‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 38 sur 180 · MICHEL LE CLERC · texte numérisé non relu

MICHEL LE CLERC

Avocat tu Parlement, reçu à l'Académie la 16 juin 1662 », mort le

8 décembre 1691.

A l'âge de vingt-trois ans il vint d'Alby, sa patrie, à

tons qu'il avoit environ quatre-vingts ans, et son âge suffit i la rigueur pour expliquer sa mort.

Scnecey a fait ces vers pour mettre au-dessous de son portrait :

Ce bel esprit eut trois talents dirers.

Qui trouveront l'avenir peu crédule.

De plaisanter 1rs grands il ne fit point scrupule,

- Sans qu'ils le prissent de travers.

Il fut vieux et galant, sans être ridicule,

Et s'enrichit à composer des vers.

1 Voici le jugement de Chapelain ; « Benserade : A peu de sa voir; mais, pour de l'esprit, on n'en sauroit avoir davantage. Dans sa jeunesse, il fit une Clëopàtre qui réussit assez ; depuis, il s'est tourné a la poésie enjouée, et il y excelle de sorte qu'aucun ne tente de le suivre en ce genre-là. • (1602.)

2 A propos de la réception de Le Clerc à l'Académie, il est à noter que Chapelain le préféra à Segrais. liais deux places étoient alors vacantes, celle de Bois-Robert et celle de Priézac : Segrais ent la première et Le Clerc fut ensuite nommé pour la seconde. Tous deux prononcèrent le même jour leur discours de réc eption. Après la lecture du sien, Le Clerc lut aussi un sonnet à la louange de l'Académie.

Voici le passage de Segrais : « J'avois cultivé l'amitié de M. Chapelain avec assez de soin; je lui avois même adressé une ode qui n'est pas la moindre de rocs poésies; cependant, lorsque je deman-

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Paris, pour y faire jouer une tragédie de sa façon, la Virginie romaine. Quoiqu'elle fût peu régulière, cependant, grâce à la jeunesse de Fauteur, elle ne laissa pas d'être applaudie, et de faire augurer que s'il vouloit continuer dans ce genre d'écrire, il mériteroit une place honorable dans le second rang des poêles qui travailloient en ce temps-là pour le théâtre. Je dis dans le second rang : car le premier étoit occupé par le seul Corneille, qui ne voyoit qu'à une prodigieuse distance ceux qui le suivoient alors de plus prés.

Trente ans s'écoulèrent depuis la représentation de Virginie1 jusqu'à celle à'Iphigènie, dernière tragédie de M. Le Clerc. Par malheur pour lui, X Iphigènie de Racine fut jouée cinq ou six mois avant la sienne. Mais, malgré la supériorité de son rival, il fut encore assez heureux, dit-il, « pour trouver des partisans.» Puisqu'il se rend lui-même ce témoignage dans la préface de son Iphigènie, nous devons l'en croire ; car il poussoit la modestie jusqu'à l'humilité : et la preuve de son humilité, c'est que. dans la môme préface, il avoue que Coras, misérable poète, dont le nom n'est connu que par la satire, lui avoit fourni environ une centaine de vers, qui sont épars çà et là dans le corps de sa pièce 5.

«lai à être revu à r Académie, il se trouva plutôt porté à favoriser M. Le Clerc, que j'avois pour compétiteur, qu'à me donner sa voix : cela n'empêcha pas que je ne fusse reçu. »

1 La Virginie romaine fut représentée en 1615. Elle ne fut imprimée qu'en 1G49.

* On connaît l'épigramme de Racine sur cette collaboration de Le Clerc et de Coras :

Rntrc Le Clerc et ton ami Corat,

De ut grands auteur» rimant de compagnie,

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