‹ Histoire de l'administration des secours publicsChapitre 29 sur 30 · II · texte numérisé non relu

II

Paris .

L’administration des secours à domicile dans prie grande ville comme Paris , piquerait la eu-

Tiosité , quand même elle n’intéresserait pas les plus nobles sentimens du cœur.

Cette administration a été réunie aux attributions du Conseil-général des hospices, par arrêté du 19 avril 1801. Il y a douze bureaux de charité institués par ordonnance du Roi, du 2 juillet 1816, en remplacement de quarante- huit comités qui existaient précédemment. Chaque bureau est composé du maire, président-nè, des adjoints, du curé, des desservansde succursales, du ministre protestant s’il y a un temple dans larrondissement ,dedouze administrateurs nommés par le ministre de l’intérieur, et renouvelés par quart chaque année; enfin, d’un nombre indéterminé de visiteurs des pauvres et de dames de charité qui n’assistent aux séances qu’avec voix consultative, et lorsqu’ils y sont spécialement invités par le bureau. Chaque bureau a un agent comptable, sous le titre de secrétaire trésorier, cautionné et salarié.

Chaque année les bureaux de charité rédigent un projet de budget, et le soumettent au Conseil-général des hospices, qui prononce, sauf la confirmation du ministre. Tous les trois mois

( 4âï )

Je Conseil -général ouvre un crédit à chaque bureau sur la caisse des hospices. Dans la répartition des sommes affectées aux secours publics, on n’a pas seulement à considérer le nombre des indigens de telle ou telle division, il faut consulter aussi la nature des besoins. Certains quartiers renferment un grand nombre d’ouvriers de ports et de rivière, auxquels il ne faut des secours que pendant la cessation des travaux, occasionnée par les glaces , la crue ou la baisse des eaux; tandis que, dans les quartier! habités par les ouvriers sur métaux, et principalement par ceux qui emploient le mercure, on est obligé d’assister toute l’année un grand nombre d’individus devenus, par leurs infir^mités, tout-à-fait incapables d’un travail habituel. Les habitans des faubourgs ont d’autres besoins que ceux qui demeurent dans l’intérieur de la ville. La différence des métiers en produit dans les gains , dans les dépenses , dans les moyens d employer les en fans et les femmes.

Les secours ordinaires sont ceux que les bureaux de charité distribuent aux pauvres inscrits réunissant les qualités exigées. On ne les

doit qu'à ceux qui ne peuvent se procurer, par

leur industrie et leur travail , des movens d’exis-

tencé sufïisans pour eux et leur familier, on ne les doit qu’aux indigens domiciliés. Ces règles souffrent pourtant des exceptions : si l’ouvrier valide laisse dans le dénuement ses enfans et leur mère; si une femme est enceinte; si l’indigent èst chassé de sa demeure, faute de paiement, des secours sont accordés. Les secours ordi-^ maires sont momentanés ou continus. Ces derniers sont ceux qui se distribuent pendant tontes les saisons de l’année ; ils consistent en pain , soupes aux légumes, vêtemens, etc. On les destine particulièrement à des vieillards, à des infirmes , à des chefs de famille dont le travail ne suffit pas à tous les besoins du ménage. On appelle secours momentanés ceux qu’on accorde aux ouvriers réduits à l’inaction par la rigueur de la saison, la crue des eaux, la stagnation du commerce, une infirmité passagère, ou bien dont la femme et les enfans tombent malades. Dans ce dernier cas, les médicamens nécessaires et les soins des médecins leur sont offerts gratuitement. Les bureaux de charité qui ont des

maisons de secours dans leur arrondissement, prennent les approvisionnemens de drogues à la pharmacie centrale des hospices; les autres font exécuter par des pharmaciens du quartier les prescriptions du médecin. Les premiers font distribuer du bouillon aux malades; les autres

leur donnent, ainsi qu’aux femmes en couche, des cartes pour avoir de la viande chez les bouchers. Un certain nombre de médecins , de chbrurgiens et de sages-femmes, est attaché au service de chaque bureau. Les maisons de secours dont nous venons de parler sont au nombre de vingt-deux ; elles sont desservies par des Sœurs de la Charité, chargées de visiter les malades* On trouve, dans chacune, une marmite pour le bouillon des pauvres, et une pharmacie; dans la plupart, un fourneau pour la préparation des soupes économiques, et souvent une école pour les enfans. Dans quelques-unes, un certain nombre d’indigens âgés et infirmes reçoit des secours en commun, en attendant l’admission dans les hospices.

Les secours extraordinaires ne peuvent être

assujétls à aucune règle fixe. Il est impossible de prévoir tous les cas où ils doivent être accordés. On les donne , soit à des bureaux de charité, pour la formation ou l’accroissement d’une maison de secours, d’une école, ou pour ajouter aux dons accoutumés, par exemple, à cause d’un hiver plus long ou plus rigoureux ; soit à des particuliers victimes de quelque événement funeste. On a quelquefois accordé un secours extraordinaire à des personnes venues à Paris pour y chercher des moyens de travail , et qui , trompées dans leur attente, manquaient de tout; ou à d'autres qui voulaient retourner aux lieux de leur naissance , quand la somme délivrée à la préfecture de police paraissait trop insuffisante pour le voyage. Mais, quelque désir qu’ait l’Administration de soulager tous les maux, ses moyens sont tellement bornés, qu elle est forcée de se souvenir que les sommes mises à sa disposition sont prélevées sur les habitans de Paris, et que c’est à eux qu’appartiennent les secours.

Les pauvres, atteints de quelque indisposition

passagère, trouvent encore, au Bureau central cl admission des hospices, un genre d’assistance d autant plus utile, qu’il prévient les suites fâcheuses d un petit mal négligé : ils y reçoivent des consultations gratuites, verbales ou écrites, suivant les cas, et dont le nombre est annuellement de cinq à six mille. On y joint, gratuitement aussi, environ i4oo bandages par année.

hn 1804, on comptait à Paris 86,906 indigens domiciliés, savoir: natifs de cette ville ou du département de la Seine, i2,5o5; natifs des autres départemens, 1 5, 012; des pays étrangers, 584; de lieu de naissance inconnu, 1 8,4^4 5 enfans chez leurs parens, 42,01 1 . En i8i5, on recensa 102,806 indigens, dont 20,865 natifs de Paris ou du département de la Seine, 59,610 des autres départemens français, O06 des pays étrangers, 6, îoç de lieu de naissance inconnu , et 56, 190 enfans cbezleurs parens. Dans une série de dix ans, de 1 804 à 1 8 1 5 , le terme moyen de la population indigente domiciliée a été de i 06,968; il y en avait eu jusqu’à 121,801 en l’année 1810. La population indigente de Paris fait communément le septième de la population totale; on l’a vue au

cinquième (i). Les pauvres, natifs du département de la Seine, sont, à ceux fournis par les autres département , dans la proportion moyenne de i à s—1 2 * 4-.

Voici l’analyse du service des secours à domicile en 1819.

Le nombre des pauvres ayant droit aux secours s’est élevé à 85,55y , composant 3^,o54 ménages par ménage). Le détail présente

20,423 hommes, 32,258 femmes, 3 2,676 enfans (2).

La dépense propre aux bureaux de charité a été de i,i4o,388 fr. , employés comme il suit :

(1) En admettant, comme l’indiquent divers renseignemens statistiques , que , dans les campagnes , les indigens ayant droit aux secours , ne fassent , en temps ordinaire , que le quatorzième de la population totale , il en résulterait que l’homme qui quitte les champs pour venir chercher fortune a Paris , renonce à la moitié des chances de son aisance. Il est vrai que les chances qui lui restent sont chargées de lots plus forts. A Paris, avec de l’industrie et du bonheur, on peut percer j et chacun se flatte de gagner le gros lot.

(2) Le nombre des indigens varie suivaotles quartiers. Envoie! le détail par arrondissemens : Ier, 5542. — 2e, 44^4‘ — 3e, 4*97

— 9e, 9629. — 10e, 8882. — 1 ie, 6750. — 12e, i3,283.

6,844 Sacs de farine fournis par l’administration générale des hospices, au prix moyen de 47 fr. 7 c., valant en tout 322,167 fr- c. Frais de fabrication du pain, 34,220 fr.

Secours ordinaires, 38o,ooo fr. ; extraordinaires, 5g, 180 fr. 65 c. Total, 419,180 fr. 65 c., distribués, soit en viande, soupes aux légumes , comestibles divers, coucher, vêtemens, médi-

camens ; soit en argent, quand cela est nécessaire.

Combustibles, 24,000 fr. Farine pour les enfans , 4o,8j2 francs. Aux vieillards et aveugles, 186,984 fr. Ces secours sont ordinairernent distribués à raison de 6 fr. par mois aux octogénaires, 3 fr. aux vieillards âgés de r5 ans, et autant aux aveugles.

En remplacement d’hôpital, 1,544 fr. Frais de vaccination des indigens, 3,690 fr. Aux maisons de secours, 16,944 fr. 60 c.

Aux écoles de charité, 65,655 fr. Le nombre de ces écoles s’est accru d’année en année. On n’en comptait que 19 en i8o4; il y en avait déjà 5o en i8i3. En 1819, ^ y en a eu 76, savoir: 07 de garçons, et 3<fde filles. Elles ont été fré-

quentées par 9,42 5 cnfans , dont 4,76 9 garçons „ et 4,654 filles. Les garçons ont eu pour maîtres 49 Frères de la Doctrine chrétienne, et 22 instituteurs particuliers, dont un suit le système de l’enseignement mutuel. Les filles ont été dirigées par 59 Sœurs de la Charité, et par i5 institutrices particulières.

Enfin, les frais de bureau des bureaux de charité ont coûté 25,2oo fr.

A cette somme de i,i4o,388 fr. mise à leur disposition, il faut ajouter celle de 709,793 fr. employée par l’administration générale ainsi qu’il suit :

Remboursement du prix de timbre d’actes de 1 état-civil délivrés gratuitement aux indigens, 2,062 fr. Secours distribués a divers, i4,4oo fr. 84 c. A des établissemens de charité, tels que les jeunes filles sans asile, l’institut de Marie-Thérèse, les pauvres enfans délaissés, 6,5oo fr. Par l’administrateur de la 4e division, 1,339 fr* Par M. le préfet de la Seine , sur les fonds mis à sa disposition, 8,796 fr. Secours annuel aux victimes du 3 nivôse an ix, 1,220 fr. Contributions, 326 fr. 80 c. Loyers, 7,626 fr. Legs, 38 fr. Frais

de premier établissement des douze bureaux de charité, 55,282 fr. 71 c. Maison d éducation, passage Saint-Pierre, 1-44^9 fr. 88 c. Cette maison, fondée en 1 76 4 , par M. Guéret, curé de Saint-Paul, ofïre 24 places gratuites, 12 â demi-pension, et 12 à pension entière. L’administration des secours y nomme , soit par elle-même, soit par les bureaux de charité. Les élèves y sont instruites à différons ouvrages d’aiguille, dont la vente tourne au profit de la caisse des pauvres. Filature des indigens, 501,787 fr. 3i c. Cet établissement a pour but de procurer quelque travail aux femmes pauvres. Cautionnées par leurs propriétaires ou principaux locataires, elles y reçoivent du chanvre et du lin quelles filent dans leur chambre, sans être détournées des soins et devoirs domestiques. Elles rapportent le fil à l’établissement, et elles y sont payées de leur maind œuvre. Cette occupation rapporte aux fileuses de 5o à 60 c. par jour; et aux tisserands, 1 fr. 5o ou 1 fr. 75 c. C’est ainsi qu’en 1819, 2,010 fileuses et 190 tisserands ont trouvé de l’ouvrage. Les produits de l’établissement se sont élevés à £p3 2,220 fr. 00 cent, ; ainsi la perte, ou dépense

réelle, nest que de 6q,565 fr. 98 c. Frais généraux de radniinistration des secours , tels qu’appointemens et frais de bureau , traitement des agens comptables, indemnités, dépenses diverses , service de rentes viagères et fondations , 67» fr* 99 c* Ainsi, la totalité de la somme dépensée en secours, hors des hôpitaux et hospices, monte a i,85o,i8i fr.

Enfin, l’administration hospitalière prête, sans intérêt, à des indigens, de petites sommes, depuis i5 jusqu’à 5o fr., pour acheter quelques objets à revendre, omponr se procurer les outils de leur profession. L’emprunteur rembourse peu à peu, par semaine, par mois. Il est fort rare que l’on éprouve des pertes sur les prêts faits ainsi aux pauvres ouvriers.

A ces secours , dont les fonds sont faits par l’administration, il faut ajouter ce que la ville de Paris dépense annuellement en travaux de tout genre; car le meilleur moyen de secourir les indigens, c’est de leur donner de l’ouvrage; ce qu’il en coûte pour maintenir à Paris, dans les années de cherté, le prix du pain, et toujours du pain blanc , à des prix inférieurs à ceux

des marchés voisins ; les bienfaits du Roi. S. M; donne des sommes considérables pour augmenter le fonds de secours, dans les temps difficiles; ses dons se sont encore élevés à 240,000 fr. en 1 8 1 8.

Enfin, il faut ajouter les secours de toute nature, en argent, linge vêtemens, alimens, que la charité particulière met journellement à la disposition, soit des bureaux, soit des ministres de la religion, et ceux qu’elle distribue sans intermédiaire. Un particulier qui n’a qu’une aisance médiocre ne peut faire de grandes aumônes; mais en mettant en commun ces moyens isolés ,

on peut arriver à des résultats d’une haute importance: aussi, les associations charitables sont* elles fort multipliées.

La Société philantropique occupe le premier rang; et rien n’est plus propre que cette institution, à prévenir l’indigence, à soulager les hôpitaux , à favoriser les bonnes mœurs , à répandre l’esprit d’ordre qui assure la tranquillité des familles et le repos de l’Etat. Le but de la Société philantropique est de faire connaître et de mettre en pratique tout ce qui peut concourir à soulager les besoins actuels du pauvre,

et à lui procurer des ressources pour l’avenir. La souscription annuelle est de 3o fr. ; chacun peut en prendre le nombre pour lequel sa fortune lui permet de contribuer. Chaque souscripteur reçoit annuellement autant de centaines de bons de soupes économiques, et autant de caries de dispensaire qu’il a versé de fois 5o fr. dans la caisse de la Société. Neuf fourneaux en activité ont distribué, dans les derniers mois de 1818 et premiers de 1819,1a quantité de 209,945 rations de soupes, dont près de moitié a été vendue; les mères de famille, les ouvriers et les pauvres ont donc trouvé de l’avantage à en acheter, même dans une année où le pain et les légumes n’étaient pas chers, preuve incontestable de l’utilité de ces établissemens. De 1800 à 1819, période de vingt ans, la Société a distribué ainsi l’immense quantité de 15,771,602 soupes. La direction des secours qu elle fait donner aux malades , est confiée à six dispensaires. Le bureau de chaque dispensaire est composé d’une commission de sept membres de la Société. Le service en est fait par plusieurs médecins , chirurgiens , pharmaciens , et par

un agent pris parmi les élèves en chirurgie* Chaque souscription de3o francs donne le droit d’avoir, pendant toute l’année , un malade recevant les secours de l’un des six dispensaires. Deux fois par semaine, les médecins et chirurgiens titulaires se rendent au bureau pour y donner des consultations aux malades porteurs de la carte et d’une lettre d’avis du souscripteur qui les envoie. Si un malade est alité , les médecins ou chirurgiens , sur l’avis qu’ils en reçoivent de l’agent, vont le visiter à domicile, et lui continuent leurs soins, tant que son état ne lui permet pas de se rendre au dispensaire. Leurs ordonnances, soit au dispensaire, soit à domicile, sont successivement inscrites sur une feuille particulière que l’on délivre aux malades, avec un double pour le pharmacien ; et celui-ci fournit les médicamens et préparations, aux frais du dispensaire , sur la simple remise de l’ordonnance. Dès qu’un malade est guéri , ou sorti soulagé, ou mort, ou bien lorsqu’il a passé un mois sans paraître au dispensaire, l’agent en donne avis au souscripteur et lui envoie sa carte,

pour qu’il puisse en disposer en faveur d’un

autre malade. 29,89 malades ont été soignés ainsi en 1819. Sur ce nombre, il n’en est mort que •54; La dépense moyenne n a été , pour chaque malade, que de i3 fr. 28 cent. Depuis seize ans que la Société a établi ses dispensaires, 23,1 55 personnes y ont été traitées, 81 5 sont mortes, 17,441 ont été rendues à la santé.

Il n en coûte pas tant quel’on croit pour faire le bien. Le prix moyen de chaque soupe est revenu à 16 centimes; mais il a varié, suivant les établissemens des fourneaux, depuis le minimum, dei 1 c. jusqu’au maximum de 21 c. La dépense de ce service a été de 89,096 fr. i5 c.; savoir: fourneaux, 16,387 fr. 4o c.; valeur des denrées consommées, 22,708 fr. 78 c. La dépense total© des dispensaires, y compris 1260 bains simples ou sulfureux fournis gratuitement comme tous les médicamens, s est elevee a ôÿ,2iù fr. 16 c. Il y a eu enfin 7985 fr. 60 c. de dépenses diverses. La Société philantropique reçoit annuellement un secours de 1 5, 000 francs sur les fonds du ministère de l’intérieur, et 3ooo francs de la Banque de France. En 1819, elle a reçu pour 18,470 fr. de dons provenant de la famille

royale. Le nombre des souscripteurs a été de 552. Le Roi s’est déclaré chef et protecteur de cette Société. Elle était naguère présidée par un Prince qui, comme saint Louis son aïeul, eut ie cœur douce et piteux aux pauvres : M. le Duc de Berry encourageait les travaux par sa présence, il en assurait le succès par ses libéralités.

Il existe à Paris un grand nombre d établissemens particuliers consacrés à l’éducation gratuite des filles pauvres. Nous citerons , entre autres, les institutions de la rue de la Villel’Evêque, de la rue Servandoni, du faubourg Poissonnière, de la rue de la Pépinière, de la rue Neuve-Saint-Roch , de la rue Verte, la maison de travail de Sainte -Marthe, l’institution pour la jeunesse délaissée, etc. Ces maisons sont entretenues , tant avec le produit des ouvrages en couture et en broderie qu’on y confectionne , que par les libéralités des dames charitables qui les dirigent. La Société de ia Providence distribue des secours en nature et à domicile aux indigens ; elle met les enfans dans les écoles ou en apprentissage; elle place les

malades, les vieillards, les pauvres, dans les hospices et dans les hôpitaux. La cotisation de ses membres est de 20 fr, Une autre Société a pour but d’habituer les enfans à faire de bonnes oeuvres, et à économiser sur leurs menus plaisirs pour fournir des vêtemens chauds aux pauvres vieillards. Ces vêtemens sont confectionnés par les jeunes personnes qui font partie de la Société. La souscription est de 7 s. par semaine. Les jeunes Savoyards sont l’objet spécial d’une association charitable , quia son établissement rue de Sèvres. On y reçoit journellement environ cinq cents de ces enfans. Sept ou huit seulement y sont à demeure ; les autres s’y rendent tous les jours; on leur enseigne le catéchisme, la lecture, récriture , le calcul , et 011 leur donne à chacun une livre de pain. Il existe en outre, dans chaque paroisse, une ou plusieurs associations de charité, pour le soulagement des pauvres, et pour l’éducation gratuite de leurs enfans. Les dames associées visitent les malades, et leur portent des secours nombreux qu elles ont soin de donner toujours en nature. On distingue particulièrement 1’établissement des Orphelines de ia

JP) ovidence, paroisse St.-Germain~3 ’Àuxerrois ; îa Marmite des pauvres et les Daines de la Miséricorde , paroisse St.-Nicolas-des-Champs ; 1 Assistance charitable , paroisses Saint-Germain-des-Pres , Saint-Thomas-d’Aquin , etc., qui entretient constamment neuf écoles gratuites, fréquentées par plus de 2000 élèves. Enfin, il existe dix-huit ecoîes gratuites d’enseignement mutuel, où sont admis 5o58 enfans, et vingtsix autres, du meme système, où l’on ne paie qu’une très-faible rétribution ; celles-ci comptent encore 1000 élèves. Les écoles gratuites d’enseignement mutuel ont été fondées par le préfet , \

par des bureaux de charité, par des consistoires ou par des bienfaiteurs particuliers, en tète desquels on lit le nom de S. A. R. mademoiselle d’Orléans.

On trouve 1 ordre des avocats partout où il y a un malheureux a secourir, ions les mardis, les jeunes avocats du barreau de Paris, assistés de six anciens, et présidés par le bâtonnier de 1 ordre , donnent des consultations gratuites aux indigens; d’autres remplissent le même ministère auprès de chaque bureau de charité.

La garde nationale de Paris donne à toute la France l’exemple de la bienfaisance , comme elle lui donne l’exemple du courage, du zèle et de la discipline. C’est elle qui se charge de faire dans tous les ménages la collecte annuelle pour les pauvres, et c’est elle qui l’enrichit de ses dons. 8 il arrive quelque désastre, elle est la première à se cotiser pôur en soulager les victimes.

L’aumône est un des premiers devoirs que s’imposent les Sociétés maçonniques. En 1800 , on comptait à Paris cinquante loges. Le nombre s’en accrut successivement, et il était de quatre» vingt-quatorze en i8i4- Depuis cette époque, il a été en décroissant; il n était plus que de soixante-trois en 1818. Il s’est élevé à soixantedix en 1820. Dans cet espace de seize années, on estime que ces Sociétés ont dépensé en actes de bienfaisance environ 5oo,ooo fr. Le Grande Orient, qui n’est point compris dans ce relevé, a dépensé à lui seul, pour le même objet, 49,705 fr. 6 cent. Ce sont des secours à des incendiés, des dons à la Charité maternelle, pensions à des vieillards, pensions d’enfans pauvres

entretenus dans les écoles d’arts et métiers , et autres bonnes œuvres.

Un sentiment d’affection réciproque entre les hommes livrés habituellement au même genre de travaux , a fait naître aussi un grand nombre de sociétés libres, dont le but est de mettre en commun des économies journalières, pour en employer le produit à soulager les ouvriers infirmes, ceux qui se trouvent momentanément sans ouvrage, les vieillards, les veuves, les orphelins. Ces sociétés ayant elles -mêmes, et chacune séparément, établi les bases de leur institution et rédigé leurs règlements, ont adopté divers moyens de former une bourse commune, et des motifs différens pour la distribution des secours. Mais toutes ont eu un but louable, et des succès marqués. Leur influence est grande sur le moral des associés, dont elles surveillent la conduite, et pour qui l’association même est un motif de pratiquer l’économie , source de beaucoup d’autres bonnes qualités. Les principaux moyens adoptés par ces sociétés pour réunir des fonds en commun, sont: le dépôt que chaque membre fait, lors de sa réception, d’un#

somme de 18 à 36 francs, suivant Iage des récipiendaires; une cotisation annuelle, qui varie de i fr. à 5 fr.; des amendes de i fr. à \ fr* 5o c. pour ceux qui n’assistent pas aux assemblées; autres amendes de 3 fr. à 5 fr. pour ceux qui refusent les fonctions qui leur sont données, de i fr. pour négligence des visites qu’ils ont dû faire aux malades > ou pour avoir apporté du trouble dans les réunions ; i fr. par chaque inhumation de sociétaire décédé ; enfin des appels extraordinaires, lorsque des momens très-calaniiteux réclament cet effort. L’espèce de secours que ces sociétés donnent ordinairement , consiste en une pension annuelle de 200 francs aux anciens sociétaires, lorsqu’ils sont âgés de soixante-cinq a soixante-dix ans; 5o cent, par jour aux infirmes; 2 fr. par jour aux malades pendant les trois premiers mois , et 1 fr. pendant le second trimestre de la maladie , pourvu quelle ne provienne d’aucun genre de débauche; les associés se chargent en outre de faire le travail du malade, afin que celui-ci ne perde

pas ses pratiques. On donne des cartes de dis-

peasaires et de soupes aux légumes; on fournit

aux frais funéraires du sociétaire décédé. Les veuves ont presque toujours le droit de prendre, dans la société, la place de leur mari; elles continuent à jouir de leur pension, si elles ont soixante-dix ans , ou bien elles reçoivent une somme fixe une fois payée à elle ou aux enfans* Les foncis excédant les dépenses courantes sont placés pour porter intérêt. Il existe à Paris, sous différentes dénominations , quatre-vingts sociétés de ce genre ; elles comptent plus de cinq mille souscripteurs (i).

(i) Chapeliers Couleurs. — Fabricarss chapeliers. Bourse

auxiliaire des Couleurs -chapeliers. — A pproprieurs- chapeliers.

— Teinturiers en chapeaux. — Chapeliers étrangers. — Ébénistes, menuisiers, tourneurs et autres ouvriers en bois. Verrai-

celliers. — Paveurs. — Maçons. — Gantiers. — Charpentiers. -Tonneliers, déchargeurs de vins. - Orfèvres, boutonniers.

— Boutonniers, brunisseurs. — Couteliers. — Gaziers , rubanmers. — Bonnetiers. — Veloutiers, rubanniers. — Ouvriers travaillant les matières dor et d’argent. —Cordonniers. —Bottierscoi donniers. Ferblantiers et lampistes. — Orfèvres-cuilléristes.

— Gagistes du Mont-de-Piété. — Corroyeurs. — Maroquiniers.

— Ouvriers en papiers peints. — Papetiers. — Doreurs sur métaux. — Serruriers , fondeurs et plombiers. — Imprimeurs .Tondeurs en caractères. -Fabricans de bas. -Carriers. - Garcoi^ de chantiers et de berges. - Société fraternelle de Saint-Eustache, pour les menuisiers, serruriers, etc, — Société de THu^

§ ni.

Autre exemple .

Les petites villes sont assez disposées à imiter Paris dans les choses frivoles; mais quand il

manitè , pour les forts de la halle. — Sociétés de l’ lle-Louvier et de Saint- Nicolas , pour les garçons de chantiers. — Société sympathique de V Humanité , — de Saint- Louis , pour les perruquiers ; • — des Enfans de Linus, pour les chanteurs et musiciens ambulans; — des Amis de l’Humanité, pour les tisserands, fileurs en coton ; — autre , au même titre , pour les fileurs en coton ; — de la P arjaite-Union , pour les peintres en bâtimens. — Société amicale de la porte Saint-Denis , pour la même profession ; — de l’Amitié Réveillée , pour les tailleurs et cordonniers ; — de Saint- Martin, pour les maréchaux; — - de Saint- François , pour les tapissiers; — de Saint -Vincent de P aule, pour les ouvriers de diverses parties de la chapellerie. — Les porcelainiers forment trois sociétés : — deux pour les orfèvres-bijoutiers , — deux pour les couvreurs, — six pour les ouvriers de toutes classes, sous les titres des Quarante Amis, des Cinquante Amis, de Saint-Laurent, de l’Union, de l’Humanité. — Société des Arts Graphiques, pour les graveurs, etc. ; — de la Calcographie , pour les imprimeurs et graveurs en taille-douce. — Société Poly graphique, pour les mêmes. — Les ouvriers imprimeurs ont en outre quinze sociétés , savoir : les Secours mutuels , la Bienfaisance réciproque , les Amis de l’humanité , Société amicale des Secours , le Soulagement , la Bienfaisance , la Prévoyance , les Cent-Vingt, Y Union et la Bienfaisance mutuelles, les Amis de la

s’agit d’institutions utiles, souvent elles se figurent des obstacles insurmontables. Voici un exemple qui sera plus à leur portée; elles verront qu’avec du zèle on peut réussir partout»

INiort est une ville de quinze à seize mille âmes. Depuis 1802 , on n y a pas vu un seul mendiant. Nous allons dire comment on a obtenu et maintenu ce résultat.

Le bureau de bienfaisance a partagé la ville en quatre sections; il a attaché à chacune d’elles \m commissaire pris dans son sein, un boulanger et un officier de santé. Deux pharmaciens et un seul boucher font le service des quatre sections. Le bureau a visité toutes les familles indigentes ; il a constaté le nombre d’individus qui les composent, leur âge, leurs moyens de subsister. Il s’est assuré de ce que produisait, dans chaque ménage, le travail du chef; il a vu si le

Philantropie, 1 Union-Parfaite, Société Typographique, Société Typo- bibliographique, Société Typographo- philantropique , Société Philantro - typograph ique.

Quatre de ces Sociétés existaient déjà avant la révolution • trois se formèrent de 1789 à 1800, cinquante dans les quatorze premières années du siècle , et le reste, depuis i8i5.

salaire du chef suffisait aux besoins; il a pris note du déficit, et il la comblé. Aucun oisif valide n’est secouru par le bureau; il dit aux ouvriers indigens : travaillez, vous pouvez gagner votre vie; manquez- vous d’ouvrage, nous allons vous en procurer; mais si vous consumez votre temps en fainéantise, votre salaire en débauches, vous n’aurez point de secours; et si vous mendiez, vous serez mis en prison. L’ouvrier indigent est-il chargé de parens vieux, infirmes, d’enfans en bas âge, et ne peut-il subvenir à l’entretien de sa famille avec le produit de son travail , le bureau vient â son aide , mais seulement pour 3a différence qui existe entre les ressources et les besoins du ménage. Le secours est modique, et suppose toujours un salaire, prix du travail. Ainsi, le bureau fait moins les fonctions d’aumônier que celles de père de famille ; il est pour la classe indigente un surveillant continuel qui la conduit forcément à la vertu par le travail.

Les îadigens sont partagés en deux classes, valides et infirmes. Les secours distribués aux indigens valides consistent en pain de seconde qualité : pendant les mois les plus rigoureux de

l 'hiver on ajoute à chaque kilogramme de pain 5 centimes en argent. Les malades sont traités à domicile par les officiers de santé attachés au bureau : on leur fournit du pain blanc, de la viande, du bouillon, des médicamens.

Voici l’ordre des distributions. Chaque famille reçoit une carte numérotée, dont un double reste au bureau, et sur laquelle sont inscrits le nom de son chef et les secours qui sont reconnus lui être nécessaires. On joint à cette carte un bon portant la quantité et la qualité des secours accordés. L’indigent qui reçoit ce bon va le déposer chez le boulanger ou le boucher attitrés. Il n’y a de distribution de pain qu’une fois par semaine, à jours différens pour chaque section, et jamais le dimanche. Le pain est cuit de la veille, et le commissaire de section s’assure de la qualité. La distribution se fait avec tant de promptitude, que le pauvre ne perd pas une demi-heure de son temps. Il reporte ensuite sa carte au bureau ; et , s’il y a lieu , on lui en donne une pareille, avec un nouveau bon qu’il dépose encore chez le boulanger pour la distribution suivante, jusqu’à ce que le bureau ait décidé

d augmenter, de diminuer, ou de retirer entièrement les secours, d’après les renseignemens

habituels qu’il a soin de prendre sur les besoins croissant ou diminuant de chaque famille. Les distributions de pain blanc et de viande pour les malades se font suivant le même ordre, et ont lieu deux fois par semaine. Les médicamens sont donnés sur la prescription de l’officier de santé du quartier. Les bains sont fournis gratuitement aussi par un membre du bureau.

Les enfans nouveau-nés sont mis en nourrice aux frais du bureau , si la mère ne peut les allaiter elle-même sans nuire à son travail. Le bureau les fait vacciner; il les envoie à l’école, les met ensuite en apprentissage dans un atelier, en consultant leurs forces, leur constitution, et même leur goût particulier. En effet, il ne suffit pas de soulager la misère toujours renaissante, il en faut extirper les racines, si l’on veut efficacement la faire disparaître ; il faut enlever les rejetons d’une race que la fainéantise a trop longtemps dégradée; il faut, en quelque sorte, les soustraire à leurs parens , les arracher à des habitudes héréditaires, pour leur faire contracter

celle du travail. Quand les enfans n’annoncent pas de vocation déterminée pour un genre de travail, le bureau a soin de les diriger vers des professions différentes ; car si on leur donnait à tous le même métier, celui de cordonnier, par exemple, la concurrence d’un trop grand nombre d ouvriers de cette classe nuirait un jour à leur industrie, et pourrait les replonger dans la misère d où l’on a eu tant de peine à les retirer.

Le détail des dépenses fera connaître la grande économie qu’on y apporte. Nous prenons pour exemple l’année 1812, parce que la cherté des vivres ajouta beaucoup aux difficultés ordinaires.

Secours en pain de seconde qualité, 75,906 kilogrammes, valant 5 1,549 fr- 68 c.; secours en argent, 7221 fr. 87 c. ; mois de nourrice, 1198 fr. 75 c.; vêtemens et outils donnés aux apprentis, 208 fr.; impression de cartes et autres frais de bureau, 19 fr. 5o c. Voila la dépense pour les valides, 40,197 fr. 80 c. Les indigens valides ainsi secourus étaient au nombre de 1 557,

environ le dixième de la population totale; ils

composaient 619 ménages (5 par ménage); et la dépense pour chaque individu admis aux secours, a été de 7 centimes par jpur. Dans des années plus heureuses , on a vu que la population indigente ne s’élevait qu’au quinzième de la population totale, et que la journée de secours à domicile ne revenait qu’à 4 centimes un tiers.

Le nombre des indigens infirmes est de5o par mois, terme moyen. Les secours consistèrent alors en 2 5og kilogrammes de pain blanc, valant 11 55 fr. ; viande, 1 69 1 kil. valant m4fr.; médicamens, i579fr. 70 c. ; linges de pansemens et bandages, 6i4 fr. 86 c. ; traitement de quatre officiers de santé, 4<>o fr. : total pour les infirmes, 4861 fr. 56 c. Ainsi, la journée de malade traité à domicile n’a coûté que 27 centimes : elle peut descendre à 18 centimes lorsque les denrées sont moins chères.

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