‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 26 sur 180 · II. «I · texte numérisé non relu

II. «I

m L'ABBÉ COÎÎN.

de ce qui s'étoit passé chez Mademoiselle. Que ne fit-il pas aussi contre Despréaux, et en vers, et en prose 1 ? Jusque-là nous voyons qu'il ne manqua point de courage, et qu'on lui faisoit mettre l'épée â la mam tant qu'on vouloit ; au lieu qu'il se tint dans l'inaction dès que Molière l'eut frappé, soit qu'il se crût assommé de ce dernier coup, qui véritablement est des plus rudes, soit qu'en 1B72, qui est l'année qu'on joua pour la première fois les Femmes savantes, l'âge l'eût déjà mis hors de combat. Car il baissa extrêmement sur la fin de ses jours 2 ; et même ses parents, à ce que dit M. Perrault, agirent pour obtenir qu'il fût mis en curatelle 3 .

Mais au fond, et tout préjugé à part, étoit-il homme si méprisable, qu'il méritât d'être immolé à la risée publique ? Encore une fois, mon dessein n'est nullement de le louer. Si pourtant j'étais chargé de faire son apologie, il me semble que j'en viendrois à bout, sans recourir à l'art imposteur de ceux qui ont fait l'éloge delà folie, ou de la fièvre, de Busiris, ou de Néron. Je chercherois M. l'abbé Cotin dans ses ouvrages sérieux :

qui les joua l'un et l'autre, n'est pas le moins plaisant de la Ménagerie. — La Ménagerie est dédiée à Mademoiselle.

1 La critique désintéressée sur les satires du temps est une réponse à Despréaux, dont Cotin fait « le sieur des Vipereaux. •

* Tallemant, dans la première quinzaine de décembre 1681.— En 1678, il paroissoit encore à l'Académie ; en 1677, on voit de ses vers dans le Mercure galant. — Quant au fait dont parle d'Olivet, d'après Perrault, la conclusion fut que Cotin, comme un autre Sophocle, convia ses juges à l'entendre, et ceux-ci, enchantés de ses sermons, condamnèrent ses héritiers aux dépens.

' Perrault, Parallèles, tome III, (o.)

L'ABBÉ COTIN. m dans ce qu'il a écrit sur les principes du monde, sur l'immortalité de l ame, sur le Cantique des Cantiques. Je montrerais par ces mêmes ouvrages, qu'il étoit versé dans la philosophie et dans la théologie; qu'il savoitdu grec, de l'hébreu, du syriaque. Je m'appuierois sur l'au ité de ceux qui assurent « qu'il auroit pu dire par cœur Homère et Platon \ » Je dirois que dans ses poésies même, qui sont le plus foible de ses ouvrages, il y a des choses très-spirituelles et bien tournées. Je trouverais dans les endroits qu'il a traduits de Lucrèce, des vers assez beaux pour faire honneur à un poète, qui n auroit été que poète. Je ferais avouer que sa prose a ce je ne sais quoi d'aisé, de naïf et de noble, qui sent son Parisien élevé avec soin. Enfin je dirois que M. l'abbé Colin avoit l'honneur d'être reçu et chéri dans les plus illustres compagnies, où l'on ne faisoit accueil qu'au mérite, chez madame de Guise, chez madame de Nemours, à l'hôtel de Rambouillet, chez mademoiselle de Montpensier. A l'égard de ses Sermons, comme il n'en reste aucune trace, je me contenterais de faire observer qu'il a prêché seize carêmes dans les meilleures chaires de Paris, et que vraisemblablement, s'il avoit toujours été aussi grêlé que la satire le dit, il n'aurait pas eu la constance dé pousser si loin une carrière si pénible. Convenons donc de bonne foi qu'il est à plaindre de n'avoir pas eu le tranquille sort de tant d'autres écrivains, qui dans le fond ne valent pas mieux que lui, ou peut-être valent moins. Pendant leur vie,

1 Perrault, Parallèles, tome III. (o.)

164 DE MÊZERAY.

on les laisse jouir de la bonne opinion qu'ils ont d'euxmêmes ; et après la mort, leur mémoire est comme ensevelie avec leurs cendres dans un même tombeau/

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