CH ARLES. COTIN
Conseiller et Aumônier du Roi', reçu à l'Académie le 3 mai 165*,
mort en janvier IS8Î.
Si je m'étois proposé de faire l'éloge des Académiciens dont j'ai à parler dans ce volume, j'avoue que je me sentirais arrêté tout court au nom de Cotin. Hé ! comment réhabiliter sa mémoire? Plaignons-le seulement d'avoir déplu à deux hommes dont un trait de plume donnoit, à qui bon leur sembloit, une immortalité de gloire ou d'ignominie, et voyons d'abord par où il se les étoit attirés.
Pour Despréaux, le fait est que ses premiers ouvrages commençant à faire bruit sur le Parnasse, il souhaita d'en montrer quelques essais à l'hôtel de Rambouillet, alors souverain tribunal des beaux esprits. Chapelain, Ménage et Cotin y étoient le jour qu'il y parut. Arthénice et Julie 2 louèrent le jeune poète, mais en même temps lui conseillèrent par bonté, et avec cette poli-
1 On lui donne dans quelques listes deux autres qualités, celle d'abbé de Montfronchel, et celle de chanoine de Bayeux. Pour l'abbaye, je ne sais ce que c'est ; pour le canonicat, il est vrai que M. Colin- en prit possession en 1630, mais ne voulant pas résider à Bayeux, il le résigna dès l'année suivante, (o.)
' La marquise de Rambouillet, et sa fille Julie d'Angenues, madame de Montausier.
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tesse dont les personnes de leur rang savent toujours assaisonner un avis, de consacrer ses talents à une espèce de poésie moins odieuse et plus généralement approuvée que ne Test la satire. Chapelain, Ménage et Cotin appuyèrent la môme thèse, mais durement, et avec l'aigreur de gens que l'intérêt personnel anime. Despréaux en fut piqué, et jura dès lors in petto de se venger en temps et lieu.
line autre source de sa haine pour l'abbé tCotin, c'est que celui-ci étoit intime ami de Gilles Boileau, et que, dans les brouilleries qui survenoient entre les deux frères, il prenoit toujours le parti de l'alné, et n'oublioit rien pour susciter des chagrins domestiques au cadet.
Venons à Molière. Quand il donna son Misanthrope, l'abbé Cotin et Ménage se trouvèrent à la première représentation, et tous deux au sortir de là ils allèrent sonnerie tocsin à l'hôtel de Rambouillet1, disant que Molière jouoit ouvertement M. le duc de Montausier, dont en effet la vertu austère et inflexible passoit mal à propos dans l'esprit de quelques courtisans pour tomber un peu dans la misanthropie. Plus l'accusation étoit délicate, plus Molière sentit le coup. Mais il l'avoit prévenu, en communiquant sa pièce, avant qu'elle fût jouée, à M. de Montausier lui-même, qui, loin de s'en
1 M. de Ram boni Met étoit mort le 26 février 1652; la marquise de Rambouillet mourut le 27 décembre 1665. — Mais l'hôtel passa à Montausier, leur seul héritier.— Le Misanthrope Tut joué pour la première fois le 4 juin 1666.
L'ABBÉ C0T1N. m
offenser, Tavoit vantée, et avec raison, comme le chefd'œuvre de Fauteur.
Au reste, la charmante scène de Trissotin et de Vadius est d'après nature Car l'abbé Cotin étoit véritablement l'auteur du sonnet à la princesse Uranie 2. 11 l'avoit fait pour madame de Nemours, et il étoit allé le montrer à Mademoiselle, princesse qui se plaisoit à ces sortes de petits ouvrages, et qui d'ailleurs considérait fort M. l'abbé Cotin, jusque-là même qu'elle « l'honoroit du nom de son ami3. » Comme il achevoit de lire vers» Ménage entra. Mademoiselle les fit voir à Ménage, sans lui en nommer l'auteur. Ménage les trouva ce qu'effecfectivement ils étoient, détestables ; là-dessus nos deux poètes se dirent à peu près l'un à l'autre les douceurs que Molière a si agréablement rimées *.
Un libelle, intitulé la Ménagerie, où l'abbé Cotin entasse injures sur injures contre Ménage *, fut la suite
1 Femmes savantes, acte 3, scène 3. (o.)
* On voit ce sonnet dans la seconde partie de ses Œuvres galantes, page 512.
Quant au madrigal sur un carrosse de couleur amarante, il y est aussi , mais comme un badinage donné pour tel. (o.)
1 Tome I du Mercure galant, 1672.(0.)
4 Cette scène avait été traitée déjA par Saint-Évremond, dans sa comédie de l'Académie, acte 1, scène 2. — Voyez tome I,p. 410, Pareille discussion aurait eu lieu entre Godeau et Cbapelain, selon Tallemant. (Édit. P. Paris, t. III, p. 2Gi>.)
Il auroit été plus juste de dire . epigrammes sur épigrammes.— La cause de la querelle ne fut point celle qui avait amené leur discussion chez Mademoiselle, mais un madrigal à la louauge de Sapho, mal interprété par Ménago, qui prit la défense de la dixième Musc. Le passage où Cotin signala Ménage à Molière,—