‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 104 sur 180 · ÉP1TRE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

ÉP1TRE DÉDICATOIRE

démie Françoise. Nous sentons combien nous honore une protection si glorieuse (l7); mais quel boubeur pour nous de trouver en même temps le modèle le plus parfait de l'éloquence (") ? Vous êtes, Sire, naturellement et sans art, ce que nous tâchons de devenir par le travail et par 1 étude (»•) ; il règne dans tous vos discours (*°) une souveraine raison (*'), toujours soutenue d'expressions fortes et précises, qui vous rendent maître de toute l'âme de ceux qui vous écoutent, et ne leur laissent d'autre volonté que la vôtre ("). L'éloquence où nous aspirons par nos veilles, et qui est en vous un don du Ciel, que ne doit-elle point à vos actions héroïques (M) ? Les grâces que vous versez sans cesse sur les gens de lettres peuvent bien faire fleurir les arts et les sciences; mais ce sont les grands événements qui font les poëtes et les orateurs (**) : les merveilles de votre règne en auroient fait naître au milieu d'un pays barbare.

« Tandis que nous nous appliquons à l'embellissement de notre langue, vos armes victorieuses la font passer che2 les étrangers (") : nous leur en facilitons l'intelligence par notre travail, et vous la leur rendez nécessaire par vos conquêtes; et si elle va encore plus loin que vos conquêtes, si elle réduit toutes les langues des pays où elle est connue à ne servir presque plus qu'au commun du peuple, une si haute destinée vient moins de sa beauté naturelle et des ornements que nous avons tâché d'y ajouter ("), que de l'avantage d'être la langue de la nation qui vous a pour Monarque, et ( nous ne craignons point de le dire) que vous avez rendue la nation dominante. Vous répandez sur nous (*7) un éclat qui assujettit les étrangers à nos coutumes dans tout ce que leurs lois peuvent leur avoir laissé de libre ; ils se font honneur de parler comme ce peuple à qui vous avez appris à surmonter tous les obstacles, à ne plus trouver de places imprenables, à forcer les retranchements les plus inaccessibles. Quel empressement (,8}, Sire, la postérité n'aura-t-elle point à rechercher, à recueillir les mémoires de voire vie, les chants de victoire qu'on aura mêlés à vos triomphes? C'est ce qui nous répond du succès de notre ouvrage (M) ; et s'il arrive (*), comme nous osons l'espérer, qu'il ait le pouvoir de lixer la

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langue pour toujours, ce ne sera pas tant pour nos soins, que parce que les livres et les autres monuments qui parleront du rèjme de Votre Majesté feront les délices de tous les peuples, feront l'étude de tous les Rois, et seront toujours regardés comme faits dans le temps de la pureté du langage et dans le beau siècle de la France.

« Nous sommes (") avec une profonde vénération, etc. »

CR1TIQIE DE L'ÉIMTRE PRÉCÉDENTE.

0) Le Dictionnaire de l'Académie françoise parott enfin.) Ce mot, enfin, ne peut ici être dit qu'en deux sens : ou comme par un aveu de la lenteur de l'Académie à travailler; ou comme par une espèce de vaine complaisance, d'avoir pu venir à bout d'un si grand ouvrage. Or, dans l'un et dans l'autre sens, il est mal, parce qu'il n'est ici question ni de s'accuser, ni de se vanter.

Sous les auspices de Votre Majesté.) On dit bien : agir sous les auspices, entreprendre, achet er quelque chose sous les auspices d'un grand Prince, pour marquer que c'est par ses ordres que tout s'est fait ; que c'est son génie, son bonheur qui ont influé sur tout. Mais parolt sous les auspices ne se peut dire, à mon sens, que dans une occasion : ce ?eroit si un auteur n'ayant pas voulu, p3r modestie, mettre un ouvrage au jour, venoit à y être excité et comme forcé par les instances d'un grand Prince. Car alors on pourroil dire avec fondement, que cet ouvrage parolt au jour sous les auspices du Prince. Mais ici il n'y a rien de semblable.

's) Et nous avons osé mettre à la tête de notre ouvrage le nom auguste,] Celle phrase : mettre le nom d'un Prince à la tête d'un ouvrwjc, pour dire : lui dédier un ouvrage, me semble impropre, en ce qu'elle ne signiGe point en effet ce qu'on veut lui faire signifier. Le mol d'oier me semble aussi n'être pas à propos eu cet endroit. Car, en général, bien loin que ce soit une hardiesse à qui que ce soit de dédier un livre à un grand Prince, c'est au contraire une marque de respect , un acte d'hommage ; et pour

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