‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 106 sur 180 · CRITIQUE DE L'ÉPITRE DËDICAT01RE · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L'ÉPITRE DËDICAT01RE

sion fait tort au sens. Car si l'Académie est véritablement touchée de ce qui regarde la gloire du Roi , ce ne doit pas être un sujet de consolation pour elle de ce que les autres langues ne sont pas plus capables que la nôtre de donner une juste idée des actions d'un si grand Prince. On ne peut avoir raison de s'exprimer de la sorte que quand on veut bien laisser voir qu'on n'agit que par émulation. Mais hors de là il est mal de dire qu'on se console de ne pouvoir pas bien faire, parce que d'autres ne peuvent pas faire mieux.

(«*) C'est que sur un pareil sujet les autres langues n'auraient aucun avantage sur la nôtre.] De ces deux sur, le premier est peut-être impropre, car on ne dit pas avoir avantage sur quelqu'un, sur quelque chose, mais en quelque chose. De plus, l'exactitude et la pureté du style ne souffrent pas qu'on mette dans un petit membre de période deux sur, qui dépendent tous deux d uo même régime.

(**) De brillant et de sublime dans leurs plus fameux panégyriques.] A prendre le mot de panégyrique, dans un sens étroit, cela n'iroit pas loin. Ainsi je ne doute point que, par les plut fameux panégyriques, on n'ait eu en vue tout ce que les anciens, Grecs et Romains, peuvent avoir fait de plus achevé, en matière de louanges, dans tous leurs ouvrages. Mais en même temps aussi je crois que c'est une exagération, et trop forte en elle-même, et vicieuse outre cela quant au sens et quant à l'expression, que de dire que ce qu'il y a de plus brillant et de plus sublime dans l'éloquence, ou grecque ou romaine , ne puisse pas avoir assez de force ou assez d'éclat pour soutenir le simple récit des victoires du Roi. Le brillant, le sublime et l'éclat ne sont point faits pour soutenir, et un simple récit ne doit point être soutenu. Cela implique contradiction.

(14) Qu'il nous soit permis, Sire, de détourner les yeux d'une gloire si éclatante.] Je ne blâme point celte phrase, mais pourtant les yeux d'une gloire peuvent trouver de mauvais plaisants.

(ts) Le vainqueur des nations.] Pour pouvoir dire qu'un Prince est le vainqueur des nations, il ne suffit pas qu'il ait été toujours

victorieux dans tontes les guerres qu'il a ou entreprises, ou soutenues contre diverses nations : il faut qu'il ait subjugue des nations entières. Or, cela ne se peut pas dire du Roi , quoique ses victoires el ses conquêtes soient plus grandes et plus glorieuses par elles-mêmes que celles des Princes qui ont subjugué plusieurs nations.

('•) Le vengeur des Rois.] Cette épithète ne convient pas non plus. Il faudrait, pour la fonder, que le Roi eût effectivement rétabli le roi d'Angleterre sur le trône. Tant qu'il ne l'y rétablit point , il est son protecteur, son appui , mais il n'est point son vengeur : le mot de vengeur supposant un bomme qui non-seulement a pris quelqu'un sous sa protection, mais qui Ta effectivement vengé de ses ennemis et rétabli en son premier état.

(17) Une piotcction si glorieuse.] La construction souffre ici. Car il ne suffit pas que, sous le terme de protecteur, celui de protection soit enferme, pour dire ensuite absolument une- protection si glorieuse; mais il faut nécessairement que celui même de protection ait été expliqué : ces mots, une si glorieuse, étant ici de même nature que le pronom démonstratif ce , qu'on ne peut jamais employer sans que le terme auquel il se rapporte ait été déjà employé peu de temps auparavant, ou sans ajouter ensuite quelque chose qui marque précisément de quoi il s'agit. Ainsi, après avoir parlé de la protection dont le Roi honore l'Académie, on peut bien dire : Une si haute protection, Sire. Que si l'on ne s'est point encore servi du mot de protection, il faudra dire : Une si haute protection que celle dont vous nous honorez, ou quelque autre chose de semblable. Car si l'on n'ajoute rien après une si haute protection, dans un cas où le même mot n'a pas précède, encore une fois il n'y a point de construction.

Si glorieuse. En parlant des grandes actions du Roi, c'est fort bien dit, des actions si glorieuses, parce que c'est à lui qu'elles apportent de la gloire. Mais en parlant de la protection que le Roi nous donne, comme ce n'est pas à lui, mais à nous qu'elle fait honneur, il faut le marquer cl dire : une protection qui nous est si glorieuse.

Ce qu'il y a encore de plus considérable à observer sur celle

Page 1