‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 81 sur 180 · DES MÉMOIRES DE CHARLES PERRAULT · texte numérisé non relu

DES MÉMOIRES DE CHARLES PERRAULT

1759. îa-12 (litre 111).

a M. Colbert m'ayant demandé des nouvelles de l'Académie Françoise dans la pensée qu'il avoit que j'en élois. je lui répondis que je n'en savois point, n'ayant pas l'honneur d'être de cette Compagnie. Il parut étonné et me dit qu'il falloit que j'en fusse. « C'est une Compagnie, ajouta-t-il, que le Roi aiïectioone beaucoup; et comme mes affaires m'empêchent d'y aller auss souvent que je le voudrais, je serai bien aise de prendre connoissance par voire moyen de tout ce qui s'y passe ; demandez lu première place qui vaquera. » Peu de temps après, M. Boileau, frère de M. Despréaux, vint à mourir, tous les Académiciens à qui j'en parlai ou fis parler, me promirent leur voix et me dirent qu'il falloit avoir l'agrément de M. le Chancelier. L'étant allé trouver à Saint-Germain-en-Laye, il me dit qu'il avoit promis la place que je lui demandois à M"" la marquise de Guiche, sa fille, pour M. l'abbé de Montigny; mais qu'il me donneroit son agrément avec plaisir pour la première qui vaquerait. 9

A quelques mois de là, M. de La Chambre, médecin très-célèbre et de l'Académie françoise, vint à mourir; toute l'Académie résolut de me nommer à sa place; mais M. Colbert me dit que je n'y songeasse pas, parce que M. de La Chambre, médecin et fils du défunt, lui en avoit parlé pour son frère, curé de Saint- Barthélémy. Je n'y songeai plus, et il fallut solliciter puissamment presque tous ceux de la Compagnie qui me vouloient nom-

1 Voy. ci dessus, p. 18.

Page 1