DAM EL HUE T. ,T
années, pendant lesquelles il s'est appliqué principalcmen à faire des notes sur la Vulgate. Il ne regardoit
fixant à la garde de chaque volume une mention expresse de ce legs. Après la suppression de l'ordre des Jésuites, dit M. de Gournay.eo novembre 1764, cette bibliothèque fut mise en venteavec celle des Religieux. Le légataire de Huet y mil opposition, et un arrêt du conseil du Roi, rendu le 15 juillet 1765, lui accorda gain de cause. On dit que l'impératrice de Russie lui fît offrir cinquante mille écusde la bibliothèque de son oncle; mais qu'il en (il hommage a Louis XV, et que ce Roi assura au donateur une renie de 1750 livres au capital de 35,000 livres, t'ne longue pièce de vers de Sanleul est consacrée à célébrer la bibliothèque de Huet. Le |»oéte a invente une pelile fable qui lui a permis d'allaquer quelques auteurs qu'il délestait, et de glorifier ses amis, La Bruyère entre autres. Pendant que Huet était chei les Jésuites, il continuait à tenir une sorte de pelile Académie intime, moins nombreuse que celle qu'il avaii fondée a Caen (voyez une noie de l'article Saint-Atgnan), mais formée d'hommes distingués. Voici ce que dit à ce sujet Michaull {Mélanges historiques, 1754, l. Il, p. 1»'3) : « Le P. Oudin se rappeloil toujours avec plaisir les doctes confèrent es du cabinet de M. Huet, où il eul plus d'une fois l'avantage d être admis. Ce savant prélat s'eloil fait une si douce habitude du travail qu'on l'a vu quelquefois y passer dixhuit heuies par jour: il prelendoil que les plaisirs du cabinet enirelenoient sa sauté; mais la sanle et le régime y ont encore plus contribue. Lorsqu'il se retira à la maison professe des Jésuites de Paris pour se livrer tout entier à l'élude, il se ûl un nouveau genre de vie: tous les jours, levé à trois heures du malin; la ptii-re, quelques lectures pieuses, la messe, le dîner; depuis le midi, un second sommeil d'environ trois heures, tout le reste du temps, jusqu'à dix heures du soir, employé à lire ou à écrire, excepte le dimanche, le mardi el le samedi qui étoienl des jours d'assemblées. Elles se lenoienl depuis les cinq heures du soir jusqu'à huil Le P. Daniel y venoit fréquemment; le P. Joberl, que M. Iluel aimoit beaucoup, y eloii encore plus exact. Après la lecture desga/elles et des nouvelle» littéraires, le prélat preiioil la parole, el Irailoit quelque sujet de science ou d'érudition qu'il coupoil volontiers par des écarts et des digressions
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pas seulement la Bible comme la source de la religion, mais il croyoit que c'étoit de tous les livres le plus propre à former et à exercer un savant1. Il avoit lu vingt-quatre fois le texte hébreu, en le conférant avec les autres textes orientaux. Tous les jours, dit-il, sans un seul d'excepté, il employa deux ou trois heures, depuis 1681 jusqu'en 1712.
Une cruelle maladie dont il fut attaqué cette annéelà, et qui le tint au lit près de six mois, lui aflbiblit considérablement, non pas l'esprit, mais le corps et la mémoire. Cependant, dès qu'il eut un peu recouvré ses forces, il se mit à écrire sa vie ; et il l'écrivit avec toute l'élégance, mais non pas avec tout l'ordre ni avec toute la précision de ses autres ouvrages, parce que sa mémoire n'étoit plus la même qu'autrefois. Elle alla toujours en diminuant. Ainsi, n'étant plus capable d'un ouvrage suivi, il ne fit plus que jeter sur le papier des pensées détachées, travail proportionné à son état.
Quoiqu'il m'en ait confié son unique copie pour la publier sous le titre d'Hvetiana2, je ne me flatte point
agréables, mais auquel H revenoit toujours par cette tournure ordinaire: je disois donc, etc. Quelque liberté qu'il donnât aux savants de parler ou de lire à leur tour, il souflroit avec impatience qu'on l'interrompit et surtout que l'on contredit et que l'on objectât. La séance linissoit par le bouillon rouge de M. de Lorme, qu'on lui apportoit à huit heures. » — Nous avons donné d'autant plus volontiers ce long passage, utile complément de l'abbé d'Olivet, qu'il semble avoir échappé à ses récents biographes.
1 Ibid. p. 334. ffue/iûwa.p. 182. (o.)
1 Je n'ai pris la liberté ni d'y ajouter, ni d'y changer un seul mot; et la copie, toute de la propre main de l'auteur, est demeurée
DANIEL HUKT. 361 qu'à ce sujet on me permit de rapporter ici avec quelle complaisance il m'a souffert depuis que j'eus l'honneur de le connoltre en 1708. On doute, lorsqu'il s'agit des grands hommes, si c'est amour-propre ou reconnoissance, qui fait que nous parlons de leur amitié ; et souvent, de peur d'être soupçonnés d'une foiblesse, nous renonçons à un devoir.
Je ne saurois pourtant ne pas avouer que c'est moi qui procurai la cinquième édition de ses poésies en 4709. Je m'en ressouviens d'autant plus volontiers que, sans cette édition, qui réveilla ses Muses endormies1, vraisemblablement il n'eût jamais songé aux cinq nouvelles Métamorphoses qu'il composa en 1710 et 471 4 2. Tout son esprit s'y retrouve. Quelle délicatesse, et pour un savant de ce rang-là et dans un âge si avancé ! Quelle (leur, et, si nous osions parler ainsi, quelle jeunesse d'imagination'!
Au reste, si Ton veut bien considérer qu'il a vécu quatre-vingt-onze ans moins quelques jours; qu'il se porta dès sa plus tendre enfance à l'étude ; qu'il a toujours eu presque tout son temps à lui ; qu'il a presque joui toujours d'une santé inaltérable ; qu'à son lever, à
chez Jacques Estienne, libraire, qui Ta imprimée, (o.) — L'édition est de 1722; elle est précédée de la notice qu'on lit ici, et où l'abbé d'Olivet n'a change qu'un seul mot.
1 On reconnaît le début de cette épllre de Despréaux a l'abbé Des Roches, et qui fut traduite en latin par Santeul.
A quoi bon réveiller mes Muse» codortnies?
* Lampyris, Galerita, Mimus, etc. (o.)
• Huttiana% p. 4. Voyez aussi Commentar. lib. I, p. 25 et lib. V, p. 278. (o.)
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son coucher, durant ses repas, il se faisoit lire par ses valets; qu'en un mot, et pour me servir de ses termes, « ni le feu de la jeunesse, ni rembarras des affaires, ni la diversité des emplois, ni la société de ses égaux, ni le tracas du monde, n'ont pu modérer cet amour indomptable de l'érudition qui Ta toujours possédé1: » une conséquence qu'il me semble qu'on pourroit tirer de là, c'est que M. d'Avranches est peut-être de tous les hommes qu'il y eut jamais, celui qui a le plus étudié.
Outre qu'il étoit naturellement robuste, il vivoit de régime. Dès l'âge de quarante ans, il ne soupoit point. Encore dinoit-il sobrement. Il ne mangeoit que des viandes communes, point de ragoûts, et à peine mettoit-il dans son eau une huitième partie de vin. Sur le soir, il prenoit une sorte de bouillon médicinal2. A la vérité, lors même qu'il se portoit le mieux, il avoit le teint d'une pâleur à faire craindre qu'il ne fut malade.
Une singularité bien remarquable, c'est que deux ou trois jours avant sa mort tout son esprit se ralluma, toute sa mémoire lui revint. Il employa ces précieux
1 Huet écrivait en effet des vers latins avec une grande pureté, une délicatesse exquise, et un grand charme : tous ses contemporains ont vanté son talent pour la poésie latine. L'épilaphe que lui fit, en grec, La Monnoie, et qui fait allusion à ce mérite, ne doit pas être oubliée ici. Pourquoi, demande le poète à Pbœbus, avoir fait mourir Huet, âgé sans doute, mais dont les accents étaient si doux. — C'est, répond Phœbus, parce qu'il m'a surpassé par ses vers :
- C'est un bouillon connu sous le nom de Bouillon rouge du mcdecm de Loi me. (o.)
moments ù produire des actes de piété et mourut Iran* quille, plein de confiance en Dieu.
Je ne connois de ses manuscrits que ceux-ci : une traduction latine des Amours de Daphnis et de Chloé, faite à dix-huit ans; un roman intitulé : Le faux fncas, fait à vingt-cinq ; un traité philosophique de la Foiblesse de l'esprit humain , fuit dans le même temps que ses Quœstiones Alnetanœ; une Réponse à M. Régis, touchant la métaphysique de Dtscartes; ses Notes sur la Vulgate, et un recueil de cinq à six cents lettres, tant latines que françoises, écrites ù des savants '.