‹ Histoire de l'administration parisienne au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 2 sur 280 · LIVRE PREMIER. — PÉRIODE · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — PÉRIODE

une proclamation au peuple ; mais, ce qu'ils n'annonçaient pas, révéneinenl Tappril. On assista, bientôt, à un phénomène extraordinaire : le Chef de l'Etat réintégré dans sa toute-puissance, quoique paraissant pourvu d'une autorité circonscrite.

Ces réflexions se présentent naturellement à l'espril, lorsque Ton considère le mécanisme de la nouvelle administration qui dut, à dater de 1800, s'occuper, dans la capitale, des intérêts édililaires. Le pacte fondamental privait les citoyens de l'électorat: c'est en cela, seulement, que Paris eut place dans le droit commun, car les autres villes conservèrent un maire et une assemblée municipale, tandis que la grande cité reçut, pour gérer les affaires d'utilité communale, deux préfets et le conseil général du département.

La dualité des préfectures était un emprunt manifeste à l'organisation abolie en 1789 ; mais ce qui, alors, avait son excuse dans le respect de la tradition, manquait de raison d'être, dans un système approprié aux temps présents.

D'ailleurs, l'expérience du passé avait mis en relief les graves inconvénients produits par le choc périodique de deux magistratures rivales (2) ; instituer un préfet de police, en face du préfet de la Seine, c'était, à n'en pas douter, rouvrir un ère de

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conflits. Déjà, sous le Directoire, les ncIminiiUralcurs du département se plaignaient des tentatives du Bureau Central de police et des subsistances, pour étendre ses pouvoirs (3).

Or, ce Bureau était hiérarchiquement subordonné au corps départemental : que devait-il advenir, quand on le remplacerait par un fonctionnaire ayant même rang et môme litre cpie le représentant d'une autorité déjà méconnue par des inférieurs ?

Les tiraillements signalés tenaient, sous le Consulat, comme sous le Directoire, à la coexistence des deux ministères de l'intérieur et de la police ; avec ce dernier correspondaient, sans intermédiaire, ses agents spéciaux ; quand on supprima le ministère de la police, les relations directes, antérieurement établies, se continuèrent et, avec elles, la tension des rapports, entre fonctionnaires qui se jalousaient.

A Lyon, par exemple, où le préfet du Bhône avait, en principe, sous ses ordres le commissaire général de police, celui-ci était, de fait, indépendant de son supérieur immédiat, au grand préjudice des convenances et du bien de Tadministration (4).

Mais, la police monarchique avait la réputation d'être redoutable : on en trouve Taveu dans ces lignes écrites, ofiiciellemenl, au Ministre de Tinté-

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rieur, le 9 frimaire an V, par les adminislraleurs du cloparlemeutde la Seine :

« La plupart des délits qui se conimellent journellemcul, dans celle grande commune, ne sonlpas de nature i\ pouvoir cire réprimés ou prévenus par la force armée. C/esl la main invisible de la police qui doit proléger chaque citoyen... A cet égard, on vante, avec raison, lancienne police: mais, on oublie trop qu'elle tenait toute sa force d'un despotisme arbitraire, inconciliable avec la liberté publique et individuelle... »

De tels scrupules n'étaient point capables d'arrôter Bonaparte ; autrefois existait une institution devant laquelle tout le monde tremblait: le Premier Consul espéra la faire revivre, avec l'esprit, les formes et les attributs (prclle possédait anciennement. Cette pensée apparaît, d'une manière évidente, dans un fait aussi anormal que caractéristique. Le lieutenant général de police, à Paris, exerçait, jadis, son action sur la banlieue. Or, quoique la loi créant un préfet de police limitât l'autorité de ce fonctionnaire à rinlérieurde la capitale (5), un simple règlement des ConsulsTétendil, môme au delà des bornes du département de la Seine (6).

Comme si cette dérogation au double principe de compétence territoriale et d'unité directive ne suffi-

sait pas, pour troubler la marche dos services publics, on donna au terme de € police » une portée compréhensive» qui ne put s'obtenir qu'en faisant violence à la volonté formelle du législateur (7;.

Dans la pratique, il restait une ressource, afin d'atténuer les eflels de la combinaison défectueuse ainsi adoptée : c'était de choisir, pour préfet de police, un homme sage, circonspect et conciliant ; or, ce fut tout le contraire qui arriva. Le gouvernement investit de sa confiance Dubois, qui, à peine entré en fonctions, aviva, en les aggravant, les anciennes querelles de Tépoque du Directoire, entre l'administration départementale de la Seine et le bureau central de police, dont il était membre, depuis Tavènement du Consulat.

Frochot, nommé préfet de la Seine, n'avait pas l'humeur belliqueuse de son collègue ; pourtant, son zèle l'emportait, parfois, fort loin ; doué d'une grande puissance de travail et convaincu qu'il devait tout réglementer, dans les matières abandonnées à sa sollicitude, il eut le tort de gaspiller sa remarquable activité, soit dans l'entretien d'une correspondance où il se plaisait à déployer un stylo exubérant et solennel, soit dans la confection d'actes où il ne craignait pas d'étaler des erreurs naïves.

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