‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 63 sur 81 · SUR LA RÉFORMATION DE NOTRE LANGUE K · texte numérisé non relu

SUR LA RÉFORMATION DE NOTRE LANGUE K

PrenUère AmIm dv londl tS m«M t«4«^

Se sont présentés les procureurs des Pères de TOratoire et quelques dévots à la mode, requérant que tous les mots de spiritualité qui sont dans les livres du feu sieur cardinal da Bérulle ' soient tenus pour bons françois.

1 Voy. ci-dessus, p 50. — Nous reproduisons cette pièce d'après le texte qu*on trouve à la suite de la Comédie des Acadêmistes. \\ est très-difTérent de celui qui a été donné, avec de savantes notes, par M. Ed. Fournier, dans le premier volume des Var télés fiistofigues et lUiéraires de la Bibliothèque elzevirirnney pp. 137-140. Nous Tavons préféré, parce qu'il porte quelques noms propres laissés en blanc dans Tautre édilion. Nous croyons que cette pièce est de Sorel, dont le démenti est moins formel que ne le dit l*abbé d'Olivet dans la note de la page 50.

* L'édition Ed. Fournier porte c le 13 mars i63i. » > Le cardinal de Bénille était mort le 2 octobre 1620. — Voy. sa vie écrite par M. Nourrisson, Paris, Didier. 1 vol. in-13.

-irm PIECES jrSïIFICATIVES.

BÉPONSB.

Soit communiqué au père Hersant et au père Binet^

S'est présenté le sieur Montmor', requérant pour M. le Prélat de Normandie ', qu'il plaise à la Compagnie déclarer que le françois dudit sieur Prélat est de bon débit.

RÉPONSE

Soit communiqué à l'imprimeur Estienne, qui a peine à

vendre ses livres.

S'est présenté la dame marquise de Mooelay, requérante que, pour éviter les occasions de mal penser que donnent les paroles ambiguës, l'on usera du mot de penser au lieu de conception ♦.

^ Le P. Hersent avait été un des premiers Pères de POratoire; c*est le célèbre auteur de VOptatus Galltu. — Le P. Binet était jésuite. Il a publié, sous le pseudonyme de René François, un ouvrage curieux intitulé : Essai sur les merveilles de la nature, 1 vol. in- 4", où il a recueilli toutes les locutions qui peuvent s*app1iquer à un sujet.

- Montmaur le Grec, professeur en langue grecque au Collège Royal (Collège de France), et parasite fameux. Sallengre a écrit sa vie et donné un recueil de pièces satiriques composées contre lui par Balzac, Ménage, Ferramus, Vion d'Ali bray, etc., etc.

' François de Harlay, frère du marquis de Breval, archevêque de Rouen. Il eut pour successeur son neveu, fils du marquis de Breval, et ce jeune prélat, archevêque a vingt-six ans, fut ensuite appelé au siège métropolitain de Paris.

* Peut-être faut-il lire Maignelay. Alors il s'agirait de Françoise-Marguerite de Gondi, femme du marquis de Maignelay, sœur du premier archevêque de Paris, cardinal de Retz, amie dn cardinal de Bérulle, qui lui a écrit plusieurs lettres qu'on trouve dans ses Œuvres. Elle mourut en 1650.

— « Voici d'autres merveilles. Ce sonnet, disent-ils, est bien

BÊPOIfSE.

La requérante fera apparoir de procuration des parties qui ont intérêt à l'usage du mot.

S'est présenté le sieur de Polastron, cadet de Gascogne », requérant que l'on n'6tât pas le point à leur honneur, ni réclaircissement à leur épée.

RÉPONSE

Pour ce qui est du point, soit communiqué aux professeurs en mathématiques; et pour réclaircissement de l'épée, renvoyé aux fourbisseurs.

S'est présenté le syndic des secrétaires Saint-Innocent <, requérant que le root de secrétaire ne pût signlHer en bon francois : le clerc d'un conseiller '.

pensé, lorsqu'ils veulent avertir qu'il est bien conçu.... Leur raison de cette insigne manière de parler, c'est que le terme conçu met de laides images dans Tesprit. 0 personnes impures ! faut-il que les ruisseaux argentés, clairs et vierges du Parnasse se con vertissent en cloaques tombant en vos inTâmes imaginations! i {M"« de Gournay, les Advis, 1651 f pp. 271-272.)

1 11 est nommé H. de Fierbras, dans rédition qu'a suivie M. Ed. Fournîer. Il était de la famille de cette Marguerite de Polastron qui fut la fondatrice de la congrégation de Notre-Dame des Feuillantines.

* C'est-à-dire des écrivains publics que Ton trouvait en grand nombre sous les galeries couvertes qui entouraient le cimetière des Saints-Innocents, devenu depuis un marché, comme le cimetière Saint-Jean, mais longtemps après.

' « Secrétaire se dit des domestiques de q:ielques grands seigneurs ou des gens de robe, qui leur servent à faire leurs dépêches et leurs affaires^ qui font les extraits des procès...; on lex appelait autrefois clercs de conseillers. > ( Dicl. de Fureticre.)

BÉPOlfSB.

Seront faites sur ce très-hambles remontranees an roi de

la Basoche ^

Se sont présentées plusieurs dames , requérantes qu'elles pussent approprier le mot de ravissant *, et l'appliquer à tout ce que bon leur semblera.

BÉPONSB.

Accordé, sans préjudice aux trésoriers d'en user.

S'est présentée une mercière du Palais, requérant qu'il fût déclaré que c'est parler bon françois de dire qu*ane dame porte un galand*.

1 Le roi de la Basocbe était le chef de la commananié des clercs da parlement de Paris. Cette royauté, établie par l^bllippe II, dotée de nombreux privilèges par François I**', fut supprimée par Henri III, à cause da grand nombre des clercs, qui s*élevait alors à dix mille; depuis ce temps, tous les droits de la Basocbe passèrent aux mains de son Chancelier.

' Saint-Amant se moque aussi de

, . . . A merveille, à ravir y Termes proprets dont il faut se servir.

— Voy. la Comédie de VAcadémiCy ci-dessus, p. 448.

' IJn galand, c*est un nœud de ruban On remarque dans Ifw Œuvres de Voilure une lettre « à Mademoiselle de Rambouillet en lui envoyant douze galands de ruban d'Angleterre pour une discrétion qu'il avoit perdue contre elle ; » il y joue sur Téquivoque du mot. On lit, dans les LoU de la galanterie, qui se trouvent dans le Nouveau Recueil des pièces les plus agréables de cê temps (1644), ce passage curieux : f 11 y a de certaines p'^tites choses qui coûtent peu et néanmoins parent extrêmement un homme, faisant counoître qu'il est entièrement dans la galanterie, d'autant que les mélancoliques, les vieillards, les sérieux et les personnes

BÉPONSB.

Accordé, en distinguant.

vni.

S'est présentée la demoiselle de Gournay, demandant le rétablissement des mots : ains, jadis j piéça^ eXjaqoit^ bons vieux gaulois, comme savent ceux qui ont lu les livres modernes \

BBPONSB.

Fout jadis et piéça, fins de non recevoir; et pour le mot ains, soit communiqué aux rhabilleurs de vieux livres, qui, en ayant 6ié les mots qui leur semblent trop moisis de vieillesse, y en mettent quelques nouveaux, afin de faire passer cela pour nne nouvelle traduction ^

peu civilisées n*en ont point de même ; comme par exemple d'avoir un beau ruban d'or et d'argent au chapeau, quelquefois entremêlé de soie de quelque belle couleur, et d*avoir aussi audevant des chausses sept ou huit des plus beaux rubans satinés et des couleurs les plus éclatantes qui se voient. L'on a beau dire que c'est faire une boutique de sa propre personne, et mettre autant de mercerie à l'étalage que si Ton en vouloit vendre ; il faut observer néanmoins ce qui a cours , et , pour montrer que toutes ces manières de rubans contribuent beaucoup à faire parottre la galanterie d'un homme, ils ont emporté le nom de galants par préférence sur toute autre chose. » Cette petite pièce est de Charles Sorel, i'auteur du Rôle des présentations; elle est suivie, dans le Recueil, d'une autre intitulée le Jeu du gnland. — Dans le sens de ruban, on devrait écrire galan comme galon, de l'italien galano, — Cf. Corneille, la Galerie du Palais. — Ed. Fournier, Variétés historiques et littéraires^ I, 153.

* Voy. la Comédie de V Académie , ci-dessus, et plus bas la Requête des Dictionnaires.

* Allusion à Baudouin, qui avait rajeuni diverses traductions, entre autres celle des Œuvres de Sénèque par Mathieu de Chalvet. Despréaux a eu pU s tard l'occasion de railler l'abbé Tallemant,

U fade traducteur du franeoi» d'Amyot.

S*est présenté le procureur des Petites-Maisons, requérant que le langage de Le Herty ne fût pas supprimé ^

RÉPONSE

Soit communiqué aursieur de Vaux *.

S*cst présenté Bocan *, requérant que bail à ferme n'ail plus de pluriel, si bal où Ton danse n'en a aussi un trèsdistinct; d*autant que de dire des bals^ il semble que ce soit mal parler^, comme dire des chevnls^ et que les bails à ferme veulent s'approprier tous seuls le pluriel de baux.

BEPONSE.

A cause de Timportance de Taffaire, sera député un tabellion royal pour ce qui est du bail à ferme^ et un intendant des plaisirs nocturnes ^ pour ce qui est du bal à danser,

' Le Herly était un fou, dont Sainl-Ainanl, G. CoUelel, Sarasin nous ont conservé le nom. Ce liernier, dans son poomo de Ihilof vaincu, le donne pour pire à Dulot, povle royol et arc/n- (fpiscopal^ inventeur des bouts-rimes. Tallemant dii que « de sang-froid, Voiture alloii entretenir Le Herty aux Pet îles-Maisons. Ce fou Tappeloit le grand prévôt de la justice divine aux enfers. ■

- Le sieur de Vaux n>sl autre que le comte de Cramail, qui publia sous ce nom son livre des Jeux de t inconnu. — La 2' partie en est dédiée à Le Herty. < En 1630, dit M. Ed. Fournier, parut un petit livret attribué au mùme auteur et intitulé : L* Herty, ou Vun'ivcrsel. »

' Célèbre maître de danse. — Voyez son article dans Sauvai, Antiquités de Paris,

* Le pluriel du mot bal était peu usité, au dire de Oudin, Grammaire française, édit. de 1656, p. 83.

"' Allusion au titre que prenait Porchères- TArbaud. — Voyez )i. iii.

PIJ'CES JI'STIFICATJVES. 461

afin de consulter ensemble sur quelque moyen d'accom** modatloD; et le tout, fait et rapporté, être ordonné ce qu'il appartiendra par raison.

S'est présentée Perrette Le Maigre, doyenne des harangères de la Halle, suppliant pour la mi-earôme.

RÉPONSB.

Soit Joint au procès intenté pour la mi-août ^

S'est présenté Margot-pisse-à-terre, recommandaresse de nourrices', pour supplier que dorénavant les nourrices qu'elle baillera soient immatriculées au secrétariat des Grands Jours de l'Éloquence françoise, afin qu'il paroisse comme elles sont capables d'apprendre à parler bon françois aux petits enfants.

RÉPONSE

La Compagnie, sans approuver le mot de recommandaresse, députera commissaires pour approuver les nourrices capables d'apprendre à parler aux petits enfants.

^ Allusion aux discussions soulevées sur le genre des mots comme le ou la minuit , la mi-carême, la mi-août, etc. — Voyez Vaugelas.

' Les recammandaresses étaient des femmes qui tenaient ce que nous appelons maintenant des bureaux de placement. L'établissement des quatre recommandaresses était un des plus anciens de la monarchie. Il avait été créé, parait-il» en 1350, eu faveur des quatre filles de la nourrice du roi Jean, fils de Philippe VI. Les rucommandaresses recevaient I livre 11 sols de salaire sur chaque nourrice ou chaque servante qu'elles procuraient. Voy. Hurtautet Magny, Dicf, hist, de Parts,

S*est présenté Gilles le Niais, sieur de TournigaetS Ton des ordinaires du Cheval de Bronze *, ayant procuration du Filou et du Lanturlu^^ requérant que les mots de : vraiment^ c'est mon^ voilà bien de quoi^ et autres, qui se trouvent dans les chansons du Pont-Neuf, soient approuvés pour bons françois.

* Gilles le Niais était peut-être le nom d*an de ces maîtres de petits jeux qui faisaient jouer au tourniquet à l'aide d'une planchette ronde, divisée à la circonférence par des pointes marquées de chiffres; au milieu était Gxée une longue aiguille horizontale; les joueurs faisaient tourner le tourniquet, et, selon le point où s'arrêtait Taigùille, il y avait gain ou perte d*un objet convenu. Ce jeu existe encore dans nos foires et fêtes de village. Les filous faisaient arrêter l'aigaille où ils voulaient, à Taide de morceaux d'aimant fixés aux points favorables pour eux. M. Fr. Michel, dans ses Recherches sur Vargoty cite un grand nombre d'exemples où figure ce mot, dont le sens lui a échappé.

* Le Cheval de Bronze, c'est-à-dire la statue de Henri IV sur le Pont-Neuf, était le rendez-vous des charlatans, chanteurs, vendeurs de gazettes, fripons, filous et badauds.

' Le Filou, le Lanturlu^ comme aussi le Jean lie Nivelle et le

Roquentirif étaient des chansons fort à la mode à cette époque.

L'histoire de ces chansons se trouve dans ces couplets empruntés

au Nouveau entretien des bonnes compagnies (Paris, J. Villery,

Dites-moi qui est-ce

Qui chante les Boiteux?

Quant à moi je les laiiM

Avec les Morveux^ Et le Coq du voUinagef Et les Perroquets sont vieux :

Quand les femmes sont ensemble Leur caquet vaut beaucoup mieux . . •

Lûnturlu n^est plus en règne ; Maître Jean de Nivelle

BBPONSE.

Soit communiqué à Jean de Nivelle et à Roquentin,

S*est présepté un châtré, prétendant en politesse, à pause de son ventre et de son menton, lequel ^ demandé qu'il lui fàt pçrmis de mettre ep lumière le septième tome des Particules frapçoisea.

Défende de le faire sans attestation K

Se sont présentés quelques Jeunes muguets , chanteurs de : Quand pour Philis, faisant les polis aussi bien en poésie qu'en prose, et soi-disant voisins du Pont-Neuf, pont Saint- Michel, pont aux Doubles, de la Grève, vallée de Misère, carrefour Guillery, porte Baudets, et autres lieux remarquables, lesquels ont très - ))umb|ement remontré qu'ils étoient importunés chaque jour des mauvais mots de chansons qui se chantoient et débitoient èsdites places où le peuple étoit notablement trompé et éloigné de la vraie éjoquence.

Vous êtes un ^aAd fat Quand dedans la ruelle Vous pariex de TÉtat.

On lit encore, dans le même Recueil, p. 253 :

L*on soit une mode nouvelle.

Les Lanturlut sont insolents ; On s*est ennuyé des galanU; Voia a banni Jean de Nivelle ^ St chacun court au Perroquet,

Perroquet^ perrofli*«(, Pour en entendre le caquet.

^ On aarait dit, dans cette langue qai brave l'honnêteté : sine iestibus, et l*équivoque est aisée à comprendre, en rapprochant ce mot de la qiialité du plaignant.

G*est pourquoi, vu même que ces chauteurs de chansons, lels que Taveugle Savoyard ^ et autres, étoient si osés que de parler de rentrée des reines, de la venue des ambassadeurs, de la victoire de nos princes et de toutes sortes d'affaires d'État, dans leurs mauvaises rimes, ce qui étoit honteux de voir que. cela fût si mal ordonné, ils requéroient qu'il y eût quelque bon poète délégué de l'assemblée, pour leur faire désormais des chansons suivant les règles, et pour corriger les anciennes, cela étant de grande conséquence, puisque les crocheteurs, les valets qui cherchent maîtres, les paysans qui viennent au marché, et quantité d'autres personnes, n'apprennent point ailleurs ce qui se passe.

RÉPONSE

Seront choisis entre les bons chansonniers des intendants pour y avoir égards, et seront gagés aux dépens du public.

Se sont présentés quelques libraires du Palais', qui pensent

* Despréaux a parlé encore (Satire IX, vers 78) des airs on Savoyard; c'était, dit-il lui-même dans une note de l*éditioii de 1701, « un fameux chantre du Pont-Neuf, dont on yante encore les chansons. > On a imprimé un c Recueil notiveau des chansons du Savoyard par lui chanlées à Paris. > — f II les chantoit, dit un commentateur, sur le Pont-Neuf, aidé de quelques jeunes garçons qu'il avoit instruits à chanter avec lui , et il accompagnoit ses chansons de plusieurs bouffonneries qui attiroient le peuple. Il se nommoit Philippol. Son père avoit fait le même métier que lui et éloit connu aussi sous le nom de Savoyard. »

^ Les libraires qui avaient leurs boutiques sous les galeries qui entouraient le Palais de Justice seml>laient avoir en effet le privikge de la vente des livres en vogue (voy. Corneille, la Galerie du Palais); aussi,«quand parut chez Jean Ribou, qui demeurait sur le quai des Augustins, le Dklionnaire des Précieuses^ de S>omaize, un de ses amis qui fit une préface à son livre se crut obligé

être en possession d'inriprimer les pièces les plus curieuses, lesquels croyant que la séance des Grands-Jours de l'Académie fût une audience toute fermée, et qu'on la dût appeler françoise, d'autant qu'elle n'étoit ni angloise ni espagnole, vinrent demander fort humblement qu'on leur permit d'imprimer les livres de l'Académie françoise.

BÉPONSB.

A eux permis d'imprimer tant qu'ils voudront le livre de l'Académie françoise, de Pierre de La Primaudaye, sieur de La Barre ^

Quelques-uns, n'ayant pas bien entendu, s'en retournoient contents. Mais les autres, faisant connottre qu'ils vouloient parler de l'Académie Cardinale *, dont ils souhaitoient imprimer les diverses pièces, expliquèrent leur demande par un seconde requête, sur quoi ils eurent pour réponse :

Soit défendu d'en rien Imprimer, outre la censure du Cid.

à le Justifier, c Ses ennemis... ont dit ensuite, comme une chose fort injarieuse, que ses ouvrages ne se vendoient pas au Palais; mais il faat qu'ils aient été bien dépourvus de jugement en faisant ce reproche, puisqu'ils travaillent à la gloire de leur ennemi en pensant lui nuire. En effet, y a-t-il rien de plus glorieux pour H. de Somaize que d'avoir fait vendre»neuf ou dix ouvrages dans un lieu où l'on n'avoit jamais rien fait imprimer de nouveau ?» — Voy. notre édit. de ce livre, Paris, P. Jannel, 1856, 2 voi in-16 (Biblioth. elzév,), t. I, p. U-15, et t. II, p. 48, texte et note.

* V Académie françoise du sieur de La Primaudaye parut d'abord en 1577 et 1580, en deux parties in-f°; il fui réimprimé ïnW sous ce litre : t L'Académie françoise, divisée en quatre livres, ouvrage dans lequel il est traité de la philosophie humaine et morale, de la naturelle et divine, avec un Traité de la connoissancc de l'homme et de son institution en bonnes mœurs. » — Saumur, Th. Porteau, 1613, 4 tomes en 1 vol. in-4°.

* Voy. ci dessus, p. 18.

Là^dessus s'est présenté le procureur-syndic de cette illustre assemblée, où personne n'avoit été reçu sans un savoir exquis, lequel s*est plaint qu'entre les diverses pièces venues de Flandre contre le gouvernement, il y en a une qui porte le titre de Jugement sur la Préface des pièces servant à l'histoire^ « laquelle dit que le souverain ministre ' avoit dressé une école, ou plutôt une volière de Psaphon, de TAca* demie qui est en la maison du gasetier, où grand nombre de pauvres ardents apprenoient à composer des fards pour plâtrer de laides actions, et à faire des onguents pour mettre sur les plaies du public et du Cardinal , lequel promettoit de l'avancement, et donnoit de petites assistances à cette canaille qui combattoit la vérité pour du pain; ■ que l'auteur de cette pièce avoit donné sujet de croire qu'il par* loK d'eux , les comparant à ces oiseaux auxquels Psaphon avoit appris à dire : Psaphon est Dieu ; et que le même auteur, dans les instructions de V Ambassadeur ckimé^ rique^ dit encore que « Jean Sirmoiffl, duc de Sabin, ambassadeur, aura pour son train cinq ou six ardents de l'académie gazétique , hardis à mentir, et surtout instruits aux louanges du cardinal de Richelieu : » en quoi il y a une grande occasion de plainte sur ce que le sieur Saint-Germain Morgues, qui a composé ces libelles, étant à Bruxelles, a si mal dépensé en espions que de prendre une digne et célèbre Académie pour les conférences pédantesques qui se font les lundis au Bureau d'adresse, parmi les valets à louer et jes nippes à vendre, et au milieu de la savaterie, requéroit qu'il y fût pourvu , et concluoit à réparation d'honneur.

^ Voy. ci-dessus, p. 322-223 et 400.

RÉPONSB.

Tenu en souffrance pour le présent, sauf à le corriger aux premières impressions qui se ferojat en France des livres audit sieur de Saint-Germain K

1 Daos réditiou de M. Ed. Fournier, la pièce se termine ainsi : • Comme rassise étoit prête à se lever, s*est présenté tumultuairement le sieur de L'Usage, déclarant par le notaire Le Peuple qu*il se portoit pour appelant devant qui il appartiendroit de tout ce qui seroit ordonné par Messieurs tenant les Grands- Jours de rÉloquence françoise, si au«préalable ne lui étoii communiqué en Cour, où il élisoit domicile.

» La Compagnie a dit que ne pouvoit, pour le présent, être opiné sur cette affaire, parce que Theure d*aller chercher à vivre venoit de sonner, après laquelle est arrêté aucune affaire ne pouvoir être traitée ni proposée, échéant besoin notoire à la plus grande partie de Messieurs de sortir précisément à icelle. >

DISCOURS SUR LACADÉMIE FRANÇOISE, esiablie pour la correction et V embellissement du langage; pour sçavoir si elle est de quelque utilité aux particuliers et au public, — Et où l'on voit les raisons de part et d'autre sans déguisement. — Paris, J. de Luyne, M. D: LIV. — \ vol. io-iâ <.

Dans sa Préface, Ch. Sorel avertit que ce livre, composé depuis quatre ans, n'a point pour occasion la Eeiation récemment publiée, quoiqu'il ait fait quelques additions pour y répondre.

Î/Académie française ayant de nombreux partisans et de nombreux adversaires, il est intéressant de savoir si elle est utile ou nuisible. L'auteur agira avec impartialité : « Il est certain qu'un bomme sans intérêt a droit de dire ce que les plus intéressés ne diroient point, comme il a le pouvoir aussi de voir ce qu'ils ne voient pas. » Jusqu'en 1651, les Académiciens mêmes étaient peu connus, puisque le vrai état du gouvernement de la France en 1651 nomma comme Académiciens des gens qui ne Tétaient pas.

Et maintenant que disent leurs amis? « On publie de vive voix et par écrit... que l'Académie françoise ne servira pas seulement à faire que les auteurs et les personnes les plus considérables du royaume parlent plus purement, mais aussi la plupart du peuple ; que la langue françoise s'étant rendue plus facile, plus copieuse, plus élégante et plus agréable par son moyen, elle demeurera fixe en cet état, et que les livres qui suivront ces dernières et indubitables maximes seront

* Voy. page 50.

en crédit à perpétuité ; que de plus, les étrangers devenant amoureux de cette langue qu'ils ont méprisée jusqu'ici, elle sera le lien de paix et de société entre plusieurs nations, et sera un moyen de faire que nos Monarques étendent leur domination sur l'une des plus considérables parties du monde. »

Les adversaires de l'Académie objectent quMIs ne s'effrayent pas du nom « du cardinal de Richelieu et de tant de personnes qualifiées qui sont de l'Académie, parce que leur qualité n'a rien à démêler avec la science, qui se trouve plutôt dans la tête des pauvres que dans celle des puissants et des riches; — que si l'Académie est composée de gens de talent, ils doivent donner, en corps, quelque chose d'utile au bien public, et sont inexcusables de ne pas le faire; — que nombre d*entre eux ont apporté pour tout bagni;e, qui un titre, quelques stances ou quelques élégies, qui des ouvrages très-foibles, comme le prouve le livre de Peljisson qui en donne une liste si complète. »

L'Académie doit donner une grammaire et un dictionnaire; — mais, en attendant tout cela, quelle règle suivre ? — « Plusieurs d'entre eux ont déjà fait des ouvrages si réguliers, qu'ils peuvent servir d'une instruction accomplie. Lorsque Ton a quelquefois demandé à Malherbe pourquoi il ne nous donnoit pas une nouvelle grammaire, lui qui étoit le grand critique et le réformateur du langage frauçois, il disoit, au commencement, que l'on n'avoit qu'à écrire au contraire de ce que faisoit un certain historien de son siècle, qu'il nommoit, et que l'on écriroit bien; mais aussi pour une instruction directe, ayant fait sa traduction du 33* livre de Tite-Live, il dit que l'on n'avoit qu'à en suivre les règles pour écrire purement en notre langue, et qu'il n'étoit pas besoin d'autre grammaire. »

On dit que rAcadémie veut retraocher des mots ; si elle consent à supprimer des termes comme : c jaçoity ains^ ainçoiSj illec^ piéça^ issir, ferir^ euider, maltaleni^ encombrier^ destourbier, et autres semblables, l*on ne se sauroit fâcher justement... puisque même la populace les condamne, ne sachant plus qu'à peine ce qu'ils signifient; » mais elle va plus loin, et c'est là son tort.

Et si l'Académie voulait régulariser la langue, « neseroit* il pas à propos de la purger premièrement de tant de lettres inutiles qui trompent à l'abord les étrangers qui la veulent savoir, et qui empêchent que les enfants n'apprennent si tôt à lire, et ne faudroit-il pas que l'écriture s'accordât à la prononciation? Ne devroit-on pas Ater aussi toutes les particules superflues? Ne sufQt^l pas de dire on? pourquoi dit-on quelquefois Von , y ajoutant une il et en disant ajoute-t-on et aionte'Ml^oxkfaudra't^il^ qu'est*il besoin de ce T au milieu, et que peut-il signifier? Que si cela sert à rendre la parole plus ferme, cela doit-il pourtant être souffert, ne signifiant aucune chose? D'ailleurs, ne faudroit-il pas mettre ordre que l'on parlât plus correctement et que Ton ne joignit point un masculin avec un féminin, comme en disant mon âme et mon espérance? » Cette objection est mal fondée, car chaque langue a ses particularités : a Les syllabes ou lettres que l'on condamne comme inutiles, se sont comme incorporées avec les mots. » M. de Yaugelas, ce Savoyard qui a fait un livre d*observations sur la langue française, en fondant ses décisions sur l'usage de la cour, n'a-t-ii pas eu tort d'être si exclusif? Le bon usage des mots ne sera-t-il point connu ailleurs que parmi des gens d'épée pour la plupart? « Ne s'observera-t*il point dans les synodes des prélats et dans les conférences ordinaires de quelques ecclésiastiques ou dans les sermons des prédica-

leurs? Ne se trouverait-il point dans les assemblées des parlements et autres juridictions, où il se fait tant de ha* rangues et de remontrances?... Le bon usage ne se rencontrera*t-il point aussi dans les conversations de tant d'officiers ou de notables bourgeois, et de tant d*honnétes gens qui habitent aux villes? Quoi, le plus grand nombre ne le doit-il pas emporter sur le moindre? »... Toutefois, lors même que la cour veut réformer un mot, elle fait moins de mal à la langue que des réformateurs inconsidérés qui suppriment sans motif Tun la conjonction car^ un autre mais et parce que^ un troisième cependant^ néanmoins^ mainte^ nani et beattcoup^ a parce qu'il s'en peut faire quelques équivoques, comme ce pendant d'oreilles, etc. »

c £n ce qui est des mots nouveaux, Ton tient de vrai que l'Académie en a quelques-uns par lesquels elle veut que Ton reconnoisse ses confrères ou agrégés et ses sectateurs. Ily a longtemps qa' intrigue^ conjoncture^ justesse ^ ajuster et propreté j et autres roots assez utiles, sont reçus partout ; aujourd'hui, Ton met en crédit exactitude^ gratitude et quiétude; l'on ne parle que d'être obligé indispensablement et par une nécessité indispensable; Ton ne dit plus un transport d'esprit, l'on dit un emportement. L'on forme à toute heure plusieurs noms nouveaux, tels qnadnusement^ accablement et abandonnement; il faut dire que Von a Vesprit bien tourné, que Von donne un certain tour aux choses, que l'on le fait de la belle manière ^ que l'on dit cela tout franc y et que l'affaire dont il s'agit est de la dernière conséquence; il faut parler aussi de sentiments tendres et délicats^ et dire qu'un raisonnement est fin on que l'on raisonne juste,

» Entre ces mots nouveaux et ces façons de parler nouvelles, on en trouve assez qui donnent quelque sujet de

censure. Je ne m'attacherai ici qu'à cette façon de parler, de raisonner juste y qui aura peine à être reçue par les gens savants : car le root de juste ne signifie pas ce qui appar* tient à la vertu de Justice, mais ce qu'on Sip^We justesse ou proportion, et c'est une métaphore prise des tailleurs, desquels l'ont dit qu'ils font un habit bien juste ^ et de là vient ce nom de juste au corps ^ ce qui rend la phrase trop basse pour une matière si haute que le raisonnement. Personne n'avoit auparavant commencé d'user de ce langage que les chantres à la mode, qui disent qu'ils chantent juste, et ceux qui tirent de l'arquebuse ou de l'arbalète qui disent qu'ils tirent juste. Ce n'est pas une autorité valable. >

Sorel se moque ensuite de ceux qui discutent sur on ou ron, qui rejettent horrible^ effroyable et épouvantable^ en faveur de terrible et terriblement; qui repoussent de manière que, de façon que, si bien que^ tellement que^ de sorte que, qui ont des scrupules sur pas ou point : petites difficultés de petits esprits, mais indignes de l'Académie. « Il feroit beau voir, en effet, que des hommes qui ont à écrire sur de grands sujets^ s'occupassent entièrement à des vétilles de grammaire et à considérer s'il faut dire l'on ou on^ par ce que on pour ce que^ ils eussent été mieux ou ils eussent mieux été; s'il faut écrire ; hé quoi ! ou et quoi? treuver ou trouver, épreuver ou éprouver , tumber ou tomber, vindrent ou vinrent , doncque ou donc, avecque ou avec, jusques à ou jusqu'à, paroistre ou paroitre, » — Toutes ces futilités n'ont rien à faire avec l'Académie.

a Néanmoins on persiste toujours à publier que tous

les mots fantasques et tous les termes à la mode tirent de là leur origine, et que l'on counoft par ces petites marques ceux qui sont de l'Académie ou de la secte des Académiciens, et qui ont leur fréquentation ordinaire...

(( Plusieurs assurent aussi que, dès maintenant, il y a trois ou quatre dames à Paris, chez lesquelles Ton use de certains mots et termes particuliers, et que par l'accoutumance que quelques-uns ont de s'en servir, s'en servant de même autre part, l'on connott ceux qui ont eu Thonneur d*assister aux conversations qui se tiennent en la présence de ces vertueuses du siècle, ou qui ont fait leur profit à ce qu'ils en ont ouï raconter, de sorte qu'à les ouïr l'on peut dire avec assurance : Ces mois là sont de Phôtel d*Amaranthe^ et ceux là de r hôtel de Sylvie. L'on croit que c'est chez de telles dames que l'on apprend le vrai langage de la cour, et que c'est de là que l'on puise le bel usage ; et l'on fait fort bien de le direy car de se persuader ce que ce bel usage vient de la cour absolument, ce seroit beaucoup se tromper, puisqu'en ce pays-là, l'on prononçoit autrefois une femme grousse^ une belle chovse, et un Joussé, et que la plupart y disent encore : Je m'en va à Paris; on z%j va; on s'y est; je suis chevz moi; sortes mon cheval de l'escuirye; il faut quun tel vieigne et qu'il preigne patience , et ron y prononce de la sarge, selon même ce qu'en dit M. de Yaugelas... S'il est certain qu'il y ait des courtisans aussi grossiers de langage que de simples bourgeois, c'est pour ce sujet qu'il faut choisir entre eux ceux qui sont les plus spirituels et qui se trouvent aux plus beaux réduits ; ces dames, qui en sont les maîtresses, y tiennent un petit empire que leur condition et leur mérite leur attribue Justement ; néanmoins, doit-on prendre deux ou trois maisons pour toute la cour? Encore que ce soient là les maisons les plus polies, doivent-elles être crues absolument du langage s'il ne s'y fait assez souvent que des assemblées de courtisans discoureurs sans doctrine et sans fonds, et de jeunes demoiselles sans expérience? « — Pourquoi accuser l'Aca-

demie d*accepter ou non les façons de parler de ces dames, puisque TAcadémie ne produit rien, et n*a pas même, comme on le désirerait, de séances publiques?

A un autre point de vue, on s*est moqué des patentes qui les établissaient et leur conféraient certains privilèges, ou ridicules ou cruels (exemption de guet, de tutelle et cnratelle, etc.) c L*on sut partout la répugnance que le parlement y avoit eue longtemps, et ce qu*avoit dit un conseiller de la grand*chambre, en opinant c que d'assembler le parc lement pour si peu de chose, cela le faisoit souvenir de « cet empereur romain qui envoya quérir tout le sénat pour « savoir à quelle sauce il devoit manger un poisson. » — L'histoire académique a déclaré ceci ouvertement, mais elle n'a pas dit que ce conseiller fût M, Scarron, et ne sait-on pourquoi, car il n'y avoit point à craindre le burlesque du fils : c*ebt honorer la mémoire du père de montrer qu'il a toujours opiné fortement et avec liberté. »

< Plusieurs de ceux qui, ayant toujours été de l'Académie du cardinal de Richelieu, ont pris en même temps un tout autre plaisir dans celle qu'ils tenoient encore avec d'autres personnes chez la feue vicomtesse d'Auchy, ont quelquefois récité les mêmes harangues qu'ils avoient faites pour leur première assemblée, et où, après les récits, la conversation ctoit plus libre et plus galante, quelques dames de condition et d'esprit y ayant été reçues.

> Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il se tient en France des Académies pour les lettres. Les sept poètes qui composoient la Pléiade au temps de Ronsard , et du nombre desquels il étoit, formoient une espèce d'Académie, et Pasquier dit dans ses lettres qu'ils s'attribuèrent aussi. le pouvoir de changer quelque chose au langage.

» Le roi Henri III a fait tenir quelque temps devant lui

uue Académie où se trou voient Desportes, abbé de Tbiron, M. du Perron, alors lecteur du Roi , avec quelques autres savants du siècle. — D'Aufajgné a fait entendre dans son Histoire que ce roi lui (It une fois l'honneur de Vy admettre. Plusieurs questions de philosophie étoient là agitées de part et d'autre, et il s'en trouve quelques-unes tant manuscrites qu'imprimées sous le titre de Discours académiques et sous d'autres noms.

» Le livre de l'Académie fi^an^oise de P. de La Prlmaudaye représente les entretiens de quatre jeunes gentilshommes qui, pour montrer le fruit de leurs études, formoient une espèce d'Académie devant leurs pères, laquelle a bien pu être vraie,

> Les Conférences académiques recueillies par M. de Heere, doyen de Saint-Agnan d'Orléans, sont les discours ou harangues d'une Académie tenue avec MM. Former et Petau, et autres hommes doctes de la même ville.

» L'année 1631, le feu archevêque de Rouen fit tenir une Académie publique dans l'abbaye de Saint-Victor, où quelques religieux de divers ordres et autres personnes ecdésias-^ tiques parloient de plusieurs doctes matières. Quelques années après, le cardinal de Richelieu, qui aimoit fort toutes sortes d'actions publiques, s'étant ressouvenu de celle-ci, voulut se donner le plaisir d'une chose qu'il n'avoit point vue, et faire renaître cette assemblée. Comme il étoit toutpuissant, les mêmes hommes qui l'avoieut composée furent bientôt réunis, et il les entendit discourir sur les mêmes matières qu'ils avoient traitées autrefois, leur ayant seulement donné pour adjoint le docte Campanella, qui étoit alors bn France, lequel fut le modérateur ou plutôt le président de l'assemblée, et au lieu du cloître Saint-Victor, l'on la tint dans la galerie de Conflans.

« Nous avons vu aussi les conférences qui se tenoient autrefois sur plusieurs questions de physique et de morale au bureau d'adresse, chez Théopbraste Renaudot qui en étoit Tintendant, et il ne sert de rien de les traiter de mépris, à cause des divers tracas qui se faisoient encore au même lieu, comme de la vente et distribution des gazettes, et de la communication que Ton y donnoit des registres, des bénéfices à permuter et des maisons à vendre, et pour les valets que Ton y trouvoit à louer, l'argent que l'on y prétoit sur gages, les bardes engagées que Ton vendoit à l'encan, ce qui rendoit quelquefois cette maison une vraie friperie. Cela n'empéchoit pas qu'à d'autres heures elle ne parût soudain une école de philosophes, et l'on pouvoitdire que ses diverses applications se faisoient pour la rendre un modèle de notre police, et an abrégé de la vie humaine. £n ce qui est de ses disputes, ou discours de doctrine, quoiqu'ils ne se fissent pas avec tant d'appareil et d'ordre que l'on les eût pu faire chez les grands seigneurs, c'étoit à peu près néanmoins ce que pouvoit exécuter un petit particulier, et cette assemblée a eu ceci d'excellent au-dessus de beaucoup d'autres, qu'il reste quatre livres de ses Conférences, pour quatre années qu'elles ont duré, où l'on trouve beaucoup de belles curiosités.

« M. Flurance Rivault, dernier précepteur du roi

Louis XllI, fit imprimer, en l'an 1612, le dessein d'une Académie et de son introduction dans la cour;.... mais elle n'eut point d'exécution, et il semble pourtant que notre Académie françoise ait été établie sur ce modèle, sinon que, comme au lieu du Roi elle n'a eu qu'un cardinal pour protecteur, aussi ad lieu des grandes matières, de la première elle ne s'est réservé que des questions de grammaire et tout au plus de rhétorique pratique. >

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