SCÈNE PREMIÈRE
CHAPELAIN, esul, faisant des vers (6).
Qui vit jamais rien de si beau....
Il me faudra choisir pour la rime flambeau.
Que les beaux yeux de la comtesse.,,.
Je voudrois bien aussi mettre en rime déesse.
Qui vit jamais rien de si beau
Que les beaux yeux de la comtesse ?
(a) Ces quatre derniers vers manquent dans l'édition de Des Maiieaui. Mais après cette scène, où Molière a pris sa scène de Trissottu et de VadiiiÂ, s'il iic l'a plutôt puisée dans la nature , parait Sertsay , devant lequel on di'scute , ou s* explique, on se réconcilie, on échange des éloges hyperboliques. Ils sortent. ▲lors entrent Porchères d*Arbaud et Colomby, qui viennent l'un et l'autre pour donner leur démission d* Académiciens : c'est la dernière scène de Pacte.
(6) CHAPELAIN , feu/, eomftotanl det ren avec un ioin ridicule ei
peu de génie.
Tandis que je sois seul, il faut que je compose Quelque ouvrage excellent, soit en vers, soit en prose. La prose est trop facile, et son bas naturel N*a rien qui puisse rendre un auteur immortel. Mais d'un sens figuré la noble allégorie
Je ne crois point qu'une Déesse Nous éclairât d'un tel flambeau.
Tout le troisième vers est pris de Théophile On peut le remarquer, car c'est le même style (a). Qui vit jamais rien de si beau Que les beaux yeux de la comtesse ?
Avons-nous vu quelque Déesse Nous éclairer d'un tel flambeau?
Aussi peut-on trouver une âme Qui ne ressente point la flamme
Qu'allume cet œil radieux ?
Que voilà de beaux vers, la belle poésie ! (b) Phœbus, éclaire eucore un peu ma fantaisie ! Divin père du jour, grand œil de Tunivers, Donne-moi cette ardeur qui fait faire des vers I
Aussi peut'On trouver une âme Qui ne ressente point la flamme Qu'allume cet œil radieux"!
Sa clarté, qu'on voit sans seconde.
Éclairant peu à peu le monde.
Luira même un jour pour les Dieux,
I)e.> siiltiinics esprits sera toujours chérie. Par son dÏTin pouvoir nos écrits trioniphauts Passent de siècle en siècle et bravent tous les ans. Je quitte donc la prose et la simple nature Pour composer des ^ers où rèpne la ligure. Qui vit jamais rien de plut beau
(a) Ces deux vor^ n'ont pas été réimprimés dans F édition de Des Maizcaiit.
(6) Au lieu de res quatre vers, on lit dan« l'édition citée : Radieux me plait fort : un œil plein de lumière Kt (pli fait sur nos cœurs l'impression première D'où se fuinrcut enliu k-s tendrcs-cs d'amour. flndieujr ! j'en %oux faire un ternie de la r.our.
riÈCKS JUSTIFICATIVES. 417
Mais que fais-je, étourdi ? quelle étrange aventure ! (a) J'ai mis sans y penser une grosse hiature. Ne suis-je pas bien sot d'avoir mis peu à peu; Je l*ai mis cependant pour avoir trop de feu.
Qui vit jamais rien de si beau Que les beaux yeux de la comtesse?
Avons-nous vu quelque Déesse Nous éclairer d'un tel flambeau f Aussi peut-^n trouver une âme Qui ne ressente point la flamme Qu'allume cet œil radieux 1 Sa clarté qu'on voit sans seconde S'épand enfin sur tout le monde Et luira bientôt pour les Dieux (b).
Chacun admire en ce visage , La lumière de deux soleils.
Innocent que je suis, je change de cadence ; Quel rimeur fit jamais une telle imprudence^(r)?
Chacun admire deux soleils
Qui luisent dans ce beau visage^
El croit la nature peu sage
Que le ciel n'ait pas leurs pareils ((/).
{n) Je ne suii» lias as^ez maître de inoii gciiic.
J'ai fait sans y penser une cacophooic :
Qui me ftou|)çuiiiieruit-oa d* avoir mhpeu à peu?
Ce désordre me vient pour avoir trop de feu. {bj Après ce couplet, on lit (édition de De.i Mai/eaux) :
Voilà ce qui s'appelle écrire a\ec justesse,
Et, ce qui m'en plaît plus, tout à fait sans rudesse.
Car tout ou\ra{^e fort a de lu dureté,
Si pai' uu art soigneux il n'est pas ajuste, (c; Ces deux vci-s ont été supprimés dans Tctlition cilét. {d) Si la Nature eût été sat?»', J
la: C.ii'l en auroit de^ix pareils.
Ces derniers vers ici iront pas grande justesse, J y pourrois bien donner quelque délicatesse; Aussi ne sont- ils pas du tout à mon plaisir, Mais passons; pour ce coup Je n'ai pas le loisir (a).
Le teint qui paroit sur sa face
Est bien plus uni que la glace.
Et que n'est le ciel cristallin;
Sa bouche est toujours odorante.
Et jamais une odeur puante
Ne sort de son nez aquilin.
Cette comparaison me semble assez bien prise :
[I n*est rien plus uni qu'un cristal de Venise,
Et les yeux n'étant pas ni pierre ni métal
Ont, ain^ique je pense, un bien plus beau cristal.
Aquilin ne vient pas fort souvent en usage ;
Mais c'est un mot de l'art. Pour faire un beau visage,
Il faut, à mon avis, que le nez en soit tel.
Oublier ce mot -là, c'est un péché mortel (6)...
(a) Ces quatre Tcrs n'ont pas été reproduits dans rédition de Des Maiieaui ; ils sont remplacés par ceux qui avaient été supprimés plus haut : i Que voilà de beaux vers.... etc. ■ Voici du reste le texte modifié :
Que voilà de beaux vers ! T auguste poésie ! Phœbus, éclaire encore un peu ma Ikutaisie ! Divin Père du jour, qui maintiens l'univers^ Donne-moi cette ardeur qui fait faire des vers ! Ranime mes esprits, et dans mou sang rappelle • La féconde chaleur qui forma la PuceUe ! Alors le mont Olympe à ton pied sablonneux^ Alors hideux^ terrible^ affreux, époutanlablê Firent dans mes écrits un effet admirable. Divin Père du jonr, qui maintiens Tunivers, Redonne-moi Tardcur qui lit faire cet vers 1
(6) Après ce vers, dans Tédition de 1754, Chapelain recommence à réciter tes vers, et, quand il a fini, il ajoute :
Ainsi peignoieut les Grecs des beautés achevées, Du r injure des ans par leurs écrits sanvce».
PIÈCES JUSÏIKICATIVKS. 419
Mais j'entends quelque bruit, c'est un homme qui monte ; Si Ton me surprenoit, je rougirois de honte, Je pense qu'il vaut mieux sortir que de rester. Étant au cabinet, je pourrois l'écouter.