PAUL- PHILIPPE DE CHAUMONT
Ancien Évéque d'Acqs, reçu à V Académie en 1654, mort le U m»r» 1697.
Il étoit allié de M. le chancelier Séguier, et Gis d'un conseiller d'État, auteur de plusieurs ouvrages théologiques, garde des livres du Cabinet1. U succéda à son père en cette charge, et y joignit celle de lecteur du Roi. Il donna sa jeunesse a la prédication, fut nommé à l'évôché d'Acqs en 4071, et s'en démit en 1081. Alors, de retour à Paris, et maître de se livrer plus que jamais à l'étude2, il composa deux volumes, dont le style ne ré-
M. Du Pin lui-même, qui, pour certains motifs, n'aurait pu publier l'ouvrage de La Bruyère tel qu'on l'avait trouvé.
1 Paul -Philippe de Chaumont était Uls de Jean de Cbaumont, seigneur de Boisgarnier, de la famille illustre des Chaumont- Guitry. Jean de Cbaumont, qui était, depuis Henri IV, garde des livres du Cabinet, étant mort le 2 août 1667, Paul-Pbilippe lui succéda, aux gages de douze cents livres. Il était alors abbé de Saint-Vincent du Bourg (diocèse de Bordeaux). Plus tard il y joignit, comme on le dit ici. une des deux charges de lecteurs du Roi, alors occupées par M. de Perigny et M. d'Avaux. Sa mère, tille de Nicolas Bailleul et de Marie Habert , le rattachait à la famille des Habert, dont trois membres furent académiciens.
1 Le président Cousin, qui succéda à M. de Cbaumont, parle de lui en ces termes : «Tout eloit recommandable dans l'académicien que vous regrettez : illustre naissance, heureux naturel, érudition, politesse... La nécessité de ses fonctions le priva pour quelque temps des avantages de votre société. Après quoi, dé-
pond pas moins à sa qualité d'Académicien, que le sujet à son caractère d'évêque. Ils ont pour titre : Réflexions sur le Christianisme enseigné dans C Église catholique. Paris, in-12, 1693 \
Reçu à l'Académie en 1666, mort le lî juillet I69S.
Pendant cinquante ans il a travaillé pour le théâtre, sans que jamais la médiocrité du succès Tait rebuté : toujours content de lui-même, rarement du public. On dit que la première de ses tragédies enleva tout Paris 2 ; la dernière fut aussi très-bien reçue ; mais les autres, pour la plupart, n'eurent pas un sort heureux.
Trop de choses doivent concourir au succès constant d'une pièce de théâtre : la bonté réelle de la pièce, la manière dont elle est jouée ; la disposition d'esprit où
chargé du poids de l'épiscopat.., assidu à vos assemblées, il y rechercha avec vous la perfection du langage..., etc. »
1 Voici le jugement fort libre que portait de lui Chapelain, dans sa Liste , souvent citée : « Chawnont : Ne manque pas d'esprit, et a assez le goût de la laogue. On n'a pourtant rien vu de lui, ni en prose ni en vers, qui puisse lui faire honneur. S'il ne prêche bien, il prêche hardiment et facilement. Le désir de faire fortune l'a engagé à des bassesses au-dessous de sa naissance, et à un certain air d'agir qui lui fait tort ; mais c'est plus par manque de jugement que par malignité naturelle. »
1 Voyez le discours que flt M. l'abbé Genest lorsqu'il fut reçu à l'Académie, (o.)
se trouve actuellement le parterre, tant à l'égard de la pièce, qu'à l'égard de l'auteur.
Pour éprouver donc si la chute de ses ouvrages ne devoit pas être imputée à la mauvaise humeur du parterre, le stratagème dont usa M. Boyer, fut d'afficher son Agamemnon sous le nom de Pader d Assêzan, jeune Gascon, nouveau débarqué à Paris'. Qu'en arriva-t-il? Que la pièce fut généralement applaudie : d'où l'amourpropre de l'auteur lui fit aisément, mais faussement conclure qu'il n'avoit contre lui que la fatalité de son nom.
Mais, dira-t-on, comment a-t-il fourni une si longue carrière sans être soutenu par des succès éclatants ? Je réponds à cela, qu'il en est ordinairement du parti que l'on prend dans les lettres, comme de toute autre vocation. Tout dépend des premiers pas que l'on fait dans le monde : mais ces premiers pas, on les fait sans connoissance ; et après il y a une sorte d'enchantement, qui fait qu'on vieillit dans le genre de vie à quoi Ton étoit d'ailleurs le moins propre. Puisque M. Boyer avoit du génie, de l'inclination au travail, de bonnes mœurs, et qu'il portoit l'habit ecclésiastique, n'auroit-il pas dû choisir dans les Lettres une autre route que le théâtre, plus convenable à ses talents, à son honneur et à sa fortune2?
' Voyez la préface de son Arlaxerce. (o.)
* Voici le jugement |jorte sur lui par Cha| clain : - Boyer est un poëtede théâtre qui ne cède qu'au seul Corneille (1G62) en celle profession, sans que les défauts qu'on remarque dans le dessein de ses pièces rabattent de son prix ; car les autres n'ctaot pas plus réguliers que lui en cette partie, cola ne lui fait point
Il étoit d'Alby. L'aimable vivacité de sa province ne s'est point démentie en lui jusqu'à l'âge de quatrevingts ans. Si de jeunes auteurs alloient pour le consulter, ils le trouvoient toujours prêt à leur donner ses avis, la seule chose qu'il eût à donner '.
de ton à leur égard. Il pense fortement dans le détail, et s'exprime de même. Ses vers ne se sentent point do vice de son pays. Il ne travaille guère en prose.»
1 Le Dictionnaire des Précieuses parlant de Boyer (sous le nom de Bavius), nous avons rattaché, dans notre édition, à ce que dit Somaize (t. I, p. 232), une note que nous croyons devoir transcrire (t. II, p. 176): « Boyer, Bavius. Bavius! un nom malheureux. Qui Barium non odil, amet tua earmina, Nœri.
Claude Boyer, né à Alby en 1618, dédia en 1645, sa première tragédie, la Porcie romaine, h Mme de Rambouillet, en fit une quinzaine d'autres jusqu'en 1668, qu'il fut reçu à l'Académie françoise et en donna encore six ou sept. Agamcmnon, jouée sous le nom de Pader d'Assezan, fut applaudie, mais, reprise sous son nom, fut sifflée; enfin Judith eut l'honneur d'attirer une épigramme de Racine, après une foule de traits de Despréaux. Avant de mourir, Boyer publia encore un petit volume in-8° de vers, intitulé : Les Caractères des Prédicateurs, des Prétendants aux dignités ecclésiastiques, de VAme délicate, de V Amour profane, de l'Amour saint, avec quelques autres poésies chrétiennes. Paris, J.-B. Coignard, 1695. Le privilège porte ces mots flatteurs: « Voulant favorablement traiter ledit Boyer, et luy donner des marques de la satisfaction que nous avons de ses ouvrages... » — Les Caractères des Prédicateurs sont dédiés au P. Sanlccque, et ' les autres pièces du volume au P. de La Chaise. Les Caractères de l'Amour profane furent lus à l'Académie, où, si l'on en croit l'auteur, ils eurent peu de succès: « Au seul nom de l'amour, le censeur (ne seroit-ce point Despréaux?) jaloux, impatient et malin, se révolta et entraîna une partie de l'assemblée. »
De nombreuses poésies de Boyer sont répandues dans les recueils; nous signalerons entre autres, dans le Recueil des portraits dédié a Mademoiselle, un portrait de six sœurs, en vers.
Trétorier do Franc*, Secrétaire du Roi et Gentilhomme ordinaire de «a Chambre, reçu à l'Académie le 12 janvier 1673, mort le 2! avril 1699.
Une lettre que M. de Valincourt 1 n'a pu refusera mes imporlunités, fera le fort de cet article. Tout ce que j'y ajoute, ce sont quelques apostilles et une courte réponse. J'ai cru que, les mémoires qui se trouvent dans ce volume sur la vie du grand Corneille étant de son neveu, il seroit agréable que ceux qu'on va lire, sur la vie de M. Racine, fussent de son meilleur ami.