‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 111 sur 136 · CHAPITRE xxin · texte numérisé non relu

CHAPITRE xxin

On doQk QMichpttc.aposlropLc tous les ctats, et se rocrîc contre les abus qui s*y rencomtrent.

Don Quichotte, charmé du récit d'Eugénie, de la beauté de son esprit et de la jttstesse de ses termes, lui donna des Ibuanges excessives; mais il loua encore plus sa vertu ; c'était lâv disait-il, ce qui lui avait attiré la protection du ciel , et des iharques si visibles de la vengeance divine sur les plus coupables de ses ennemis. Eugénie lui fit de nouveaux remerciments, et, don Qiiicbôtte repartit que^ pour le petit Service qa*il lui avait rendu, il serait trop bien payé* s'il pouvait avoir cette histoire de la manière qu*elle l'avait racontée.

Monsieur, lui dit le lieutenant, vous l'aurez qnand il vous plaira : mon greffier l'a écrite , et n^a perdu ni une circooslance ni une parole -, et vous y avez trop de part pour étrèprivé d'une satisfaction qui deviendra bieti tôt publique. Gomment, monsieur le Keu tenant^ dit Eugénie, préteu- Ariez-vous faire voir ce triste récit à tout le mdndè? Je suis obligé, madame, par le devoir de ma chaïf e, de le uMnminiqQcr

aux juges, et peut-élre faudra-t-il le produire Il la cour : vos intérêts et ceux da seigneur Valerio le demandent, et cela ne fera point de tort & votre réputation. Et Pedraria , monsieur le lienteuant , demanda Sancho , qu^en ferons-nous? Pour celui-là , dit le lieutenant , il fera une pénitence publique. J'appréhende qu'elle soit forcée, reprit Sancho, et que le malheureux n'en profite pas. Mais, s^it vous manque dés gens pour le punir, je m'offre, quoique chevalier, de vous le pendre de rot main , et je croirai n'avoir jamais fait une meilleure aciioa. It en serait quitte à trop bon marché, dit le lieutenant. Eugénie, que ces discours ne divertissaient point, demanda ce que faisait Valerio, et don Quichotte alla le visiter avec lechtrargien. Ils le trouvèrent qui dormait d*nn sommeil si tranquille, qu'ils ne voulurent pas réveiller; et étant venus le dire à Eugénie, elle en eut tant de joie , qu'elle consentit à partager le mnapH iftn lui offrirent k

<AeTir îer cl sa femme , et qui se trouva propre et bon. Eogénic fit mettre à côté d'elle don Quichotte et le lieutenant ; Saneho et le chirurgien se placèrent vis-à-vis d\;ui, après s^en être défendus longtemps^ Don Quichotte^ pendant le repas, tint un long discours, où il ne raèla rien des rêveries de la chevalerie errante -, il parla de la justice du ciel ^ dont il n^y a pcut-ôtr^ point, dit-il, d'exemple plus mémorable, depuis Foriginedu monde, que ce qui vient de «e passer sous nos yeux ; c'est un des plus grands secrets de la providence de Dieu qu'ayant toujours les yeux ouverts sur la conduite des hommes, il relient si longtemps le glaive suspendu sur la tète des Impies , et laisse Pinnocence dans l'oppression; les méchants vivent dans la prospérité et dans l'abondance, et les bons géinissent accablés de misères et comme le rebut de la nature; mais le triste état de veux-cl, à parler selon le monde, leurs persécutions, leurs souffrances, sont le véritable caractère de ceux qu'il aime, et le bonheur imaginaire des autres et l'abus qu'ils en font est une marque infaillible 'de sa baine. De là passant aux conditions en particulier, il s'emporta contre les ■KMf vais juges. Infâmes, dit-il, qui proiegei le crime et prostituez la justice, qui faites un commerce public délivrer l'innoeeat à la place du coupable; vous qui abusez de l'autorité qu'on vous a confiée, pour violer impunément toutes sortes de droits, et qui , de protecteurs du bien des ^miiles, en devenez les ravisseurs; vous qui regardez sous le bandeau qui soûl ceux •qui TOUS sollicitent, si ce sont dés gens qui aient part à la faveur ou s'ils parlent ta main ouverte; tous, voleurs publics^ qui^ chargés du maniement des finances, prêtez à grosse usure dans les besoins de f'Ktat, e4qni, munis d'édits et de déclaralions», 30US prétexte d^avances onéreuses, dépouillez également le ror^c ses droits et le pefipto de sa subsistance ; vous, malheureux instruments d'une ambition démesurée, usurpateurs qui sacrifiez indifféremment amis et ennemis, qui vous 6aip*rez dn bien de vos proches par la viobuce, quand la supercherie est inutile; TOUS, gouverneurs de provinces, qui ira himz UiouKanoe dot roisqui tous les 6ni

commises, ét^ par un acte de félonie, refusez l'obéissance au prince, vous saisissez des places, des troupes et des trésors, et vous érigez en souverains; scélérats, qui ne subsistez que par la violence et les désordr^^sdonl vous êtes les auteurs; tous qui, aveuglés de l'insatiable envie de dominer, ne craignez point de violer les lois divines et humaines par vos attentats sur le trône qu'ont respecté vos pères; vous qui, sous des titres imaginaires, séduisez leurs chefs et leurs armées, et qui, sans être louches d'aucun sentiment de religion, employez le prétexte de la religion pour dépouiller les princes légitimes de leurs états et de leur couronne; héros d'ambition, mais non décourage; avides de richesses, otnon pos de gloire; honteux modèles de fourberie, d'hypocrisie et d'infidélité, dont tout l'art consiste h révolter des sujets et à les rendre aussi perfides que vous-mêmes : ne voyez-vous pas que vous creusez sous vos pas des précipices, et que tous ave» la même perfidie à redouter? Infâmes, s'écriait.il, qui^ contents de la terre, ne voulez point d'autre héritage, la terre sera donc votre partage ; vous en jouirez , TOufc vous en gorgerez: mais vous éprouTerez aussi qtie toutes lesdéliccs qu'elle vousoffro el qui vous charment, ne laissent pas d'à- Toir leur poison et leur amertume. Il apostropha ensuite tous ceux qui n'ont point d'autre règle que la chair et le sang, tes àtnes violentes, ennemies de leur repos et de celui des autres, dont la Ibreur regarde tous les hommes comme ennemis. Et, aprëk avoir cité Texemple des tyrans, ces impies enfants de la terre, l'orgueil de Nemrod, les débordements affreux de Sodome et da Gomorrhe, les sacrilèges d'An tiochus et ses rem.ords inutiles, l'usurpation faite par Hérode du trône des Asmonéens sur cet illustre et précieux sang des Machabées, les désordres de la famille de ce tyran et sa fin ' malheureuse , et tous les tyrans qui ont persécuté l'église, il conclut qu'apréa avoir longtemps attendu le pécheur, lu ciel , irrité de ses crimes, et encore plus de son impénitence, devenait un ennemi im« placable, et ne manquait pas d'exercer sur lui la vengeance t)u'il avait amassée dans le ti^or de sa colère ; que l'oppression qu'il souil re dans9e0 élus n'était qu'une épreuve

DOK QUICB01TE.

qu'il fait de leur patience; qu'àprte les avoir longtemps vus gémir dans Favcu de leur propre impuissanco et de leur corrupliof)^ il ne manquait pas aussi ^e récompenser leur vertu dès ce monde, et que ces récompenses ne sont qu^un prélude et comme uu avant-goût de celles qu'il leur préparc de tout temps dans la gloire éternelle*

Il fit ensuite 9 en termes un peu moins magnifiques, l'application de tout ce qu'il venait de dire au sujet présent; il exagéra la violence et les persécutions d'Octave, le châtiment terrible que le courroux du ciel en avait fait , et le secours qu'il avait si vi« siblemenl donne aux objets de sa fureur. Eugénie, pénétrée d'un sermon si pathétique, ne put s'empécber de déplorer la Iristc fin d'Octave. Après avoir rendu grâces à Dieu des bontés qu'il avait pour elle et Yalcrio, elle fit encore de nouveaux iremercimeuts à don Quichotte, et il les reçut avec la politesse d'un véritable chevalier, et avec une humilité digne de 4a jprèdicatipn qu^il venait de faire.

Ceux qui venaient d'entendre le discours de notre chevalier, si différent en apparence de sa profession, comparant ceajparoles avec son air et son habillenient, étaient bien en peine du jugement qu'ils en dovaieut faire. Le curé du village, qui s'y était trouvé, et le lieutenant, qui avait fait ses études dans le dessein de s'engager dans l'église, convenaient que c'était un homme plein d'érudition, de raison et d'éloquence ; mais à quoi bon, disaientils, aller vêtu de la sorte, armé de pied en cap? Ii!st-ce un nouvel ordre qu'on ait établi depuis peu en Espagne?

Danjs celte inquiétude, tirant Sancho à .part^ils lui demandèrent quel homme était sob compagnon. C'est mon comp^non, .dit'il d'un air sérieux, mais c'est mou mal- .tro, et c'est nn homme qui n'ignore rien ;au monde. Mais pourquoi va-t-il ainsi armé ? demanda le curé. C'est qu'il n'est pas 4euleo(^en t destiné à prêcher, répondi t Sancho, il est aussi fait pour agir. Et sa profession, quelle est-elle ? deinanda le lieutenapl. Il est gentilhomme, repartit Sanche^ dor^ce bien connue, civil, honnête .et libéral comme un Alexandre ; U est che* . vaIiQr> ajouta- t4K Et de quel jord^e, de«

mande le curé ; çst-ce def TevpUers eu ds Saint-Jean-de-Jérusalem? est*il chevalier de Galatrava ou de la Toison ? Il est chevalier errant, dit Sançho, ci gism il est chevalier des quatre coins de U terre. Et y a-t-il des commauderies dans cet ordre? demandèrent-ils. Il n'a pas besoin décent manderies, répondit Sancho : il donne dei lies, des gouvernements et des rojaumeB, et celui qui méprise les richesses les a toutes* Il ne s'en fallut guère que les réponses de Sancho ne démontassent loat à fait le curé et le lieijitenant ; comme ils voulaient continuer à l'interroger, ne sachant encore â quoi s'en tenir, ils vireat passer Eugénie, que Yalerio avait demandée, et ils la suivirent. Elle entra daos la chambre de son mari« qui la reçet avec une joie incroyable, l'assurant que sa vue valait micui^ pour lui que tous les rrn^ des de laB^çdeclne.On lui donna eneoit un consommé « dont il S0 trouva tout t^ fait î il demanda s'il y avait loin de là ebei lui , et ufi dq se^ gens lui ayant rèponda qu'il n'y a^ait que trois lieues, il dit qa^ii serait bi^o aise qu'4^ l'y portât le leDd^ main , pour n'iiicomineder pas davaatafre ses hdtes, et qu'il croyait aifOir assez ie force. On dépécha ausaîtdt des valets pour lui aller chercher une litière et un e8^ rosse, et ayant prié tout le monde d'aller prendre du repos, il ne demeura qu'Eagénie, qui se mit auprès de lui , et le chirurgien , qui s'eodormit bieutdt sur la pirole'de son malade.

Don Quichotte, le oucé, le lieuleasat et Sancho, allèrent a l'écurie voir le misisérablc PÔdraria, qt^edeux ou trois archers gardaient. à vue. Le curé voulut lai faire une exhortation ; mais ce malboO' reux, le regardant ayac des yeux toujoars pleins de fureur, lui dit de le laisser eo patience, et qu'il ne voulait rienécnoteri n'ayant rien à répondre. Ils se jelèrest tous sur la caille, où ils achevèrent as passer La nuit, et le curé y demeurafoiDiDe les autres» en cas de besoin» puisqu'il y avait dans la maison un.ma^îdnet un crimineL

Le lenden»ain , dès que Pou sut qae Valerio était évçillé, ils eolrèrei|t toosdtfi^ ^ chambre , c^ ils virent levai} k f^^^^ «appareil.. Le ehiruifien ie^ MHifa f«*i'

DOIT QUICHOTTE

n^ avait rie» h cv«lodlre> et ^ue Wa plaiea seraient plus t6t guéries qu'ils n^avaienl peosé ; mais qu^il appréhendait que la faiblesse ne dnr4l plus loof lemps, à cause de }a grande lièmorrliagie. Eugénie parut transportée de joie , . et tout le nuindo lui en téanoigna. Valerio^ QonmiettçaBt à se reconnaître, demanda qui étaient tous ces iiiesM6ur% et ee^u^étaient devenus ses assassins. Eugénie lui dit. qu'elle lui apprendrait le tout aussitôt qu'ils ^raient dand leur-maison « mais qu'il n'yavait là personueàqni ils n'eussent des obligations particalières^ et surtout à monsieur, ditelle en montrant don Quichotte, qui m'a sauvé l'honneur et la vie^ et dont le secours m'a aussi rendu la vôtre. Yalerio fit des compliments à notre chevalier, et on ne lui permit pas de s'étendre autant qu'il le souhaitait, de crainte que ce!a ne lui fit mal. Il supplia seulement don Quichotte et les autres de vouloir l'accompagner chetlui, où il aurait plus de loisir de s'informer de ce qu'il leur devait > et de leur en témoigner sa réconnaissance. L'équipage de Yalerio arriva , et ^ le chirurgien ne trouvant point de danger à le laisser aller eu litière^ on prépara toutes choses pour le départ. La femme du chevrieT demanda la permission d'entrer, et fit à Yalerio et à Eugénie un compliment qui ne parut pas trop rustique, en invitant toute la compagnie à déjeuner. Yalerio la re« tnercia>en lui promettant son ami lié et sa protection ; et Eugénie lui donna dix pis* loloB pour le bon accueil qu'elle leur avait foit, et cinq pistoles au vieillard qui avait le premier visité les plaies de Yalerio. Le vic^iard se fit si longtemps prier pour les prendre, et avec des manières qui donnèrent SI bonne opinion de lui, qu'Eugénie fut obligée de lui dire qu'elle ne pré* tendait pas être quitte du Ikhi service qu'il avait rendu à son mari ;'ni2iis que, ne s'étant pas fournie de beaucoup d'argent, n'sijant que trois lieues à faire, elle ne pouvait récompenser tant d^honui^lcs gens d'une manière digne d'eux. Quand il eut accepté les cinq pistoles pour no pas désobliger une personne du rang d'Eugénie, elle le pria de venir avec elle, et le chirurgien lui dit aussi qu'il serait bien aise de traiter le blessé en sa présence. Tout le

monde s'accordait à relayer le inéfite^da vieillard ^ il dit au chirurgien qu'il no croyait pas que le seigneur Yalerio pftt souffrir le balancement de la litièra , k cause de la <|uantitè de ses blessures , et qu'il valait mieux le porter dans un bran^ card^ ce qui fut approuvé. On en fit un, qu'on fit porter par les deux mulets de k litière, où on mit deux chevaux de oav» rosse. Ceux qui avaient apporté Yalerio de la forêt furent largement récompenséy de leur peine \ et Eugénie demanda au chevrier et à sa femme s'ils voulaient lui donner leur fille, en promettant qu'elle en aurait le même soin qu'ils avaient pris d'elle et de sou roarj.. Us y consentirent comme à une chose qui leur faisait beau* coup d'honueur, et^ après avoir bien déjeuné, on mit Yalerio sur lonbraneaFdA Eugénie fit placer 1q; curé auprès d'elle, avec le vieillard et le chirurgien , une da ses femmes qu'en lui avait amenée , et la fille du chevrier. Don Quichotte, s'excui sant d'aller en carrosse, lui et Saiidio l'accompagnèrent en chevaliera errants^ Le lieutenant monta à cheval, et voulut être à la portière du carrosse, pendant qua les archers menaient par un autre chemin^ mais toujours à sa vue» Pedraria lié et garrotté sur un cheval qu'on avaiiprisUana ie village.

Ils arrivèrent tous à Bibeyra, la princi*» pale terre de Yalerio , dont il portait le nom avec le titre de comte, qui y était at-i taché. Don Quichotte n'eut pas besoin des visions de la chevalerie pour a'imaginet que c'était un château ; car il y avait qua-» tre portes et un pont4evis,:avoeqnelquea pièces de campagne qui an défendaient l'entrée. Monsieur, lui dRSanvho, e^ voilà un celui-là! Mais pourquoi n'y.a»

til point de nain sur le donjon Z Mon ami, répondit don Quichotte, c'est qu?ils savent très bien que ce sont leurs maîtres qui arrivent ; et ils ne veulent point faire de bruit , de crainte de lui faire du mal à la télc en l'état où il est. Mais ne devraitil pas sonner pour nous, qui sommes chevaliers errants? répliqua Sancho; pourquoi perdre les bonnes coutumes? Je m'imagine, coutinua-t-il, qu'il ferait bon làdedans, si le seignQur n'étaitpoint malade. Tu penses toujours à tes commodités , dit

*ié DON QCICHOÎTE.

don Qaicholte. Ma foi^ monsieur, je n'ai que faire de penser aux incommodilês , repartit Sancho : elles viennent bien d'elles-ni(^nies ; si on n^étail che>alier errant que pour élre mal à son aise, le monde •n'en serait guère peuplé ; et puisqu'il faui avoir la résohilion de souffrir les mauvaises rencontres, il faut aussi se résoudre à souffrir les bonnes. N'est pas marchand qui toujours gagne , et encore moins qui perd toujours. Ils se trouvèrent tous a la porte» et don Quichotte entra dans la uasse-cbur, où il descendit de cheval pour aller donucr la main à Eugénie , qu'il mena à sa chambre. Quantité de valets prirent les chevaux , et des officiers de la maison vinrent dire à Sancho qn'il y avait des chambres préparées, et qu'il pouvait dioisir pour lui et pour le seigneur qu'il accompagnait. Il ré[M>ndit que M. le chevalier des Lions serait bien aise qu'ils couchassent dans la même chambre, et que, puisque le seigneur Valerio avait tant de courtoisie , il les priait de lui en donner une à deux lits. On le mena aussitôt dans Une grande chambre à alc6ve richement meubiée,toii te dorée et pleine depeintures, et on lui dit que c'était celle qu'on destinait pour le seigneur qu'il venait de nommer ; que, s'il le voulait absolument^ oîi j mettrait un lit de camp pour lui , mais qu'il y avait des chambres de reste , et que madame la comtesse, qui avait tant d'obligations à M. le chevalier, ne consentirait point qu'il fût incommodé chez elle. L'ofider demanda encore à Sancho de quel ordre était, k chevalier, et Sancho dit qu'il s'appelait don. Quichotte île la Man* the, chevaher errant, l'ornement d'Espagne et la gloire du monde ; et, comme on apportait do vin, il se mil à boire cinq ou six coups , et obligea ronicier d'en faire autaut. Sancho, qui ne buvait jamais sans se mettre de bonne humeur , et qui n'é-

tait jamais en bonne kmeiir sans jaser , en dit de toutes sortes. Il raconta les prouesses de son maître , et n'oublia pas les siennes 9 disant qu'il était aussi armé chevalier, et que, si les enchanteurs ne les persécutaient poi*t, il y aurait longtemps qu'ils seraient sur le trône, mais ceqoi est différé n'est pas perdu. L'officier était d'abord tout étonné de ce que disait Saacho, ne sachant ce qu'il en devait croire; mais sa rappelant l'histoire d'*oiidon Quichotte de la Manche , qui se trouvait encore dans le château, il soupçonna que ce pou vaien t bien être là lesoriginaux dont il avait la copie. Pour s'en assurer mieux, il demanda à Sancho sll y avait longtemps qu'il faisait la professioUyCtcoDuneot il s'appelait. Sancho raconta tout ce qui pouvait faire honneur à dou Quichotte et à lui ; mais il se donna bien de garde de parler de la berne, des Yangois^ du baume de Fier-à-Bras , et de tous les autres endroits qui ne lui avaient pas réussi. Il dit seulement que don Quichotte avait quille l'exercice de la chevalerie de dépit de ce que son cheval s'était lèattu en combattant contre le chevalier de la Blaocbe- Lune ; qu'il avait été .malade depuis, et que lui, qui parlait, Tavait animé à chercher encore les aventures ; qae^ pour loi , il s'appelait don Sancho Pança , et qu'il avait déjà eu trois narrateurs , qui aideraient à couUnuer. leur histoire. L'ofBcitf n'en demanda pas davantage; il promit de faire apporter un lit dans la chambre, el dit à Sancho qu'il avak ordre'de M. le comte et de madame de ne les lai^r manquer de rien , et de lesiservir avec i« respect qui leur était dii. DonQuicfaoileeDtra en même temps, conduit par une des fermes d'Eugénie, et un page pour le servir; et l'officier se relira bien joyeux pour apprendre à sa maîtres^ ce que c'étaient queseshdies.

Digiti:

DON QUiCUOTIE.

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