LIVRE PREMIER. - PÉRIODE
suite de cetle mesure il ne craignit pas d'écrire officiellement : « La commune de Paris est fort riche^ et il est nécessaire d'avoir des comptes en règle avec elle. C'est pour cet objet que S. M.' a mis un article relatif à la rentrée des 2 millions prêtés (531) ». Ainsi, les créanciers c ordinaires » pouvaient languir, mais le Domaine extraordinaire n'avait pas les moyens d'attendre I
11 est donc hors de doute que Frochotne pouvait se méprendre sur Tinexactitude et la complaisance des chiffres par lui produits; en les énonçant, il subissait l'inflexible volonté du maître, comme lorsqu'il cherchait à démontrer, au Corps législatif, en 1808, la légitimité et les garanties d*un emprunt de 8 millions sur lesquels, avant le vote de la Chambre, plus de 2 millions étaienl dépensés (532).
En mettant à la poursuite de multiples opérations, dans la capitale, une ardeur sans relâche, Napoléon, comme le révèle sa correspondance, essaya de réaliser une penséequi Tobsédait : son but était déclipser le preslige de la royauté traditionnelle, par des rapprochements de nature à effacer le souvenir des services rendus à la France, dans le passé. 11 enjoignit, par exemple, à Fouché de soudoyer un écrivain, qui eut composé des articles ayant pour objet de faire un parallèle entre l'état de notre pays, en
1709 et en 1809, c'esl-à-dire en compar<int la plus désastreuse année du règne de Louis XI Y, puisqu'elle amena des revers et des intempéries, à Tune des meilleures années de l'Empire (533) 1
Mais, déjà, l'enivrement de la gloire avait troublé l'esprit de l'Empereur : aloi*s qu'il entreprenait la fatale guerre d'Espagne et tentait follement de fermer tous les ports d'Europe au commerce de l'Angleterre, Napoléon rêvait un palais de lu Paii, c véritable temple de Janus •, qui aurai! surmonté la butte Montmartre; la dépense, évaluée, par lui, à 30 ou 40 millions, ne l'effrayait pas : elle devait être couverte, à l'aide d'une souscription individuelle de i .000 à 3.000 fr. réclamée de chaque c électeur i ; une pétition du Corps législatif eut provoqué l'adoption du projet (534).
Attribuant à ses décrets la vertu des baguettes de fées, l'Empereur s'étonnait de ce que des entreprises, à peine ordonnées, ne fassent point achevées, comme par enchantement (535).
De telles aberrations, d'autant plus redoutables qu'on les prenait pour les frémissements d'un génie sans cesse en haleine, étaient l'cicuse des braves gens, tels que Frochot, terrassés par l'ascendant d'an pouvoir sans frern. il faut donc imputer les torts du premier préfet de la Seine plutôt aux vices