‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 52 sur 180 · JEAN DE LA BRUYÈRE · texte numérisé non relu

JEAN DE LA BRUYÈRE

H.çu • l'Académie le ir, jum 1 693 mort U 10 nui

Il descendoit d'un fameux ligueur, qui, dans le temps

in causa fuit cur accepta m habuerit, statim atque parisienals arcbiepisropus renuntiatus est, illustri Académie* gallictt collegio sociari, eique novum decus curaverit...

» Posiquam Seguerius excessit e vivis, Harlaeus sive decorandac Acndemian studio, sivequod extimesceret, ut quidam a?atimavere, ne, quamvis caHeris Academicis dignilate antecelleret, ah illis tamen in patronum non ascisceretur, quippé qui in eoruro album ah anno tantum ascriptus esset, his proposuil Academiac futurum esse utilitati et dignationi maxima? si Rex se patronum illis dici pateretur. Plaenil omnibus consilium : sed hahehat res ea difflcullatem plurimam. Nihilominus spopondit Harheus effecturum se ut Rex assenlirelur, nec repuUam tulit, qua valebat eloquentia,gratia et aucloritate; insuper impelravil ut Academia haheret deineeps consessus suos in eo conclavl parisiensis Luparre quod olim sancliori concllio addictum erat : Kogalu* Harhrus ut pro lanto beneficio, quod ipse impetraveral, amplissimas nomine Academia? gratias ageret, dixit elegantissime summoque audientium plausu; acrepi ipse ab Academieo qui oralioni adfuil, nunquam a se auditam fuisfe eleganliorera quam ista fuit.» [Ibid., pp. 290-202).

1 II avait échoué en 1691 , comme on le voit par une lettre qu'il écrivit, le 9 décembre de celte année, à Bus^y-Rahulin, pour le remercier de son suffrage. (Voy. la notice de M. Destailleur, en tête de sa nouvelle édition des Caractères.) L'auteur des Senti' menu critique* sur let Carttclèra prétend que le discours de La Bruyère déplut beaucoup à l'Académie, et fut cause qu'on établit, par on article ajouté aux Statuts, qu'aucun récipiendaire ne

316 LA BRLYÉHE.

des barricades de Paris, exerça la charge de lieutenant

Il acheta une charge de trésorier de France à Caen 7: mais à peine la possédoit-il, qu'il fut mis par M. Bassuet, archevêque de Meaux , auprès de feu M. le duc pour lui enseigner l'histoire3, et il y passa le reste de ses

prononcerait son discours sans l'avoir soumis à une commission. J. Brilloo, auteur de V Apologie, me le fait, mais sans donner de preuves. On connaît toutes les épigrammes auxquelles donna lieu sa nomination.

1 Voyez, entre autres, les nouvelles remarques sur la satire Mcnippée, tome II, pige 338.

Une note que M. Clément a mise sur le catalogue de la Bibliothèque du Koi, porte que M. de La Bruyère étoit né dans un village proche Daurdan. (o.) Si la filiation indiquée par l'abbé d'Olivet est certaine, on doit remarquer que la Ligue compta deux La Bruyère; le père, Mathieu La Bruyère était apothicaire; le fils, qui était lieutenant particulier, occupa le titre et les fonctions de lieutenant civil. Celui-ci fut du Conseil des Quarante; il fut chassé de Paris avec son père lorsque le roi y rentra ; ils se retirèrent à Anvers où Mathieu La Bruyère lit imprimer un Rosaire de la très-heureuse Vierge Marie. (Paris, 1603, in-12, lig.) De là, il se relira à Naples, ne cessant de travailler à des conspirations contre Henri IV. (Voy satire Méniypée, 1712, 3 vol. in- 8°, t. I, pp. 375, 376; t. Il, pp. 67, 337-339, 451, 430, 5i», t. III, 463, 403, 473). Quant au père de La Bruyère, petil-lîls de Mathieu, suivant des quittances signées de lui qui sont conservées à la Bibliothèque impériale, il aurait clé « conseiller du Roi et de ses finances. » L'auteur des Caractères avait deux frères et une sœur. (Voy. IS'otes biographiques sur La Bruyère, en tète de l'édition donnée par M. A. Destailleur, chez M. P. Jannet. 2 vol. in- 16 (Bibliothèque elzvvi t ienne.)

' La France était alors divisée, non plus en vingt, mais en vingt-trois généralités. Dans chacune était un trésorier de France. Caen elait une des généralités où on levait les moins fortes impositions pour les gages des officiers.

' Louis de Bourbon, petit-bis du grand Condé, mort en 1710.

LA BRUYÈRE. 317 jours en qualité d'homme de lettres avec mille ccus de pension *.

On me Ta dépeint comme un philosophe qui ne songeoit qu'à vivre tranquillement avec des amis et des livres; faisant un bon choix des uns et des autres, ne cherchant ni ne fuyant le plaisir; toujours disposé à une joie modeste8, et ingénieux à la faire naître; poli dans ses manières et sage dans ses discours ; craignant toute sorte d'ambition, même celle de montrer de l'esprit 4.

1 Et non pas en qualité de gentilhomme ordinaire, comme quelques auteurs le disent, (o.) — L'acte de décès contredit l'abbe d'Olivet. — Voyez ci-dessous.

- Depuis 1680 jusqu'à sa mort , La Bruyère vécut à l'hAtel de Condé; accueilli par le grand Condé, il reçut ensuite du fils la même bospilalilé.

> Telle n'est point l'idée que nous donnent de La Bruyère les lettres suivantes de M. de Phélypeaux, retrouvées par M. Depping; on en jugera par les extraits suivants:

« Juillet 1694. Si tous faites encore plusieurs voyages à Chantilly, je ne doute pas qu'il soit un an qu'on ne vous mène haranguer aux Petites-Maisons. Ce seroit une Un assez bizarre pour le Théophraste de ce siècle... »

> 28 août. Si, par hasard, vous avez, Monsieur, quelqu'un de vos amis qui vous connoisse a^sez peu pour vous croire sage, je vous prie de me le marquer par nom et surnom, afin que je le détrompe à ne pouvoir douter un moment du contraire: je n'aurois pour cela qu'à leur montrer vos lettres. Je n'ai pu encore bien discerner si c'est la qualité d'académicien ou les honneurs que vous recevez à Chantilly qui vous ont fait tourner la cervelle. Quoi qu'il en soit, je vous assure que c'est dommage, car vous étiez un fort joli garçon, qui donniez beaucoup d'espérance. »

(Voy. Ed. Fournier. La Bruyère, quelques notes sur sa vie et tes mœurs. EUr. de la Revue française. 10 et 20 janvier 1857.) 4 Ménage parle de la simplicité de La Bruyère dans les reia-

318 LA BRUYÈUE.

Il ne laisse pas ti en montrer beaucoup dans son livre des Caractères, et peut-être qu'il en montre trop. Du moins en jugera-t-on ainsi lorsqu'on jugera de sa manière d écrire par comparaison à celle de Théophraste, dont il a mis les Caractères à la téte des siens. Théophraste écrit les mœurs de son temps, mœurs bien simples au prix des nôtres, et il les décrit avec simplicité. Aujourd'hui tout est fardé, tout est masqué ; le discours se ressent des mœurs; aussi l'auteur françois a-t-il plus d'art, et par conséquent moins de ce naturel aimable que l'auteur grec

lions du monde: « 11 n'y a pas longtemps que M. de La Bruyère m'a fait l'honneur de me venir voir; mais je ne l'ai pas vu assez de temps pour le bien connoilre. Il m'a paru que ce n'etoit pas un grand parleur. »

Despréaux, qui estimait d'ailleurs La Bruyère, qui a fait sur son portrait un quatrain bien connu, et qui enfin Ta cité avec honneur dans sa dixième satire, parle ainsi de l'auteur des Caractères dans une lettre à Racine du 19 mai 4687: « Masimilien m'est venu voir à Auteuil et m'a lu quelque chose de son Théophraste. C'est un honnête homme, et à qui il ne inanqueroit rien si la nature l'avoit fait aussi agréable qu'il a envie de l'être. Du reste, il a de l'esprit, du savoir et du mérite. » Quaot au nom de Maximilien, voyez dans l'excellente notice de M. Edouard Fournier, les raisons ingénieuses qu'il donne pour prouver que Despréaux fait allusion ici à une liaison de La Bruyère avec la femme de Maximilien de Belleforière, marquis de Soyecourt.

1 Je n'ignore pas que la manière dont je parle du Théophraste moderne n'a pas été goûtée de tout le inonde. Plusieurs critiques imprimées m'en ont averti. Mais il me paroit qu'on n'est point entré dans ma pensée, qui est que M. de La Bruyère, quant au style précisément, ne doit pas être lu sans deOance, parce qu'il a donné, mais pourtant avec une modération qui de nos jours liendroit lieu de mérite, dans ce style affecté, guindé, entortillé qu'on

* LA BRUYERE. 319 Mais pourquoi les Caractères de M. de La Bruyère, que nous avons vus si fort en vogue durant quinze ou vingt ans, commencent-ils à n'être plus si recherchés? Ce n'est pas que le public se lasse enfin de tout, puisqu'aujourd'hui La Fontaine, Racine, Despréaux ne sont pas moins lus qu'autrefois. Pourquoi, dis -je, M. de La Bruyère n'a-t-il pas tout à fait le même avantage?

Prenons-nous-en, du moins en partie, à la malignité du cœur humain. Tant qu'on a cru voir dans ce livre les portraits de gens vivants, on Ta dévoré, pour se nourrir du triste plaisir que donne la satire personnelle1. Mais à mesure que ces gens-là ont disparu, il a cessé de plaire si fort par la matière , et peut-être aussi que la forme n'a pas suffi toute seule pour le sauver, quoiqu'il soit plein de tours admirables et d'expressions heureuses, qui n etoient pas dans notre langue auparavant.

Quand je dis qu'elles n'étoient pas dans notre langue avant M. de La Bruyère, ce n'est pas que je l'accuse d'avoir fait des mots nouveaux. Personne n'a ni droit ni besoin d'en faire. Vaugelas et d'Ablancourt n'ont-ils pas dit excellemment tout ce qu'ils ont voulu? Et ne

peut regarder comme uo mal epidemlque parmi nos beanx esprits, depuis trente ou quarante ans. Je ne reprends que cela seul dans M. de La Bruyère, (o.) — 'Note de l'édition de 1713.)

1 On sait que La Bruy. re a toujours desavoué les clefs de son livre. Cependant elles offrent un certain intérêt, en ce qu'elles conservent le jugement des contemporains sur tel ou tel personnage qu'on reconnaissait dans le portrait tracé sans intention par La Bruyère.

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