‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 105 sur 180 · CRITIQUE DE L'ÉPITRE DÉDICAT01RE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L'ÉPITRE DÉDICAT01RE

l'Académie, à l'égard du Roi, qui en est le Protecteur, c'est un devoir, c'est une obligation indispensable.

(4) Quelque soin que nous ayons pris oVy rassembler tous Us termes dont Véloquence et la poésie peuvent former l'éloge des plus grands héros.] De la façon dont ceci est énoncé, on pent croire que l'Académie, en faisant son Dictionnaire, n'a eu autre chose en vue que de recueillir les mots dont on peut se servir dans un panégyrique, dans une ode, dans un poëme épique ; ou que du inoins, en rassemblant aussi tous les autres, elle ne l'a fait que par manière d'acquit; mais que, pour ceux qui peuvent entrer dans l'éloge d'un grand Prince, elle y a travaillé avec tout un autre soin. Car c'est là ce qui résulte naturellement de la phrase dont il s'agit.

Que si on la veut prendre dans un sens plus étendu, et comme faisant une Cgure, qui , dans l'expression de la plus noble partie, comprend le tout, il y aura un autre inconvénient. C'est que tous les faiseurs de Dictionnaires seront aussi bien fondés que nous à dire qu'ils ont pris som de rassembler tous les termes dont on peut former l'éloge des plus grands héros.

11 y a d'ailleurs une autre observation à faire là-dessus : c'est que les mots de jurer, blasphémer, voler, tuer, assassin, traître, crime, poison, inceste, etc., ne sont pas moins dans le Dictionnaire de l'Académie que ceux de régner, vaincre, triompher, libéral, magnanime, conquérant, valeur, gloire, sagesse, etc.; qu'ainsi on peut dire avec le même fondement que nous avons pris soin de rassembler tous les termes dont on peut se servir pour faire les invectives les plus sanglantes, et pour décrire les actions les plus abominables.

(5) Tous les termes dont l'éloquence.] Phrase louche par ellemême et qui laisse en doute d'abord si on ne veut point dire : Tous les termes, Véloquence desquels.

(*) Nous avouons, Sire, que vous nous en aves fait sentir plus d'une fois et le défaut et la foiblesse.] Ces mots-là, de la manière dont ils sont rangés, font tout un autre sens que celui qu'on a voulu leur donner. On a voulu dire que le Roi nous fa i soit sentir la foiblesse et la pauvreté de la langue ; et celte phrase, tout au

contraire, étant ainsi conçue, signifie qu'il nous a fait sentir le défaut et la foiblesse des héros.

(7) Lorsque notre zèle.] Quand on a avancé une proposition, il faut que la preuve qu'on en donne ensuite y ait un parfait rapport. Ainsi, après avoir dit que le Roi nous a fait sentir plus d'une fois la foiblesse de la langue, il faudroit, pour le bien prouver, faire une espèce d'enuméralion de û\\ erses choses en quoi il nous l'a fait sentir. Mais ici on ne parle que d'une seule. Et outre qu'en cela on manque à prouver suffisamment ce qu'on a voit avancé, puisqu'une proposition générale ne *auroit être prouvée par un fait particulier; on donne, de plus, lieu de croire que ce n'est qu'à l'égard de ce fait particulier qu'on a trouvé la langue trop foi ble.

(") Parler du secret impénétrable.] Parler d'un secret, c'est le révéler, le divulguer. De sorte qu'on pourroit dire que, bien loin que le zèle et le devoir engagent a parler du secret impénétrable des desseins d'un Prince, ils obligent au contraire à n'en dire mot.

(») JV> répondoient pas à nos idées.] Il faudroit, pour la justesse de la construction , ont mal répondu, puisque auparavant il y a : nous ont engagés. Ou bien , ce qui seroit encore plus régulier : Toutes les fois que notre zèle ou notre devoir nous ont engagés..., nous avons trouvé que les mots.... ne répondoient pas à nos idées.

('•) Providence.] Reconnoltre que le terme de Providence n'appartient qu'à Dieu seul, et qu'il ne peut jamais être permis de donner aux hommes ce qui n'appartient qu'à Dieu, mais cependant dire en même temps qu'on le donneroil, s'il eloit permis de le donner, il y a en cela une contradiction d'idées, et cela se détruit de soi-im-me.

D'ailleurs, en disant : Et nous aurions osé, etc., s'il pou voit être permis, etc., on marque une grande disposition à faire la chose même que I on reconnolt n'être pas permise. Je ne sais si je me trompe ; mais cet endroit, à ce qu'il me semble, blesse la bienséance.

(,;) Ce qui nous console.] Voilà encore un endroit où l'expres-

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