes choses, faudroit-il oublier r celles que la postérité n'oubliera jamais? le mémorablepassage du Rhin; la même journée deux ans aprèsrevenue aussi triomphante a Besançon; la Franche*^ (jomlé prise, rendue, reprise, toujours avec plus d'éclat; > les maximes de la guerre changées; l'art inouï jusqu'il Votre Majesté d'attaquer et d'emporter presque en même temps les places les plus grandes et les plus fortes; le

1 Le Roi se relâcha aussitôt sur les préliminaires.

{Note du texte,)

torrent de ses premières conquêtes de Flandres et de toute l'Europe liguée contre elle, mais jusqu'ici pour faire trouver seulement à ses armes invincibles, avec beaucoup plus de résistance, beaucoup plus d*honneur. En seroit-ce assez, et cacherions-nous dans ce tableau le débris encore fumant des flottes d'Espagne et de Hollande jointes ensemble, et Tinfortune du plus fameux de leurs capitaines, digne en sa mort d'être honoré des éloges et des généreux r^rets de Votre Majesté. Voudroit-elle qu'on lui dérobât en cette seule campagne trois combats sur mer, qu'on peut dire qu'elle a gagnés elle-même, elle qui n'a pas seulement relevé et rétabli, mais presque tiré de rien les forces navales des François, comme pour faire revivre eh nos jours toute la magnanimité des Romains*, lorsque n'ayant encore ni flotte ni expérience de la navigation, instruits et excités tout ensemble par un seul vaisseau de guerre que la fortune fit échouer sur leurs côtes, ils entreprirent de disputer à Carthage et à toute l'Afrique l'empire de la mer qu'ils lui enlevèrent bientôt après ? Avec tous ces traits, combien s'en faudroit-il, Sire, que le tableau ne fût achevé, si nous ne voulions, comme peintres malhabiles, n'y représenter que du lointain, au lieu d'y faire régner et d'y toucher principalement les objets les plus proches. Nous le savons, Sire, on reverra longtemps

< Polyb., lib. I, sect. 20. £{ £v xai(«iXi«ra awn^d tiç Av to fu^a- Xc^wx^v KA^ irp«6oXov rfç Ptt{iai«v aîp^aiMç... ». t. X. — On peut Jager par là, tatant qae par chose da inonde , de quelle magnanimité el de quelle audace les Romains faisoient profession, etc.

{NoUdu texte.)

après nous les traces de Louis le Grand ; on suivra nonseulement sur la carte et dans rhistoire,^ mais sur les lieux mêmes, ses marches, ses campements et les pisé-' râbles cabanes qu*tl a voulu habiter; mais on ne le trouvera pas moins grand au milieu de ses États et dans ses palais magniBques. Ici, sous un air serein et tranquille, il formoit ces foudres dont le bruit a retenti par tout le monde, et eux qui grondent encore sur le point d'éclater *, il préparoitpour ces fins que Ton croyoit impossibles les moyens sages et cachés, également surpre* nants au commencement de chaque campagne; il interrompoit ses plaisirs pour écrire de sa main propre Tordre et la suite de ce qu'il devoit exécuter; il choisissoit, il marquoit les postes qu*il alloit occuper en Flandres, plus savants que ses ennemis mêmes dans leur propre pays. Ici, par un miracle, en vain attendu, en vain demandé au ciel sous nos plus grands Rois durant tant de siècles, il réduisoit la Noblesse à ne plus combattre que pour lui, à ne plus connottre de faux honneur ni de valeur criminelle. Ici, rien ne se faisoit que par ses ordres ; et quatre vastes abtmes, le détail des troupes, des finances, des affaires étrangères, du dedans du royaume n*occupoient qu'une partie de son esprit, pendant que ses lois (ses lois en effet, non-seulement pour porter son nom, mais parce qu'il les faisoit lui-même) redressoient TÉtat, et que sa régularité dans tous ses devoirs, plus que la peine, plus que la récompense, nous enseignoit à remplir les nôtres. Ici il écoutoit tout lê monde, toujours prêt, toujours attentif, et décidoit, plein d'équité comme de lumière, tantôt seul,

-SSfi DISCOURS ACADÉMIQUES.

XfkuM ait mHieu'des ^us sages, mais toujours svee leur ;«dn^ratM>n, les différends des particuliers, peadant que .sa magnanimité , toojours mêlée de la même justice, jMurrîssoit les arts, distinguoit le mérite, redooMoît le zprix des biens et des honneurs par la manière de les don^ner. Ici il savoH pardonner nos fautes^ soppcMrter .tics foiblesses, descendre du plus haut de sa gloire dans ik)S moindres intérêts, tout a ses petrples, général, législateur, juge, maKre, bienfaiteur, père, e'est-à-dire véri- 4ttblemenl Roi.

Nos éloges. Sire, seroienC toujoivs auniessoas de Votre Majesté comnne nos remerctments très-humbles au-dessous de ses bienfaits. Que le Ciel qui nous Va doimée prenne soin de nous acquitter envers elle ; qu'il répande sur sa personne sacrée autant de grâces qu'elle eh répand sur nous; qu'il abrège nos jours pour en a^ooter atpx siens el pour rendre son règne aussi long qu*il est glorieilix I iNous ne pouvons foire de plus grands 50tthu>its ni pooir Votre Majesté ni pour nous-mêmes.

Page 1