CHAPITRE DOUZIEME
Les plus anciens marchands et les hommes de profession de UAcadie
Les hommes de profession, menant un train de vie plus dispendieux que celui des marchands, et ayant besoin d'une clientèle plus riche que celle de ces derniers, ne peuvent arriver dans une place nouvelle qu'après ceux-ci et qu'au moment où le nouveau centre est déjà fort et bien organisé.
C'est ce qui eut lieu à L'Acadie. Les marchands y vinrent d'abord, puis les médecins, les notaires, et même les avocats.
Le plus ancien marchand de L'Acadie a été le sieur J.-Bte Montsénis du Biat, natif de Vienne, en France, qui, déjà domicile à L'Acadie, s'y maria le 26 septembre 1785.
M. Jacques-Clément Herse y vint ensuite et y fit longtemps le commerce. C'était un Français, probablement un royaliste dégoûté de la Révolution, un véritable aristocrate, peut-être même un noble; car son argenterie, actuellement en possession d'un notable du village de Napierville, porte des armoiries. Ses cuillères, entre autres objets, portent son monogramme mêlé à celui de son épouse, et un écu surmonté d'une dextrochère tenant une clef. Après avoir perdu sa première épouse, qui lui avait laissé un fils, mort céliba-
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taire, il se remaria, au Canada, à Mlle Marguerite Lacroix, sœur de Paul Lacroix, qui a fait tant de procès-verbaux pour L'Acadie, et de Joseph Lacroix^ tous deux de cette paroisse, et d'Hippolyte Lacroix,, de Saint-Charles-sur-Richelieu. Il en éleva un fils,^ Jacques-Clément, baptisé à L'Acadie, en 1790, et deux filles, désignées plus tard sous le nom de daines Herse^ Mlle Antoinette, mariée au protestant John Richardson, et qui n'eut pas d'enfant, et Mlle Sophie, baptisée en 1794, et qui mourut célibataire vers 1872.
Enfin, l'un des plus anciens et des principaux marchands de L'Acadie a été le sieur Pierre-Louis Girardin, qui, en 1811, épousa Mlle Rosalie Roy, fille du capitaine Laurent Roy.
On croit que le plus ancien médecin de L'Acadie a été le docteur Henry Y. Rogers, qui avait été licencié en 1811. Avant lui, on allait quérir des médecins à Laprairie ou à Chambly. Il mourut assez jeune, puisque sa veuve s'est remariée, en 1827, à M. Sabatté.
Il y avait un autre médecin à L'Acadie, en 1817, le docteur Doucet. Il épousa en cette paroisse, en 1817, une Française, Mlle Julie-Olive Carpentier, du diocèse de New-York, en présence de messire Antoine Martin et de l'honorable Charles Grant. M. Roux, vicaire-général, leur avait donné dispense de deux bancs pour le diocèse de Montréal, et Mgr Connelly, celle de toute publication pour celui de New- York.
En 1818, M. Paquin écrivait à Mgr Plessis qu'il y avait, à L'Acadie, un docteur Doucet marié à une Française.
Après eux vinrent les docteurs Côte et Timoléon Quesnel/ Le docteur Côte, catholique peu fervent, contribua pour beaucoup au soulèvement des paroissiens de L'Acadie, en 1837 et 1838, et finit par s'enfuir aux Etats-Unis, ou il devint ministre hérétique, ainsi que l'affirme M. LaRocque dans les Mélanges Religieux, et où, selon une tradition, il eut une fin bien misérable.
Le docteur Quesnel, au contraire, était un bureaucrate et prêchait le respect des lois. C'était le frère des avocats P.-Auguste Quesnel, député dès 1827, puis membre du Conseil Spécial, où, avec Neilson et Cuthbert, il vota contre l'Union des Canadas, et Jules-A. Quesnel, qui plaida contre les syndics du presbytère en 1822. Les patriotes, guidés par le Dr Côte, le clerc notaire Demers, et autres, lui ôtèrent sa commission de juge des petites causes ou de magistrat stipendiaire, et firent tant de tapage à sa maison en cette circonstance, que Mme Quesnel, Flavie Singer, y contracta le germe de la maladie qui la conduisit à la tombe. C'était le père de M. Jules Quesnel, de Saint-Jean, et de Mmes docteurs Basile LaRocque et Moïse Moreau, et de Mme Henri Hamilton, de Montréal. Il avait été licencié en 1822. Après s'être remarié à Mlle Bourgeois, à L'Acadie, il retourna à Boucherville, sa place natale, où il mourut vers 1865.
Vinrent ensuite les docteurs Walmsley, licencié en 1829, Basile LaRocque, et Guillaume Beaudriau, licen-
^ M. Vital Bourassa, qui l'a bien connu, nous a assuré que le docteur Côte était Canadien français.
Un M. Quesnel, de Lachine, le docteur Charles Quesnel, signait Tbiénel (Dict. Gén.)
M. ET Mme narcisse BRAULT
ciés en 1839. Le docteur LaRocque pratiqua, à L'Acadie, pendant plus de trente ans, et y éleva une grosse famille, dont les docteurs Henri, Emile, et Joseph LaRocque, pratiquant f^ux États-Unis.
C'était le frère du sixième curé de L'Acadie.
L'Acadie eut ensuite les docteurs Taupier, Coulombe, Sylvestre,... et Lécujer, praticien actuel.
Au temps des docteurs Quesnel et LaRocque, on ne parlait pas encore d'appendicite, ni de pérityphlite ; mais il y avait bien souvent des inûammations de boyaux. On ne doit pas, pourtant, se moquer du médecin ; mais il le faut honorer, comme le dit l'Écriture, parce qu'il est nécessaire.^
Les notaires le sont aussi, non pour la conservation de la santé ou de la vie, mais pour celle des biens temporels. Leur profession est tout de même, aujourd'hui, bien précaire, en cette province, et nous croyons qu'elle devrait être fusionnée avec celle de l'avocat.
Le premier notaire résidant à L'Acadie fut le notaire Pierre Lanctôt, frère, neveu, ou cousin du second curé de la paroisse, et arrivé pendant l'administration de ce dernier. Il avait reçu sa commission en 1809 et avait d'abord pratiqué à Laprairie, où il fit son premier acte portant minute le 20 novembre 1809,. un acte de vente du capitaine Pierre Pinsonneau, de Saint-Philippe, à son frère Charles Pinsonneau, du même endroit, d'une terre de six arpents de largeur sur trente de profondeur, sise au Ruisseau-la-Saline, seigneurie La Salle, appartenant au sieur Christophe
1 Honora medicnm propter necessitatetn. ( Eccl. 38-1 )
/ Sanguinet en procès avec le^roi. Le notaire Lanctôt vint s'établir à L' Acadie de bonne heure en 1810 ; car il y était déjà domicile, le 12 juin de cette année, où il fit son quatre-vingt-huitième acte. Il y demeurait encore, en 1820, où il fit la requête des habitants des Côtes demandant une paroisse ; mais il retourna pratiquer à Laprairie, où il fit son dernier acte en 1859. Son greffe est à Montréal.
Le second notaire arrivé à L' Acadie fut le notaire
Louis Decoigne, dont le nom patronymique était plutô,t
Decouagne, et dont les anciens prononçaient le nom
comme s'il avait été écrit: Dequane. Il n'avait été
commissionné qu'à l'âge de quarante ans, le 28 avril
1807, et s'était d'abord établi à Saint-Philippe, où il
pratiqua jusque vers 1815 qu'il arriva à L'Acadie, où
il fit baptiser des enfants. Il y pratiqua ensuite jusqu'à
, sa mort arrivée en 1832, du choléra-morbus, laissant
i de son épouse, Marguerite Bezeau, trois fils, Louis-Mars
\ qui lui succéda comme notaire à L'Acadie, Pierre-
\ Théophile, notaire, qui a pratiqué à St-Cyprien, et
\ Théodose, qui n'eut pas de profession, et plusieurs filles,
i dont Henriette, déjà mariée au notaire J.-Bte Lukm,
\ pratiquant à Saint-Cyprien, dont elle a été la première
\ épouse; Aurélie aussi déjà mariée à un M. Lévesque, et
\ qui épousa ensuite Alexis Dubord dit Latourelle, de
^aint-George d'Iberville, et Mlle Adélaïde, qui mourut
\si même année que son père, aussi du choléra. Il mou-
i*|it à 65 ans, et son greffe est à Saint-Jean.
\ Le troisième notaire de L'Acadie, dont le greffe est
auksi à Saint-Jean, fut le notaire Louis-Laurent Ar-
chambeault, qui avait été commissionné en 1820, et qui y pratiqua jusqu'à sa mort arrivée en 1859, à 63 ans.
Il était fils de Jacques Archambeault, de la Longue- Pointe, et avait épousé, en 1824, à L'Acadie, Emérentienne Denault, fille d'Hippolyte Denault, de Laprairie.
Il y avait plusieurs amis à ses noces, entre autres le notaire Pierre-Paul Démaray et son épouse, Jovite Porcheron, de Saint Jean,^ le docteur Timoléon Quesnel et son épouse, etc., etc.
Le quatrième notaire de L'Acadie a été le notaire Louis-Mars Decoigne, fils du précédent du même nom. H avait été commissionné, en 1827, et avait d'abord épousé Henriette-Elmina Hammond, protestante, qui abjura l'hérésie, à L'Acadie, en 1832, et en avait élevé trois filles, Laura, Elise, et Comélia ; puis en secondes noces, Caroline Auclair, fille de Joseph Auclair, qui lui a survécu, et de laquelle il éleva deux fils, Horace et Melville, qui moururent aux États-Unis, comme leur mère.
Le notaire Louis-Mars Decoigne était de haute stature, avait le teint clair, et parlait parfaitement l'anglais. Il mourut de consomption pulmonaire, en 1857, à 59 ans, et son grefie est à Saint-Jean.
Vinrent ensuite le brave notaire Eugène Archambeault, commissionné en 1857, et pratiquant actuellement à Saint-Jean ; le notaire Charles-Thomas Charbonneau, qui pratiqua ensuite à Saint-Jean, où son greffe se trouve actuellement en dépôt chez le notaire
1 Mme Démaray. par son premier époux, était la mère du Père D. Dandurand. O. M. I.
A.-N. Déland, et qui mourut vers 1892, laissant son épouse, Marie-Louise Lacroix, petite-fille d'Hippolyte Lacroix, frère de Mme Herse ; et le notaire Hyacinthe Côté, dont le greffe est à Saint-Jean, second époux de Charlotte Roy, fille du capitaine Pierre Roy, tous deux commissionnés en 1859.
On peut aussi croire qu'il y eut autrefois des avocats résidant à L'Acadie. Du moins, Jacques-Clément Herse, avocat, y fut inhumé, en 1816, à 26 ans, ayant été baptisé en 1790. Il fut, au moins, le premier avocat né à L'Acadie. Il était l'époux de Luce Robitaille, consanguine de cet ancien M. Pierre Robitaille, qui avait été curé de Rimouski, de Saint-Philippe, de Saint- Charles, et de Sainte-Marie-de-Monnoir, et qui venait si souvent en visite à L'Acadie. Il laissa deux filles, qui héritèrent des dames Herse, et qui vécurent au comté de Rouville.
John Lennox, un autre avocat, abjura l'hérésie, à L'Acadie, en 1832, à 30 ans, en présence de messire Etienne Lavoie, qui le baptisa sous condition. Il eut pour parrain Patrick Buckley, écuyer, et pour marraine, Mlle Marie-Anne Lennox.
Plusieurs sommités ont apposé leurs signatures à l'acte de son baptême.
Lorsque les hommes instruits d'une paroisse ont du patriotisme, et qu'ils sont bons chrétiens, ils y peuvent faire beaucoup de bien par leur initiative et leurs bons exemples. Si, en outre, ils ont reçu une bonne éducation, ils peuvent aussi beaucoup contribuer au maintien de la respectabilité et du bon ton.
LE R. P. STANISLAS BRAULT, O. M. I. Né à L'Acadie